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CHEIKH ADIL KALBANI, IMAM A LA GRANDE MOSQUEE DE LA MECQUE : UN NOIR TRONE A LA KAABA

Par Momar DIENG

Fils d’immigrés arrivés en Arabie Saoudite il y a soixante ans, le nouvel imam d’une des deux «Saintes mosquées» est un noir de 49 ans, polygame et père de 12 enfants. Sa nomination, exceptionnelle dans un pays où ne manquent pas les discriminations raciales, tendrait à modérer le discours islamiste dans la région la plus troublée du monde.

L’Ethiopien Bilal Ibn Rabah a été le premier muezzin de l’Islam sous l’ère du Prophète Mouhamad (Psl). Quinze siècles plus tard, Sheikh Adil Kalbani étrenne le titre de premier Imam…noir de la Grande Mosquée de la Mecque qui abrite la Kaaba. Sa nomination par le Roi Abdallah, «Serviteur des deux saintes mosquées» (Ndlr : Mecque et Médine) serait passée inaperçue, si cet homme de 49 ans n’était pas, de par son père, un produit de l’immigration vers l’Arabie Saoudite. Mais, dans ce pays où l’Islam est la religion officielle, où les discriminations raciales sont manifestes, et où les logiques tribales prennent souvent le pas sur les principes islamiques, cette nomination apparaît comme un événement exceptionnel.

Ce polygame (2 femmes) père de 12 enfants a gravi patiemment l’échelon social avant d’atterrir à la Ka’aba. Employé administratif dans le public, puis agent dans les transports aériens, le Sheikh Kalbani se défonce dans ses études pour l’imamat à l’Université du Roi Saoud. Sa voix, à la fois forte et apaisante, semble proportionnelle à son physique de rugbyman qu’adoucit cependant une barbe bien fournie. Dans le portrait que lui a consacré le New York Times du 11 avril dernier et repris par beaucoup de sites internet, l’Imam noir de la Mecque ne paraît pourtant pas un surdoué ayant grandi dans l’étude des sciences islamiques. Sa mémorisation du Coran est jugée «laborieuse». Mais à 25 ans, il réussit la sélection ouverte aux candidats à l’imamat, ce qui lui ouvre les portes de la mosquée sise à l’aéroport de Riyadh. Il y dirigea les prières pendant 20 ans sans interruption. Son abnégation et sa détermination lui permettent ensuite, en 1988, d’entrer dans le cercle des imams de la mosquée King Khalid de la capitale saoudienne.
Son mérite ne souffre d’aucun doute car en Arabie Saoudite, les concours pour l’accès à cette fonction prestigieuse qu’est l’imamat sont organisés et étroitement contrôlés par les services du Royaume des Al Saoud.

Selon le New York Times, Adil Kalbani, dans la vie tranquille qu’il menait, «s’attendait à ce que les choses continuent ainsi pour le reste de sa vie». Mais un jour, «il reçut un coup de fil (Ndlr : téléphonique) lui annonçant que le roi (Ndlr : Abdallah) l’avait choisi» pour officier à la Mecque. «Deux jours plus tard, il était accueilli par des princes (Ndlr : de la famille royale) à une grande réception où on l’a fait asseoir à la table du roi Abdallah en compagnie des ministres.» Et selon le quotidien américain, «il (a avoué) n’avoir pas osé (…) adresser la parole au souverain, mais au moment de quitter la salle, il a remercié le roi et l’a embrassé sur le nez, en gage traditionnel de déférence».
Sheikh Kalbani refuse de donner une connotation raciale à cette promotion d’envergure car, dit-il, «n’importe quel individu qualifié, peu importe sa couleur, peu importe son origine, aura une chance d’être un chef, pour son bien et le bien de son pays», dans ce qui a été vu comme un «parallèle» explicatif à l’élection de Barack Hussein Obama à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Mais à ses yeux, tout est différent parce que «notre histoire islamique a tant de personnes noires réputées».

Présenté sous les traits d’un «moderniste» favorable à l’évolution du régime monarchique qui gouverne le royaume depuis la fin du 19e siècle, le Sheikh Adil Kalbani, réputé progressiste dans ses sermons, est un contrepoids politique devant les tendances dites conservatrices du régime. Les sermons de la Mecque sont, en effet, d’une redoutable influence sur les populations d’un pays situé au cœur des plus grands conflits idéologiques du monde. La situation en Irak depuis l’invasion américaine, la forte présence de la République islamique d’Iran sur l’échiquier, et surtout la question palestinienne, sont autant de dossiers qui tiennent en haleine la dynastique saoudienne et qui sont capables de l’affaiblir. Mais le soutien conditionnel des Etats-Unis et des autres puissances occidentales permet à la monarchie d’être debout. L’apport modérateur de l’Imam Kalbani trouve ainsi sa pertinence.

Le roi Abdallah Ibn Abdelaziz Al Saoud, 85 ans, et malade, essaie tant bien que mal d’organiser sa succession autour de son demi-frère Sultan Ibn Abdelaziz, vice-premier ministre et ministre de la Défense. Mais ce dernier, âgé de 81 ans, souffre d’un cancer présumé en phase terminale. Dans cette situation, c’est le prince Nayef, ministre de l’Information et étiqueté rigoriste intransigeant, qui tiendrait la corde en cas de vacance de pouvoir.

momar@lequotidien.sn (Avec JeuneAfrique.com et Maliactu.net)

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