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Université des Antilles : Quel jeu joue l'Etat ?

Antoine Delcroix

Université des Antilles : Quel jeu joue l'Etat ? 
 

Marqué par la crise de Guyane - dont on sait maintenant qu'elle a été manipulée par bien des forces extérieures à l'université -, par les troubles aux Antilles, notamment en Guadeloupe, le paysage offre un nouvel aspect :
 
  • une université des Antilles, héritière de l'université des Antilles et de la Guyane, proposant un modèle unique d'une université organisé autour de ses pôles Guadeloupe et Martinique,
  • une université expérimentale en Guyane, à statut spécifique, selon des modalités prévues par la loi ESR. 
Sut le front des affaires, les sanctions disciplinaires sévères sont tombées, dont la deuxième révocation dans l'histoire récente de l'université française. Même si la sanction est susceptible d'appel, cet appel ne porte que sur la procédure et - éventuellement - sur l'adéquation de la sanction aux fautes, mais pas sur le fond. Les attendus du jugement sont terribles. 
 
Le 1er septembre Madame Mence-Caster a décidé de mettre fin à son mandat de Présidente, en anticipant de quatre mois la date butoir du 25 janvier 2017. 
 
Elle a fait cela dans le respect de l'esprit et du texte de la loi ESR. En effet, l'article 116 de cette loi - a priori  applicable à l'université des Antilles - prévoit les mesures transitoires suivantes. Si le président élu sous le régime précédent, celui de la loi LRU, démissionne alors il est mis fin aux mandats des conseils centraux. Dans ce contexte, un administrateur provisoire est chargé d'organiser les élections aux nouveaux conseils. Le nouveau conseil d'administration élit ensuite le nouveau Président. Une affaire de deux mois à deux mois et demi.
 
L'intérêt de cette mesure transitoire de l'article 116 est de mettre plus rapidement l'université en conformité avec les dispositions de la loi ESR. Cette mesure a été utilisée à plusieurs reprises, dont à Toulouse (Paul Sabatier) et à Caen il y a quelques mois. Ceci n'empêche pas une certaine Julie Frémont de déclarer ces universités dans l’illégalité. C'est amusant quand on sait que le Président de Paul Sabatier est devenu immédiatement après conseiller de Thierry Mandon. Pour le président de Caen, décédé accidentellement, c'est plus cracher sur sa tombe que fit cette Julie Frémont. 
 
Pour l'université des Antilles, un intérêt supplémentaire existe: celui de permettre à la nouvelle équipe de prendre en charge plus vite l'établissement pour disposer de plus de temps pour préparer le budget et négocier le contrat avec le ministère... 
 
Alors, pourquoi le Ministère n'applique pas l'article 116 à l'université des Antilles? 
 
Soit il y a un vrai obstacle juridique, lié aux textes spécifiques qui régissent cette université, mais qu'alors le Ministère l'indique clairement et ose l'écrire. Et, dans ce cas, on ne fait pas lanterner la communauté concernée pendant trois semaines pour l'en informer.
 
Soit, il n'y en a pas et c'est de nouveau le cortège des pressions qui joue, notamment au niveau du ministère des Outre-Mer, et qui l'emporte sur la Loi. Suivez les pas des "familles, amis et alliés", et vous comprendrez ! On a connu cela en Guyane, et le sentiment curieux d'une répétition de l'histoire... 
 
Faute de cette clarification, les propositions les plus saugrenues affluent dont l'élection d'un président d'université pour deux mois. On trouve même au moins un candidat presque déclaré ! Mais que ne feraient certains pour une ligne sur leur CV ! Les mêmes, souvent, proposent une primaire, pour l'élection du président de l'université, non basée sur un éventuel groupe partisan (désigner un candidat au sein de ce groupe comme pour les présidentielles nationales) mais sur une base géographique, histoire de mieux dresser un pôle de l'université contre l'autre. Le piège est grossier.
 
Faute d'une conduite responsable de l'Etat, on laisse enfin livrer aux chiens l'honneur de deux hommes, qui se sont toujours caractérisés par leur droiture et leur engagement pour l'université, en armant le bras de ceux qui souillent les murs de de l'institution d'inscriptions insultantes. 
 
Encore une fois, Paris laisse créer (c'est gentil de le dire ainsi) le désordre au détriment de l'exercice serein des missions de l'enseignement supérieur aux Antilles. Encore une fois, les intérêts électoraux polluent le débat sur l’université. Que ne ferait-on pour grappiller quelques voix aux prochaines présidentielles? 
 
Antoine Delcroix
Le dimanche 18 septembre 2016

 

Source : http://did971.blogspot.com/p/depuis-deux-ans-rien-ne-sest-passe.html

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