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RACISME, VIOLENCES POLICIERES, DISCRIMINATIONS.

Raphaël CONSTANT
RACISME, VIOLENCES POLICIERES, DISCRIMINATIONS.

Cela devient commun et même un peu facile par les temps qui courent de dénoncer le racisme et les violences policières commises aux USA. En revanche, on se tue à nous dire que la France échappe à cela et que ce ne peut être quelques brebis galeuses qui peuvent entacher « notre » police nationale qui ne peut être que blanche comme neige.

Certes, il semblerait que cette vision commence à évoluer. La lettre ouverte de Virgine Despentes à « ses amis blancs » suite à la manifestation (interdite) à Paris. Mais à leur encontre les déclarations d’A. Pulvar et de C Taubira montre que même chez « nous » il y a du travail à faire.

Je souhaite dire un certain nombre de choses.

Le 27 juin 2017, j’ai été frappé en pleine cour d’appel par un policier sans que, près de deux ans après, aucune sanction n’ait été prise. Les policiers se considèrent couverts d’une impunité. La manière dont il se sont comportés vis-à-vis des jeunes activistes devant les Carrefours de M. Hayot en est une illustration. Il n’est pas un hasard sinon systématique que depuis un certain nombre de temps, le procureur pourchasse les militants ou non qui filment les agressions policières.

J’ai vécu en France de 1975 à 1995. J’ai beaucoup fréquenté les milieux de l’immigration. J’ai appris à éviter les contrôles, à prendre des chemins crochus pour ne pas croiser des policiers. Car, de par ma couleur (en dépit du passeport), je savais qu’en passant par tels ou tels endroits, je serai arrêté pour un contrôle par des individus arrogants qui vous tutoient, vous rudoient et ne vont jamais accepter de vous expliquer leur choix. Ces hommes sont facteurs de désordres, de mépris.

Il y a deux sources au racisme et aux discriminations que nous vivons aujourd’hui: l’esclavage des noirs et la colonisation.

Ah oui, bien sûr, il existe une différence entre les USA et la France. Les USA sont le seul pays occidental qui a connu sur son sol (principalement dans le sud) un esclavage massif. Pour les pays européens comme la France, l’Angleterre et la Hollande, l’esclavage s’est institué aux iles dans les colonies. La disparition de l’esclavage a été plus tardif (d’une vingtaine et d’une trentaine d’années) aux USA et obtenu par Lincoln par une entourloupe juridique. En outre, aux USA, à la fin du XIX°, pour permettre le retour des états sudistes dans les organes de l’Union, on leur a permis d’adopter une législation ségrégationniste qui ne va disparaitre qu’un siècle plus tard, dans la décennie soixante du XXième avec les luttes pour les droits civiques.

Pour mettre en esclavage, il a fallu bâtir un corpus idéologique visant à considérer les noirs comme inférieurs (c’est en cela que ce servage est différent des autres qu’ont connu d’autres civilisations contrairement à ce qu’une école universitaire française veut faire croire). Même après la disparition de l’esclavage, cette idéologie a laissé des traces dans la population que ce soit aux USA ou en Europe même si dans ce derniers continent les noirs étaient le plus souvent lointains.

La colonisation est aussi la cause de l’émergence et du développement du racisme. Les USA ont peu colonisé, étant acquis il est vrai qu’ils ont massacré (comme l’Europe en Amérique du Sud) les peuples indigènes et récupérer de nombreuses terres au Mexique. L’Europe a beaucoup colonisé, en Amérique au XVIII° et dans le reste du monde (Afrique, Moyen Orient et Asie).

Et pour coloniser, il faut aussi le justifier par un discours idéologique. En France, par la gauche d‘ailleurs (Jules Ferry, Victor Hugo etc…), il a été expliqué que la colonisation se justifiait par la nécessité que les pays de civilisations ou races supérieures prennent en charge les civilisations inférieures. Ces discours paternalistes sont fondamentalement racistes et ont nourri des générations de français dans leur regard vis-à-vis des antillais, des africains, des arabes et des asiatiques. Quand aux lendemains de la seconde guerre mondiale, la France a fait venir pour « ses trente glorieuses » ces populations pour travailler, inévitablement ces populations ont été traitées avec cette vision négatives et paternalistes.

