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Priscillia Ludosky et Cyril Dion : «On fait cause commune sur l’écologie et le social»

Priscillia Ludosky et Cyril Dion : «On fait cause commune sur l’écologie et le social»

La Gilet jaune Priscillia Ludosky, une des fondatrices de ce mouvement, et le militant écologiste Cyril Dion, réalisateur du film «Demain», annoncent dans une interview au Parisien qu’ils incitent leurs troupes à des manifestations communes.

 

Ils se rencontrent pour la première fois dans un bistrot du XIIIe arrondissement pour le Parisien–Aujourd’hui en France. C’est un peu deux mondes qui entrent en collision sur les chaises vieillottes du Royal Massena : Cyril Dion, figure écolo qui arrive en Vélib’, coréalisateur avec Mélanie Laurent du film « Demain », de l’autre Priscillia Ludosky, l’une des fondatrices des Gilets jaunes avec sa pétition à succès pour réclamer la baisse du prix du carburant.

Qu’importe si ce mouvement populaire est parti de la fiscalité verte ; les deux figures de proues appellent leurs troupes à marcher ensemble. Les écolos pour la justice sociale ce samedi ; les Gilets jaunes lors de la « Marche du siècle » pour le climat le 16 mars.

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Et ce n’est pas tout, ils portent trois propositions qui peuvent satisfaire tout le monde : une TVA réduite sur les produits bio et de première nécessité, une fiscalité plus importante pour les entreprises polluantes et un référendum. Écolos et Gilets jaunes ont en effet testé un certain nombre de propositions pour concilier fin du mois et fin du monde dans un sondage réalisé par BVA* pour des collectifs verts. « On ne voulait pas seulement voir s’il s’agissait d’aspirations communes aux Gilets jaunes et aux mouvements écolos, mais si elles pouvaient prendre dans toute la population », explique Mathilde Imer, coprésidente de Démocratie ouverte, un collectif qui milite pour la démocratie participative.

En tête du classement, une TVA réduite pour les produits bio, de première nécessité ou recyclé convainc 88 % des Français. Suivie immédiatement après d’une fiscalité plus lourde pour les entreprises polluantes (83 %). Ce n’est pas tout à fait une surprise. Parmi les cortèges des Gilets jaunes, des pancartes ciblaient les compagnies aériennes qui ne paient pas d’impôt sur le kérosène, lourdement polluant, alors que les automobilistes eux ont une lourde TVA.

Ainsi, écolos et Gilets jaunes ont en commun la même force tranquille et la même méfiance vis-à-vis du pouvoir… « Je m’en fiche du grand débat, ce n’est pas un vrai débat. Ils ne trouveront pas de nouvelles idées », balance cash Priscillia. Plus feutré, Cyril veut espérer que « le seul truc intéressant qu’il peut en sortir serait une assemblée citoyenne tirée au sort ».

C’est curieux de vous voir ensemble ?

PRISCILLIA LUDOSKY. Pour ma part, je suis en lien avec des associations environnementales qui se préoccupent du climat depuis le début de mon engagement. Si l’on nous oppose, ce n’est que pour nous laisser chacun dans nos cases. On fait cause commune sur l’écologie et le social.

CYRIL DION. Depuis le 8 décembre, j’appelle les Gilets jaunes à marcher avec nous. Clairement, le problème des inégalités et le problème du climat ou des destructions écologiques viennent de ce modèle économique qui ne cherche que le profit.

Le mouvement des Gilets jaunes a tout de même été déclenché par une mesure de fiscalité écolo. Priscillia, c’est une surprise de vous voir porter un discours environnemental.

P.L. Une surprise pour qui ? Les gens ont une conscience. Quand on parle entre Gilets jaunes de mode de vie, la plupart d’entre eux veulent consommer plus sainement. Ils sont conscients des enjeux climatiques et de tout ce qu’il faudrait améliorer pour manger ou même respirer mieux ! Si la fiscalité écolo a déclenché notre colère, c’est parce que les impôts censés servir à la transition écologique étaient consacrés à tout autre chose.

C.D. On ne peut pas faire une transition écologique sans prendre en compte la question sociale. Pour ceux qui habitent à 40 km de leur travail, qui n’ont pas de transports en commun, à qui on impose une hausse du prix du carburant : c’est la triple peine.

P.L. Exactement.

C.D. Comment voulez-vous que ça marche ! Un responsable politique avisé devrait savoir que ça ne peut pas bien se passer.

Vous irez donc ensemble aux manifestations de Gilets jaunes ce samedi et à la prochaine marche pour le climat le 16 ?

P.L. Oui !

C.D. Ce samedi, je suis à Grenoble pour la Biennale des villes en transition ; mais si j’avais été à Paris, j’aurais été avec les Gilets jaunes, ça, c’est sûr. Et le 16 mars je serai là.

Vous vous accordez sur des mesures pour concilier fin du monde et fin du mois ?

P.L. Une mesure qui parle immédiatement à beaucoup de Gilets jaunes, et que l’on portait dès ma pétition, c’est une TVA réduite pour les produits bio ou sains, les produits de première nécessité et les produits recyclés. Car, aujourd’hui, pour consommer correctement, il faut en avoir les moyens.

C.D. Une autre piste consiste à taxer les entreprises les plus polluantes – sachant que 100 entreprises dans le monde sont responsables de 70 % de la pollution (NDLR : selon un rapport de l’ONG internationale Carbon Disclosure Project de 2017), de manière à financer la transition pour les plus fragiles.

L’acte le plus important pour les Gilets jaunes c’est la prochaine marche mondiale pour le climat ?

P.L. A cette date, tout le monde sera réuni. Le 16 mars sera une date clé. Espérons qu’on sera alors entendu. Parce que ça fait un moment qu’on est dans les rues, ça fait longtemps que les activistes du climat déroulent leurs solutions.

C.D. Toutes les initiatives qui peuvent créer de l’unité dans cette société fracturée où personne ne sait exactement comment s’y prendre sont utiles et font du bien. À Dreux, où j’habite, on voit que beaucoup de Gilets jaunes viennent sur les ronds-points pour être ensemble. Il se passe la même chose dans le mouvement écolo. Connecter les gens démunis devant le réchauffement ou la disparition des espèces est la première étape avant de s’impliquer.

Maintenant que vous êtes ensemble, vous reste-t-il des points des désaccords ?

C.D. Évidemment qu’il y a des choses qui sont plus difficiles, mais avançons déjà sur ces questions qui rassemblent tout le monde.

P.L. On ne peut pas être d’accord sur tout, même sur nos ronds-points. Il faut apprendre à écouter, à voir ce que l’autre peut apporter. C’est ce que l’on est en train de faire en ce moment.

*« Transition écologique, sociale et démocratique, ce qu’en disent les Français ». Enquête réalisée par BVA pour Place to B, Il est encore temps, le Mouvement et On est prêt, du 23 au 24 janvier 2019, auprès de 1023 Français âgés de 18 ans et plus.

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