Accueil
Aimé CESAIRE
Frantz FANON
Paulette NARDAL
René MENIL
Edouard GLISSANT
Suzanne CESAIRE
Jean BERNABE
Guy CABORT MASSON
Vincent PLACOLY
Derek WALCOTT
Price MARS
Jacques ROUMAIN
Guy TIROLIEN
Jacques-Stephen ALEXIS
Sonny RUPAIRE
Georges GRATIANT
Marie VIEUX-CHAUVET
Léon-Gontran DAMAS
Firmin ANTENOR
Edouard Jacques MAUNICK
Saint-John PERSE
Maximilien LAROCHE
Aude-Emmanuelle HOAREAU
Georges MAUVOIS
Marcel MANVILLE
Daniel HONORE
Alain ANSELIN
Jacques COURSIL

Entre Afro-descendants, entendez-vous, tonnerre de Dieu !

Entre Afro-descendants, entendez-vous, tonnerre de Dieu !

   Ca suffit ce vacarme permanent lors des plénières de la CTM, s'énerve TI SONSON au fin fond de sa bucolique campagne de Fond-Zombi.

    En effet, Man ERNESTIN, sa kontjibin depuis l'apparition du Coronavarius (comme on dit au Saint-Esprit), enfin du Covid-19, lui a appris qu'il y avait du cinéma-sans-payer à la télé depuis quelque temps et c'est pas des flims qui durent deux heures seulement, mais presque une journée. Qui-donc, nostre homme qui d'habitude passe son temps dans son jardin créole, un madjoumbé à la main, fut intrigué par cette ô combien surprenante nouvelle. En plus, c'est du cinéma-sans-payer local, natif-natal, lui avait précisé Man ERNESTIN, pas des couillonnades de feuilletons brésiliens ou z'indiens où on voit des mamzelles demi-tèbè pleurer lanmou pour des makos menti-menteurs. Awa ! C'est presque comme les flims mériken où des coups de fizi, des tjoks, des bombes et tout ça pètent de partout.  

    Ce qui fait que TI SONSON décida un beau matin d'abandonner ses ignames-chachas, ses choux caraïbes, ses choux de Chine, ses tomaren-des-Indesses prunes d'Espagne, ses prunes du Chili, ses pois d'Angole, ses pois-Congo (bref, tous ces machins qui n'existaient pas à Wanakaéra avant l'arrivée de ce chien-fè de Christophe COLOMB) pour s'installer en-bas de sa véranda afin de regarder la télé. Par la fenêtre car dans le ti-salon de leur case, il n'y a guère de place que pour Man ERNESTIN et son gros dada. En fait, du cinéma-sans-payer, le bougre n'y croyait pas trop car pour lui, la vie même à Madinina en était déjà un et c'était plus un flim tragique que comique, à son humble avis. 

   Hé-hé ! Quelle ne fut pas la surprise du citoyen de Fond-Zombi de voir, en effet, se gourmer comme des larrons d'une mauvaise foire des z'élus et z'élues et ça, dans l'enceinte même de la digne assemblée territoriale ! Comme qui dirait la cour de récréation de l'école primaire de ses vertes années où, hélas, il n'avait pas pu user son short-kaki très longtemps, sa manman n'ayant pas les moyens de le laisser fainéanter dans cet endroit bizarre où des met et métres-lékol passaient le plus clair de leur temps à enseigner les vignobles d'Aquitaine, la virginité de Jeanne d'Arc et le plus-que-parfait. 

   Oui, ERNESTIN avait raison : ça se gourmait alé-pou-viré mais pas comme dans les flims mériken puisqu'il n'y avait ni colts ni winchesters ni mitraillettes ni bombes ni rien de ce genre. Juste des paroles ! Des kout-pawol, des kout-tjok de paroles, quoi ! Estébékwé, nostre homme en oublia même le pété-pié (à 55°) que lui avait servi sa compagne de ses jours (enfin de ses nuits, plus exactement puisqu'il ne restait presque jamais dans leur case pendant la journée pour ne pas entendre des pawol initil). En habitué des pit-a-kok, puisqu'il élevait des coqs-kalabray, TI SONSON apprécia dans un premier temps le spectacle. Il péta de rire à chaque kout-zépon de celui-ci ou celle-là. Il se mit même à compter les points avant de se rappeler qu'il n'y avait pas eu de paris comme dans les pits, qu'aucun téléspectateur n'avait misé un seul euro et qu'à la fin de tout ce bankoulélé, personne ne gagnerait une patate. 

   Patat sa ! s'écria-t-il alors comme dans un roman Prix Goncourt.