On observera, ceci étant le fruit des luttes de l’époque, que peu de vietnamiens sont venus en France à la suite de Dien Bien Phu et que l’ostracisme s’est beaucoup concentré sur les maghrébins, en particulier les algériens, avec l’indépendance arrachée en 1962.

Prétendre qu’aux USA, il y a un racisme systémique et en France que ce serait l’exception est une hérésie. Le racisme est aussi présent dans les deux sociétés. Et dans les deux cas, les discriminations sociales qui sont tout à la fois les causes et les conséquences du racisme. Les dégâts du coronavirus l’ont largement démontré. Aux USA et en Angleterre, il est clair que ce qu’ils appellent « les minorités visibles », particulièrement les noirs, ont connu un taux de mortalité de 7 fois à 50% plus élevés que par rapport au reste de la population. En France où on camoufle la réalité aux motifs que les statistiques « ethniques » sont interdites, on sait quand même que le taux de mortalité en Seine Saint Denis, lieu où sont concentrés de nombreux immigrés, est nettement plus important que ceux des autres départements de la région parisienne.

En France, il est de bon ton de prétendre que le racisme n’est pas systémique. On nous assène une république mythique et au nom de celle-ci le racisme disparaitrait. De quelle République s’agit-il : celle (la 3ème ) qui a mené les colonisations en Afrique et en Asie au XIX en même temps qu’elle assassinait les ouvriers à Fourmies, la même (toujours la 3ème) qui mena la guerre du Rif après la boucherie des tranchées, celle (la 4ème) qui fit le massacre de Sétif en 1945 et écrasa la révolte des mineurs dans les corons, celles (4 et 5ème ) qui tortura en Algérie et assassina les algériens à Paris, etc…Aucun de ces crimes (bien républicains) n’ont été sanctionnés ou punis.

En France, personne n’est raciste. Le Pen, père et fille ne le sont pas, même s’il pensent que la musique classiques est plus élaborée que celle des Papous, Sarkozy n’est pas raciste mais son homme africain n’est pas rentré dans l’histoire, Chirac n’était pas raciste mais les « odeurs » gênaient « ses » ouvriers français, Fabius n’est pas raciste mais pour lui Le Pen posaient de bonnes questions mais donnaient de fausses réponses, Rocard n’était pas raciste mais la France ne pouvait pas loger toute la misère du monde alors que personne ne le lui a demandé, Macron n’est pas raciste (il a même une porte-parole noire qui vit bien – dans quel quartier ?- en France comme « femme noire) mais il ne comprend pas qu’on finance l’Afrique alors que les femmes y font plus de sept enfants, etc…

Tous ses gens ne sont pas racistes. Ils sont républicains, disent-ils !

M. Macron, encore lui, l’a dit. Il n’existe pas de violences policières en France car c’est un état de droit. Quelle ineptie ? Les USA ne sont pas un état de droit ? La France est coutumière de ces dénégations officielles. A la fin du XIXème siècle, il n’y avait d’affaire Dreyfus. De 1954 à 1962, il n’y avait pas de guerre en Algérie. Aujourd’hui, il n’y a pas de violences policières.

Il n’y a pas de police ou de gendarmerie raciste. La thèse commence à s’étioler. En 2016, la conservatrice chambre criminelle de la Cour de Cassation a admis l’existence de contrôle au faciès. Récemment, le défendeur des droits a admis des contrôles systémiques contre des minorités. Révélations après révélations, la thèse de cette police républicaine est en train de s’effondrer. Alors, on commence à nous dire qu’il y a des « brebis galeuses » mais que le reste du troupeau est sain. Alors que c’est le système de contrôle, les lieux de contrôles qui est systémique et vise des minorités car dans la tête des policiers et des gendarmes ceux qui sont des délinquants sont majoritairement des noirs et des arabes. D’ailleurs, ils sont surreprésentés en prison. C’est le chat qui se mord la queue car c’est le système qui est substantiellement discriminatoire et donc raciste.

