Accueil
Aimé CESAIRE
Frantz FANON
Paulette NARDAL
René MENIL
Edouard GLISSANT
Suzanne CESAIRE
Jean BERNABE
Guy CABORT MASSON
Vincent PLACOLY
Derek WALCOTT
Price MARS
Jacques ROUMAIN
Guy TIROLIEN
Jacques-Stephen ALEXIS
Sonny RUPAIRE
Georges GRATIANT
Marie VIEUX-CHAUVET
Léon-Gontran DAMAS
Firmin ANTENOR
Edouard Jacques MAUNICK
Saint-John PERSE
Maximilien LAROCHE
Aude-Emmanuelle HOAREAU
Georges MAUVOIS
Marcel MANVILLE
Daniel HONORE
Alain ANSELIN
Jacques COURSIL

Quelle relance ?

Par Eric Ng Ping Cheun
Quelle relance ?

Le ministre des Finances annoncera bientôt un plan de relance de l’économie. Mais que va-t-il relancer ? Depuis le début du confinement, on nous rebat les oreilles avec la rengaine «à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles». On veut bien l’admettre, mais il ne faut pas qu’une mesure dite exception- nelle se transforme en problème, entraînant d’autres «mesures exceptionnelles» dans un cercle vicieux.

Il faut savoir faire avec la présente crise : Maurice ne peut pas éviter que sa production chute, que le chômage remonte, que l’inflation resurgit, que la roupie se déprécie et que la balance des paiements devienne déficitaire. Mais ce qui est évitable, c’est une dépression inflationniste : une contraction durable du produit intérieur brut (PIB), un chômage massif, une inflation galopante et un effondrement de la monnaie.

La première chose à faire, c’est d’oublier le PIB. À trop se focaliser sur cet agrégat, on ne pense obstinément qu’à stimuler la demande. Que le PIB se contracte par 7 % ou 11 %, cela n’a rien de scandaleux pour une économie en hibernation pendant plusieurs semaines. Un ralentissement brutal de l’activité était nécessaire afin de contenir la propagation du Covid-19.

Le tableau de bord des indicateurs doit plutôt afficher les faillites d’entreprises, les emplois détruits et les pertes de revenus des travailleurs. Le coronavirus a sonné l’hallali d’Air Mauritius : ce n’est qu’un début.

Le gouvernement doit revoir ses priorités de dépense pour réallouer ses fonds à la santé publique et aux efforts de secours du secteur privé. Ses politiques seront jugées, non pas à l’aune du PIB, mais par le fait d’atténuer les détresses des micro-entrepreneurs, des indépendants et des familles vulnérables, et de minimiser les défaillances ou les licenciements des firmes qui sont viables. L’accent doit être mis sur la liquidité des entreprises et des ménages, et non sur la demande agrégée.

Le Covid-19 est un choc d’offre qui a diminué énormément la capacité de l’économie. La demande ne s’est réduite que parce que la fourniture de certains biens et services a été interdite. Comme un éventuel déconfinement sera progressif, l’offre restera entravée pendant des mois. Une mobilité réduite des gens poursuivant un comportement de prudence, la persistance des ruptures d’approvisionnement et les perturbations dans les transports constitueront autant de freins à l’activité.

De l’autre côté de l’équation, la propension moyenne à consommer sera moindre qu’avant, car les ménages renforceront leur épargne de précaution face au risque d’une seconde vague de la pandémie. Même si cette propension demeure stable, la composition de la demande sera modifiée en accord avec l’offre. Mais si l’on relève artificiellement le niveau de la demande, l’infla- tion qui en résultera rendra la relance inefficace.

Tout compte fait, il n’y aura pas de reprise accélérée en forme de V, mais au mieux une reprise assez rapide en U, au pire une reprise très faible en L. Ce qui compte maintenant, c’est le potentiel de croissance. Au lieu de venir avec une stratégie de relance, le gouvernement ferait mieux d’affiner sa stratégie de conservation des entreprises qui, il est vrai, est conditionnée à une crise courte (qui n’ira pas au-delà de 2020).

L’aide publique doit être bien calibrée avec des principes directeurs clairs : soutenir les industries où la demande a chuté et les firmes qui subissent des contraintes de crédit. Ce soutien ne doit pas être sousdimensionné : outre des reports d’impôts et de cotisations qui soulageront la trésorerie des entreprises, l’État garantira en partie leurs prêts bancaires pour qu’elles soient solvables.

Il ne doit pas être surdimensionné non plus : l’État évitera des opérations de renflouement massives et étendues même si elles sont conditionnelles, car elles ne feront que creuser les inégalités de patrimoine. Alternativement, la Banque de Maurice peut aider des investisseurs locaux, à travers un véhicule d’investissement spécialisé, a prendre une participation au capital des sociétés surendettées, au cas par cas.

Certes, il est difficile de déterminer si une entreprise n’aurait pas survécu sans le Covid-19. D’ailleurs, les critères de ciblage ne seront pas optimaux, ce qui résultera en des distorsions structurelles, à savoir que des firmes non viables reçoivent trop de fonds publics tandis que celles en bon état en obtiennent peu. C’est pourquoi, à la place de sauvetages compliqués, un simple paiement est cohérent avec ce que les libéraux classiques considèrent comme le rôle approprié d’un gouvernement.

On entend déjà les clameurs de ceux qui voient dans la crise actuelle un retour en grâce de l’État. Ce n’est pourtant pas une crise du libéralisme, car la faute ne revient pas au marché, mais à un virus. Si les marchés défaillent, le gouvernement en est responsable pour avoir mis l’économie à l’arrêt. Il est donc logique, d’un point de vue libéral, que l’État aide les entreprises privées.