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Loi Anti-Trust contre les ambitions d’Hayot

Loi Anti-Trust contre les ambitions d’Hayot

L’Assemblée Nationale devrait se prononcer de façon imminente quant à la création d’une haute autorité de la concurrence en Nouvelle-Calédonie, entrainant de facto la mise en œuvre de la fameuse loi Anti-Trust. Raison pour laquelle le tentaculaire groupe Hayot achète à tout-va afin d’augmenter ses parts de marché. Future position dominante ?

Les rumeurs vont bon train depuis plusieurs semaines. Renault, l’un des principaux concessionnaires automobiles du territoire, devrait avant la fin de l’année tomber dans l’escarcelle du Groupe GBH (pour Groupe Bernard Hayot). Pesant près de 240 milliards de francs CFP, l’entreprise fondée en 1960 par le martiniquais Bernard Hayot (173ème fortune de France) lance donc dix ans après son arrivée sur le territoire sa grande offensive commerciale comme elle l’avait déjà fait dans d’autres collectivités françaises d’outre-mer. Objectif : racheter le maximum d’enseignes notamment dans les secteurs de l’automobile et de la grande distribution, c’est-à-dire les secteurs les plus rémunérateurs pour le groupe. Familier de la méthode, GBH avait ainsi, en l’espace de seulement trois ans, racheté sur l’île de La Réunion les concessions Mercedes, Volkswagen, Audi mais aussi Skoda, Hyundai ou encore SsangYong à ses concurrents… Mais s’il est présent aux Antilles, en Guyane, en République dominicaine, au Maroc, en Algérie, en Côte d’Ivoire, en Chine et bien sûr à la Réunion, c’est bien en Nouvelle-Calédonie que GBH affiche ses plus importantes marges de progression.

Pour être le premier…

Car en Nouvelle-Calédonie, depuis l’achat du groupe Géant à Charles Lavoix, GBH détient selon la Direction des Affaires Economiques 41% des parts de marché de la grande distribution (enseignes Géant, Casino et Leader Price). Son principal – et presque seul – concurrent est pour l’heure le groupe Carrefour (qui rassemble les enseignes Champion et Arizona), lequel détient lui aussi 41% du marché. A eux seuls, ils représentent ainsi les 4/5ème de l’offre aux consommateurs Calédoniens qui vont faire leurs courses dans les super et les hyper-marchés. Or, ces chiffres constituent une exception pour le groupe GBH en outremer. Premier ex-aequo en Nouvelle-Calédonie, il n’est que 4ème en Martinique, en Guadeloupe et à la Réunion (avec respectivement 13,8%, 15% et 11% des parts de marché) mais aussi 2ème en Guyane (23%). Des chiffres bien en deçà de l’exemple calédonien où il est semble-t-il plus facile de « contrôler le marché » que dans le reste des outremer français.

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En vérité – et c’est là où réside le problème – la multinationale devrait encore améliorer son “score” sur le caillou puisque le groupe va rapidement lancer son projet d’Hyper Géant à Dumbéa-sur-mer. Près du futur Médipole, c’est plus de 5500m2 de surface commerciale qui vont donc s’ajouter à celles déjà contrôlées par le groupe antillais. Dans le même temps, la « sortie » des Hyper-U de l’Anse Uare (Ducos) d’une part et de Paita d’autre part devrait faire diminuer la part du groupe Carrefour qui atteindrait celle du groupe Super-U. Tous deux contrôleront 25% du marché, soit le seuil fixé par la loi Anti-trust. Mais en conséquence, si ces différents projets sont tous mis en œuvre, la part du groupe GBH frôlera, elle, les 50% et donc la moitié du marché calédonien d’ici un peu moins de deux ans. Autrement dit, bientôt, un achat sur deux dans une grande surface calédonienne se fera via le groupe Hayot. Gains possibles ? Pour un marché estimé en 2012 à 60 milliards de francs CFP, le calcul est simple…

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La loi n’est pas là, les monopoles dansent

Aujourd’hui, il appartient au gouvernement à travers la Direction des Affaires Economiques de faire appliquer la législation en attendant la création d’une haute autorité de la concurrence. Cependant, les services de la Nouvelle-Calédonie semblent moins disposés qu’une autorité indépendante à émettre des avis défavorables quant à la construction de nouveaux hyper. Or, celui que compte mettre en place GBH à Dumbéa devrait non seulement lui permettre d’augmenter ses parts de marché mais également de fragiliser ses principaux concurrents. La DAE a ainsi été alertée par des professionnels du secteur qui critiquent durement le projet :

« [Ce projet] n’apportera rien aux consommateurs, il est destructeur pour l’emploi, fatal pour Carrefour [NDLR : situé à moins de 3km] et en total contradiction avec la loi sur la concurrence qui visait à réduire les parts de marché des deux opérateurs historiques au profit de l’arrivée de nouveaux concurrents »

Car dans ce scénario, de nouveau concurrent il n’y en aura point. Si l’ensemble du monde économique calédonien préemptait le fait que Bernard Hayot allait bientôt passer à l’action, il n’en reste pas moins que le milliardaire a choisi le dernier moment pour le faire, le temps jouant contre lui. En effet, une fois la loi anti-trust votée et sur recommandation de l’autorité nationale de la concurrence, la Province Sud avait renoncé à se prononcer sur de nouvelles constructions via la CPUC (commission d’urbanisme de la province Sud), la collectivité restant désormais compétente uniquement pour faire respecter les règles environnementales et d’intégration urbaine liées à tout nouveau projet. De sorte que la mise en place d’une autorité locale de la concurrence devient une priorité pour faire appliquer la loi. Raison pour laquelle l’Assemblée Nationale doit très prochainement faire voter le texte permettant sa création.

D’ici là, le groupe GBH va se presser d’acheter le maximum de sociétés afin d’augmenter ses parts de marché, espérant qu’une fois la loi passée, la situation reste figée et que personne ne puisse revenir en arrière. A moins que dans quelques années, et si des abus de position dominante sont constatés, les autorités locales enjoignent la multinationale à baisser ses marges ou bien même à céder une part de ses actifs ; des mesures justement prévues par la loi. Reste à savoir qui en Nouvelle-Calédonie pourra (ou voudra) alors s’opposer à un homme qui embauche plus de 6.000 personnes à travers le monde, qui contrôlera la moitié du marché de la grande distribution du territoire et dont la fortune personnelle est estimée à plus de 33 milliards de francs CFP. Vous avez dit vie chère ?

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