Accueil

ROUQUETTE AU PARADIS

Le poète et romancier Max Rouquette (1908-2005) est sans doute le plus grand écrivain occitanophone du XXe siècle, auteur d'une oeuvre immense qui a été traduite en plusieurs langues. À l'occasion des manifestations organisées pour le centenaire de sa naissance, les éditions Fédérop, spécialisées dans la publication d'œuvres traduites de l'occitan et du catalan, viennent de publier un recueil inédit de Rouquette : Poèmas de pròsa/Poèmes enpros...

Mort en 2005 à 96 ans, sec et ridé comme un vieux Comanche, Max Rouquette est un géant de l’ombre des lettres françaises. Pour avoir écrit toute sa vie en occitan (se traduisant ensuite souvent lui-même), il s’est privé d’une gloire à sa mesure comme l’a souligné Raphaël Confiant du {Monde} : «Quel lecteur français moyen connaît le nom de Max Rouquette et sait qu’il a construit l’une des œuvres les plus accomplies de la littérature hexagonale du XXe siècle ? Il avait, certes, l’immense tort d’avoir écrit en occitan.» Bien qu’entré au répertoire de la Comédie-Française, bien que les Amandiers de Nanterre aient présenté une superbe version burkinabée de sa {Médée}, on se souviendra de la fierté d’airain dont il témoignait depuis sa douloureuse solitude. À l’occasion du centenaire de sa naissance : toute une série de parutions. Dont celle-ci : {Poèmes en prose}, pour la plupart des inédits.

{{{ {Que la vie me quitte et que s’apaise le mouvement chaud de la chair} }}}

Et dès les premières lignes, l’entrée dans un monde. En guise d’avertissement. Une adresse destinée à désarmer le lecteur rationnel : «l’essence de la poésie est rebelle à tout discours. Quand elle le sent, elle se dérobe.» Un monde enchanteur s’ouvre, des sons, tout y vibre, et les mots-clefs de Max Rouquette tournoient dans un espace singulier, beau et inquiétant : «souffle», «paradis», «herbe», «éternité». Max Rouquette est un enfant devenu poète pour continuer à gambader ébloui dans la nature de son pays natal vers Argelliers. De continuer à réanimer ce monde parfait de l’enfance : «Et les pierres nous étaient douces. Sans mot dire après cent mille ans. Conscientes de tout leur être. Et très sûres de leur mission.» Et très vite la question de la mort, qui côtoie ouvertement la vie. On a souvent dit de Rouquette qu’il était noir ou pessimiste tandis qu’il parlait en poète de la continuité de la vie. «Que la vie me quitte et que s’apaise le mouvement chaud de la chair et que, dans l’éternité qu’elle me cachait, je vous trouve étoiles noires du silence, dans mon regard, une fois encore.»

{{Valérie Hernandez

{La Gazette de Montpellier}, n°1050}}