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L'impasse politique martiniquaise

L'impasse politique martiniquaise

   Inutile de se raconter des histoires ! Si le PPM/EPMN avait été au pouvoir à la CTM, il aurait signé les "contrats de convergence" proposés par E. MACRON et son gouvernement exactement comme vient de le faire le "Gran Sanblé pou Ba Peyi-a An Chans".

   Quel que soit le parti qui gouvernerait à Plateau Roy, il n'aurait pas eu d'autre alternative que d'aller à Canossa, c'est-à-dire de se plier à la politique décidée, définie et mise en œuvre par l'Etat français. Les rodomontades de LETCHIMY et des siens ne sont que de la pure politicaillerie, de la poudre aux yeux, en vue des élections municipales de 2020 et des territoriales de 2021. Surtout quand on connaît leurs accointances passées avec des individus aussi peu recommandables que Manuel VALLS pour ne citer que ce dernier.

    La Martinique est donc politiquement dans l'impasse.

    L'assimilationnisme a échoué en dépit des réels progrès en matière d'infrastructures, de scolarisation, de santé etc. et si une troisième guerre mondiale venait à éclater, chose qui n'est pas du tout improbable au vu de l'énergumène qui règne à la Maison Blanche, aucun jeune Martiniquais n'irait de son plein gré se battre pour l'Amère-Patrie. Frantz FANON l'avait fait ! Il avait, au péril de sa vie, traversé nuitamment le dangereux canal de la Dominique sur un frêle esquif, comme des centaines d'autres "dissidents" (les équivalents des "résistants" de l'Hexagone), afin de rejoindre les Forces Françaises Libres du Général DE GAULLE. Qu'il adhère à la Caribéanité, à la Créolité, à la Noir-Américanité ou à l'Africanité, le jeune Martiniquais d'aujourd'hui ne se sent plus français au sens émotionnel, viscéral même de ce terme, comme ses parents et grands-parents. L'échec de l'Assimilation est un constat. Un simple constat.

   Mais l'Autonomisme a, lui aussi, échoué, bien que le PPM l'ait réclamé dès le début des années 60, il y a donc plus d'un demi-siècle. Quelques furent ses déclinaisons (Autogestion, Autonomie de la Nation Martiniquaise au sein de l'ensemble français etc.), il n'a jamais réussi à convaincre une majorité de Martiniquais. Malgré les nombreux succès électoraux d'Aimé CESAIRE et du PPM ! On l'a constaté à deux reprises, pour ne citer que ces seuls exemples : d'abord en 1981, lorsque les Martiniquais ont voté massivement pour V. GISCARD D'ESTAING aux élections présidentielles et que CESAIRE s'est retrouvé piteusement obligé de décréter un "Moratoire" c'est-à-dire une pause dans la revendication autonomiste ; en 2010, trois décennies plus tard donc, lorsqu'ils ont rejeté tout aussi massivement (à 76%) l'Article 74 qui pourtant n'aurait attribué qu'une poussière d'autonomie à la Martinique. L'échec de l'autonomisme est un constat. Un simple constat.

   Quant à l'indépendantisme, il ne se porte guère mieux que ses adversaires que sont l'Assimilationnisme et l'Autonomisme, là encore, en dépit des indéniables succès électoraux de divers partis (d'abord le GRS qui fait élire E. JEAN-ELIE maire à l'Ajoupa-Bouillon ; le MIM qui conquiert la municipalité de Rivière-Pilote, la Région par deux fois et aujourd'hui la CTM avec l'aide, il est vrai, d'autonomistes, d'écologistes et de la Droite ; le MODEMAS qui conquiert les municipalités de Saint-Anne et du Prêcheur etc.). Quand on compare la Guadeloupe à la Martinique, on a de quoi être étonné : dans l'île-aux-belles-eaux, les indépendantistes n'ont quasiment connu aucun succès électoral alors même que la revendication nationaliste y a toujours été plus forte que dans l'île-aux-fleurs. Mais le constat est le même que pour les deux autres grandes tendances politiques : un échec patent. Car la Martinique n'a pas fait un seul pas en avant en direction de l'indépendance. Même pas un demi-pas !