   Et puis, petit à petit, enfin anmizi-anmizi, TI SONSON sentit une sourde colère monter dans son estomac, puis dans sa gorge, puis dans sa bouche et enfin dans sa cabèche. En fait, nostre homme n'avait jamais regardé une retransmission de plénière (pour, à nouveau, ne pas entendre de pawol initil) et préférait admirer Lionel RONALDO, Cristiano MESSI ou Zinedine M'BAPPE woulé boul anlè moun lors des coupes d'Europe de football. Le bougre se dressa de son siège, enfin de sa chaise en paille presqu'en chinpontong puisqu'elle datait du siècle dernier, et se mit à gueuler tout fort :

   "Mais, tonnerre de Dieu, entendez-vous entre Afro-descendants !"

   Man ERNESTIN, qui n'avait jamais entendu son homme parler "la langue dorée" comme disaient les conteurs des veillées mortuaires d'antan, sursauta, faillit attraper un falfwet, puis un malkadi avant de se ressaisir de justesse et de lui lancer :

   "Ki manniè, ou ka palé fwansé atjelman ?"

   Le plus ébahi des deux fut, en réalité, TI SONSON lui-même. Non, il ne parlait pas français même s'il le comprenait tout-à-faitement. Non, il n'aurait jamais osé le faire devant ses compères, les tafiateurs qui fréquentaient chaque soir la case-à-rhum de Fond-Zombi car ils l'auraient traité de makoumè ou de Neg-ka-fè-lentérésan. Non, ça ne lui ressemblait pas du tout-du tout. Pièce pas ! Alors que s'était-il passé ? Quel zombie avait pénétré dans son esprit et avait pris la place du tafia à 55° ? Patat sa !

   Confus, nostre homme regagna son jardin créole et s'assit à l'ombrage d'un pied de fruit-à-pain (ce machin qu'il ne savait pas avoir été importé de Tahiti). Mais moustiques et mayengwen se mirent là-même à le terboliser alors, il se déplaça jusqu'à un pied de filao (ce machin qu'il ne savait pas avoir été importé de Madagascar) et entreprit de calculer. Enfin, de réfléchir, quoi ! Qu'est-ce qui s'était passé dans sa tête, eh bé-Bondieu ? Deux heures s'écoulèrent et toujours pas d'explication. Quand soudain, il se rappela ce petit jeune homme révolutionnaire qui passait une fois par mois lui vendre un journal révolutionnaire (que TI SONSON ne lisait pas, l'utilisant pour envelopper la livre de kouliwou qu'il achetait quand il lui arrivait de descendre à Case-Pilote ou au Carbet). Tous ces derniers temps, l'adepte d'un certain Marraud (pas des Grottes, mais Tsé-Toung) l'avait bassiné avec une affaire d'UNESCO (ou d'UNIPRIX, il ne se souvenait plus très bien) qui avait décrété que cette décennie serait celle des Afro-descendants. 

   Il n'avait pas trop bien compris qui descendait de qui, mais le tibolonm parlait bien__un véritable chacha !__et ce mot, "Afro-descendants", avait plu à TI SONSON qui l'entendait pour la première fois de sa longue existence (il bordillait les 78 printemps, enfin carêmes). Voilà donc l'explication de son étonnante exclamation devant le spectacle, le cinéma-sans-payer, que lui avait offert les z'élus et z'élues territoriaux ! Rassuré, car un instant il avait cru qu'il perdait sa tête ou plus exactement qu'il devenait dekdek, TI SONSON, envahi par une joie sans borne se mit à dévaler le morne qui se trouvait en contrebas de son jaden en se mettant à hurler :

   "Mais entendez-vous entre Afro-descendants, tonnerre de Dieu !".

   C'est pris fin...

Commentaires

michel mirgan | 09/07/2020 - 23:05 :
Les trois chabins-mulâtres de la photo se vivent-ils tous comme des "Afro-descendants" ? J'en doute !!!!
Balivot | 11/07/2020 - 08:06 :
Impossible de s’entendre , trop éloignés en terme de convictions politiques . L’alliance de circonstance n’a servi qu’à éliminé « l’autre ». Mais pourquoi s entendre entre afro descendants , on peut ne pas être d accord , et pourquoi systématiquement creer des ensembles de populations qui devraient s entendre du fait de leurs origines communes ?
Véyative | 13/07/2020 - 07:06 :
Il faut prendre le temps de revoir la séance plénière. Tout en appelant de ses vœux une plénière sans histoire , à plusieurs reprises, le président de l'assemblée fustigeait le déluge de propos malsains sur les réseaux sociaux, accusant sans nommer. J'appelle cela souffler sur les braises, lesquels , bien sûr, n'attendaient que cela. Alors le citoyen lambda est mis hors circuit et ne peut que regarder cette plénière en mode "pitt". Par contre il faut mettre en surbrillance l'excellente intervention de Charpentier Tity. Cela fait un bien fou d'écouter du haut niveau.

Pages