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VIVE NOTRE 22 MAI !

En 1998, le gouvernement français alors en place organisa toute une série de manifestations afin de célébrer en grande pompe ce qui fut appelé le « cinquantième anniversaire de l’abolition de l’esclavage ».

« Abolition de l’esclavage » ? Cette appellation fait partie d’une des nombreuses trouvailles que l’idéologie dominante a fabriquée pour mieux assujettir les consciences, en particulier celles des peuples dont les ancêtres, trois siècles durant, furent victimes de cette abomination que fut l’esclavage.

Aujourd’hui encore, la formule fait florès : tels des perroquets domestiqués, bon nombre d’entre nous perpétuent la supercherie ... En effet, lorsque l’on analyse ce que cette formulation dissimule, on y trouve l’expression d’un véritable tour de passe-passe : ce crime contre l’humanité aurait pris fin parce qu’il y eut des « abolitionneurs » dont l’action fit de nos pères de passifs « abolitionnés ».

Il est temps, grand temps de mettre un terme à ce jeu de cartes biseautées ! Ce n’est pas d’ « abolition de l’esclavage » qu’il convient de parler, mais de {{fin du système esclavagiste}}.

Cette formulation a le mérite de rappeler qu’il s’agit d’un processus dont la genèse, le début, la suite et la fin s’inscrivent dans tout un faisceau de conditions objectives de nature {{économique}} ( la culture intensive de la canne à sucre supplantée par celle de la betterave) ; {{industrielle}} (l’avènement de machines dont la productivité supérieure à celle du travail servile favorisa le remplacement de l’esclave par un nouveau type d’exploitation, celui de l’ouvrier agricole) ; {{politique}} ((les rivalités franco-anglaises redoublaient d’intensité du fait que la Grande-Bretagne ayant , dans ces colonies de la Caraïbe, mis un terme à l’esclavage 15 années avant la France, la Martinique, terre d’esclaves, se trouvait alors placée entre la Dominique et Sainte-Lucie, îles où ce stade suprême de l’exploitation de l’homme par l’homme était en voie de progressive disparition, une telle situation ne pouvait qu’ attiser en Martinique la soif de liberté) ; {{idéologique}} (l’ humanisme issue de ce que le « siècle des Lumières » avait de meilleur, nourrissait la pensée d’hommes dont un Victor Schoelcher est devenu l’ icône, et que les tenants de cette {{idéologie}} ont pu mettre en pratique à propos de l’esclavage, suite au renversement de la monarchie incarnée par Louis-Philippe et à l’instauration de la 2eme République) ; {{sociale}} (dans les colonies françaises de la Caraïbe, révoltes et insurrections des masses esclaves - auxquelles s’associèrent parfois des mulâtres progressistes - se sont succédé, dont celle, victorieuse en 1804, de la lutte de libération nationale haïtienne ... autant d’évènements qui n’eurent de cesse, en Martinique aussi, d’ ébranler le système esclavagiste )

Voici ce qu’un enseignement soucieux du respect de la vérité historique doit inculquer, en particulier, à notre jeunesse scolaire et universitaire.. Voici ce que certains de nos historiens ( ou ceux et celles qui se targuent de l’être) devraient dire, écrire au lieu de, chantres du déviationsime{{ { *,} }} chercher à nous ramener sous la coupe de la pensée abolitionniste.

Quant au choix du 22 mai, choix entériné par les Martiniquais, pour fêter la fin du système esclavagiste, il ne s’agit surtout pas de noyer cette commémoration dans un 10 mai fédérateur dont la mise en scène serait, une fois de plus, assurée par l’Etat français.
Les peuples y compris le nôtre ont besoin de points de repère pour jalonner leur parcours historique. Par la participation active de nos ancêtres esclaves à leur libération, sans attendre que la permission de briser leurs chaînes leur fût octroyée, le 22 mai 1848, en plus du symbole que cette date à nos yeux signifie, demeure chargé d’enseignement pour nos jours d’aujourd’hui comme pour ceux à venir.

{{Daniel Boukman,}} écrivain martiniquais, militant culturel

{{ {* En Martinique, entre autres, le déviationisme, à mi-chemin entre négationisme et révisionnisme, vise à déplacer le débat relatif à l’Histoire sur des pistes destinées à détourner la réflexion de l’objectif essentiel actuel, celui de la radicalisation de la prise de conscience nationale.} }}

Commentaires

dachine | 18/05/2007 - 07:11 :
Cette information est trop importante pour que je la garde. Ce serait bien si la France faisait de même !!!! 17-05-2007 Publication sur Internet de registres d'esclaves de l'ex-Empire britannique Les noms de millions d'esclaves de l'empire colonial britannique vont être publiés sur Internet afin d'aider les descendants à retrouver la trace de leur passé, a annoncé vendredi un site Web de généalogie. Ancestry.co.uk fournira trois millions de noms d'esclaves recueillis dans quelque 700 registres de 23 territoires et dépendances de l'ex-Empire datant de 1813 à 1834. Les descendants d'esclaves disposent généralement de peu de documents concernant leurs ancêtres, souligne le porte-parole du site, Simon Ziviani, qui espère que cette base de données "apportera la pièce manquante du puzzle". {{Les noms seront disponibles gratuitement dans les 12 prochains mois}}. La recherche s'effectuera par nom, prénom, île, plantation, âge ou sexe. L'un des documents les plus complets, le registre des esclaves de la Barbade de 1834, est déjà consultable en ligne. Pendant plus de 400 ans, à partir du milieu du XVe siècle, les Européens ont réduit à l'esclavage des millions d'Africains soumis à la traite des Noirs. On estime à 12 millions le nombre de captifs déportés outre-Atlantique sur les navires des négriers, et à trois millions celui de ceux qui ne survécurent pas à la traversée, selon l'ambassade de Grande-Bretagne en France. Le Royaume-Uni célèbre cette année le bicentenaire de l'abolition de la traite négrière atlantique mais l'esclavage lui-même ne fut interdit dans les colonies britanniques qu'en 1834. Les registres servaient à vérifier que les planteurs n'achetaient pas de nouveaux esclaves. AP Ambassade de Grande-Bretagne: http://www.amb-grandebretagne.fr/ (taper "esclavage" dans la recherche) {{Quel est votre avis sur cette initiative}} ?

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