Quant à l’état de droit, disons en quelques mots. Le fait patent est que dans toutes les affaires où des personnes (quel que soit leur couleur d’ailleurs même si la majorité sont « bronzés » en inverse de leur proportion dans la population) ont été blessés ou sont décédés du fait d’actes de policiers ou de gendarmes, ces derniers n’ont quasiment jamais été condamnés. Souvenez vous des deux jeunes brûlés en 2005 dans un local EDF où ils s’étaient réfugiés paniqués d’être pourchassés par la police. Souvenez nous de ce jeune tué d’une grenade dans une manifestation en défense de l’écologie, d’Adama Traoré, de cette femme tuée sur son balcon à Marseille, de cette autre bousculée, handicapée à vie à Nice, ce jeune noyé à Nantes, etc…. Tout cela n’existe pas !

Cela n’existe pas pour deux raisons.

Premièrement, il n’existe pas d’organes indépendants d’enquête en France pour les violences policières. Qui enquête ? La police pour les policiers et les gendarmes pour les gendarmes. Bref, ils enquêtent sur eux-mêmes. Et ces organes d’enquête sont sous les mêmes ordres que ceux sur lesquels ils sont sensés enquêter. Le ministre Castaner a eu un mot (mal)heureux. Il a promis une réforme pour donner « plus d’indépendance » à ces organismes d’enquête. Aveu de l’absence d’indépendance aujourd’hui. Et l’indépendance ne se divisant pas, ils n’en auront pas plus demain.

Pas d’enquête indépendantes et donc pas de justice. Pour le juge, le policier ou le gendarme est un bras armé, celui sans lequel il ne peut rien faire. Dans la plupart des bureaux des magistrats vous allez trouver ou une photo, ou un insigne d’une compagnie ou de police ou de gendarmerie. Devant instruire sur leurs actes déviants, la démarche des juges est claire : justifier, justifier, justifier et justifier. A une exception près, je n’ai jamais vu un juge ne pas instruire à décharge dans une affaire concernant un policier ou un gendarme, leur permettre de se concerter, comprendre leur revirement. Et si vous avez un « mouton noir » crachant la vérité, ne voilà-t-il pas qu’il devient dépressif et qu’on trouvera bien un expert pour expliquer qu’il ne sait plus ce qu’il dit vraiment.

Que ce soit aux USA ou en France, nous sommes encore loin du bout du bout.

Il faut donc se battre mais cette lutte contre le racisme, les discriminations et les violences policières sera de longue haleine car finalement c’est tout le système social qu’il faut remettre sur pied. Il y a peu à attendre ou de Trump ou de Macron. Ce n’est pas la mort de Floyd qui les embête mais les 8 minutes et 46 secondes d’étouffement qui font mauvais genre et durent trop longtemps. Ils s’inquiètent de savoir si cela va leur coûter leur réélection.

Commentaires

Guillaume Martily | 01/07/2020 - 05:14 :
Bonjour M. CONSTANT, Je me permets de vous écrire ici, non pas en réaction à votre bloc-notes, que je viens de découvrir et lis depuis, mais après de rapides recherches sur le passé de mes parents. Je m'explique. Durant les années 80', mes parents vivaient en région parisienne et ont animé des rubriques ou collaboré sur Radio Voka, rue des Pyrénées. Depuis que j'ai appris cela, je cherche à glaner des témoignages de cette époque mêlant indépendantisme, appels à la reconnaissance et à la diversité, entre autres. J'ai trouvé votre nom dans les archives du Monde et j'aurais donc aimé savoir si vous auriez pu me renseigner sur cette période. Je vous remercie par avance pour l'attention que vous accorderez à la lecture de ces quelques phrases. Cordialement, Guillaume MARTILY

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