   C'est pourquoi il n'est pas exagéré de dire que la Martinique est dans une impasse politique après avoir successivement porté au pouvoir toutes les grandes tendances présentes dans le paysage politique local. Reste la poignée de partis indépendantistes d'extrême-gauche qui a toujours refusé le jeu électoral, mais qui lui aussi est dans l'impasse puisque la lutte armée est impossible comme l'a montré l'échec de l'ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe) lequel, rappelons-le pour nos jeunes lecteurs, avait tout de même organisé une trentaine d'attentats en Guadeloupe, une vingtaine en Martinique, une dizaine en Guyane et même deux ou trois à Paris.

   QUE FAIRE ? Question que se posait LENINE.

   La réponse, on s'en doute n'est pas facile, mais en tout cas NE RIEN FAIRE serait tout simplement SUICIDAIRE. Nos populations vieillissent à une vitesse accélérée et quasiment chaque semaine, FRANCE-ANTILLES se complait à mettre à l'honneur un (e) nouveau (elle) centenaire. Pendant ce temps, des milliers de jeunes de nos trois pays fuient (c'est le terme !) vers la France, le Québec ou le "Tout-Monde". L'économie de comptoir, si elle fait le bonheur des Békés et de la bourgeoisie de couleur, nous enfonce chaque jour davantage dans la dépendance envers la France et l'Europe. Dépendance mortifère s'il en est ! Sans même parler de la catastrophe du chlordécone dont nous faisons semblant de ne pas savoir qu'elle met en danger, à moyen et long terme, l'existence même du peuple martiniquais.

   Pendant ce temps, des pays COMPARABLES aux nôtres en terme de superficie, de population et de ressources sortent progressivement la tête hors de l'eau et se construisent un avenir décidé par eux : Barbade, île Maurice, Seychelles, Vanuatu etc... Ces pays, pourtant dépourvus de pétrole, de gaz, de fer, de manganèse, d'or etc., n 'exportent ni "boat-people" ni "migrants" vers l'Europe ou les Etats-Unis. COMMENT FONT-ILS ?

   Pour le savoir encore faudrait-il que nous allions sur place voir comment ils font ! Lors de la commémoration du 50è anniversaire de Barbade, il n'y a eu aucune délégation officielle martiniquaise. Ni lors du 51è (l'an dernier) non plus ! Pourtant, nous adorons faire du tourisme dans ce pays en juillet-août. Et l'île Maurice aurait aussi beaucoup à nous apprendre. Car il ne suffit pas de parader dans les organisations régionales genre OECS, il faut aussi y prendre des leçons. Les embrassades, les envolées lyriques et les photos avec les chefs d'état caribéens, c'est bien, mais ça ne mange pas de pain. Cela ne change strictement rien à notre situation en tout cas.

   Comment sortir de cette impasse politique ? Le tout premier pas serait d'abord de reconnaître, tous partis politiques confondus, que nous sommes dans une impasse au lieu de se contenter de gérer l'existant chaque fois que les urnes portent tel ou tel parti au pouvoir. Le deuxième pas serait de reconnaître que ce "pouvoir" n'en est pas un. Pas vraiment ! Il est sévèrement limité par le pouvoir central. Et le troisième pas consisterait à faire preuve de réalisme et d'admettre qu'indépendance n'équivaut pas forcément à extrême-gauche. Sur la trentaine de pays indépendants qui bordent la mer des Caraïbes, tant du côté insulaire que du côté continental, seul deux sont dirigés par cette mouvance politique : Cuba et le Venezuela. Le quatrième pas consisterait à expliquer à la population que vouloir l'indépendance ce n'est aucunement être ennemi de la France ou la haïr (l'Angleterre n'est pas l'ennemie de Barbade que l'on sache !), mais qu'il s'agit tout simplement d'une question de vie ou de mort : rester indéfiniment dans le giron franco-européen conduira inévitablement à la disparition, à la dilution des 380.000 Martiniquais dans les 67 millions de Français et les 350 millions d'Européens.

   Pour sortir d'une impasse, il faut arrêter de se payer de mots et regarder la réalité en face. Nous pouvons parfaitement faire ces 4 pas ! Nous devons commencer à le faire toutes affaires cessantes... 

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