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Dev Virahsawmy : pens down!

Dev Virahsawmy : pens down!

La littérature, c’est fini. Dev Virahsawmy jure qu’on ne l’y prendrait plus. À 72 ans, l’écrivain qui se qualifie d’engagé veut maintenant batailler pour faire du créole le médium d’enseignement.

Literasi wi, literatir non. Promis juré, Dev Virahsawmy arrête la création, la recréation littéraire. Celui qui se qualifie lui-même d’écrivain engagé, influencé par George Bernard Shaw, Henrik Ibsen et Jean Paul Sartre, affirme qu’il a d’autres chats à fouetter. Pour sortir de scène avec panache, il livre une dernière traduction classique : Kleopat ek Antwann, adaptation genderwise de la pièce de Shakespeare.

À quoi va s’occuper Dev Virahsawmy après 50 ans à gratter le papier ? «Il faut développer la

pédagogie pour un bilinguisme authentique mauricien à travers l’anglais.» Cela, c’est l’emballage. En parler vrai, cela veut dire que la nouvelle bataille de Dev Virahsawmy est de faire du créole un médium d’enseignement. «Je vais remettre ma casquette de politicien qui fait de la politique autrement.» Pour, dit-il, améliorer la vie des gens.

Oui, le créole est entré à l’école comme matière optionnelle. Oui, il y a eu des travaux sur la grammaire et la production d’un dictionnaire. Oui le créole a fait une percée dans les textes sacrés et les sermons.Il ne reste que le travail de découpage des mots, qui doit revenir, selon Dev Virahsawmy, aux écrivains. Car ils ont «l’intuition du mot et comment il doit être».

Malgré ces avancées, nous sommes encore très loin du compte, martèle-t-il. Même si le créole est selon lui, la langue maternelle de 90 % de la population, «il n’y a pas de grand amour entre la population et cette langue. On a honte de la parler».

Une bataille contre les mentalités. Contre les parents réticents. Contre le «blackboard jungle». Contre l’école obligatoire réduite au rang de «garderie», où l’on tient une masse d’enfants, «qui ne sont pas intéressés». Dans un système «d’éducation pour l’élite», qui s’acharne à fabriquer des «semi lettrés». Exemple : «En sixième, la moitié du questionnaire consiste à pik poul et à remplir un espace avec un mot. Réussir ces exercices ne veut pas dire que vous êtes lettré, que vous pouvez construire un texte. Et que ceux qui vous lisent comprendront ce que vous voulez dire

Il s’agit donc de parler aux apprenants dans une langue qu’ils comprennent. «C’est une décision que je prends en étant pleinement conscient que j’aurais une opinion très forte contre moi. Mais c’est mon devoir, car les politiques ne vont pas prendre de décision.» Et qui connaît le parcours de l’homme sait que sa spiritualité n’est pas étrangère à la mission qu’il s’est assignée.

Politique, pédagogie, littérature. ce sont  les trois passions qui font courir Dev Virahsawmy. Au cours de ces 35 dernières années, raconte l’auteur, c’est la création littéraire qui avait pris le pas sur les deux autres. L’urgence était «d’aménager notre langue nationale». De la doter d’un corpus qui puisse être étudié. Il a produit «plus de 1 000 poèmes, une quarantaine de pièces de théâtre, une vingtaine de nouvelles, cinq novella et un roman». Sans oublier la traduction d’oeuvres classiques : neuf pièces de Shakespeare, une de Molière (Tartif Froder) et des oeuvres de La Fontaine, d’Omar Khayyam, de William Blake, de Baudelaire, de Keats et de T.S. Eliott. Tout cela pour «démontrer la vitalité de la langue».

Mais, au «crépuscule de la vie», alors qu’il planchait sur Kleopat ek Antwann, «pour la première fois, j’ai trouvé l’exercice très pénible. C’est le signe que je suis fatigué de ce type de travail». Ce qui ne l’a pas empêché de faire de Cléopâtre, cette «femme mûre qui est amoureuse», la véritable héroïne de la pièce, pas César ni Antoine. «Impe pou amerd tou dimoun

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