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TRINIDAD ET TOBAGO VONT NOMMER UNE EXOPLANETE ET SON SOLEIL : "RAMAJAY" ET "DINGOLAY", MOTS CREOLES

Raphaël Confiant
TRINIDAD ET TOBAGO VONT NOMMER UNE EXOPLANETE ET SON SOLEIL : "RAMAJAY" ET "DINGOLAY", MOTS CREOLES

  Depuis la découverte de la première exoplanète en 1995 leur nombre ne cesse de croître.

  Longtemps, l'homme a cru que le ciel n'était peuplé que d'étoiles et que seule son étoile à lui, qu'il appela "Soleil", disposait de planètes orbitant autour de ce dernier. Il s'est trompé durant des millénaires (hormis de rares esprits visionnaires tel Giordano BRUNO au XVIe siècle) et jusqu'à tout récemment donc !  C'est que les planètes sont si minuscules (de là où nous nous trouvons évidemment !) qu'il est impossible de les voir, même avec un télescope, et puis une étoile brille tellement que ce serait comme repérer de loin un moustique qui vole devant le phare d'une voiture. On a donc déduit l'existence des exoplanètes c'est-à-dire les planètes situées en-dehors de notre système solaire, à l'aide de diverses méthodes dont la plus connue est celle dite du "transit" : chaque fois que l'exoplanète passe devant son étoile, on peut mesurer une baisse, certes faible, de luminosité de cette dernière. Autre méthode, celle des "vitesses radiales" qui a permis à Michel MAYOR et ses collègues de découvrir 51 Pegasi B, la première exoplanète.
   Notre galaxie, la Voie lactée, déjà peuplée d'environ 200 milliards d'étoiles, contient donc au moins autant de planètes, mais sans doute davantage puisque notre seule étoile, le Soleil, en compte déjà 8. Mais, pas d'enthousiasme démesuré ! 7 des planètes de notre système solaire son inhabitables soit parce que trop chaudes (trop près du Soleil comme Mercure) soit trop froides (trop loin du Soleil comme Mars), sans même parler des géantes gazeuses comme Jupiter sur lesquelles il est impossible de poser le moindre engin. La seule planète de notre système solaire située dans la zone dite d'"habitabilité" est notre chère Terre avec sa température moyenne de 15°, son champ magnétique et son eau liquide en abondance.
   Donc, même s'il existe des milliards d'exoplanètes, orbitant autour des milliards d'étoiles de notre système solaire, il n'est pas sûr du tout qu'on en trouve qui soit situées dans la zone d'habitabilité de leur étoile. A ce jour, malgré de nouvelles découvertes quasiment chaque jour (on est à environ 4.5000 exoplanètes actuellement), on n'en a encore trouvé aucune qui le soit avec certitude. Nous risquons donc d'être seuls, non pas dans l'univers comme on dit couramment, mais dans notre petite galaxie, car l'univers, lui, du moins l'univers observable, est composée de milliards de galaxies. Sans doute une centaine de milliards !!!
  Seuls dans notre galaxie très probablement, mais tout aussi probablement pas seuls dans l'immense univers.
  Mais là encore, pas d'enthousiasme démesuré : déjà, à l'intérieur de notre galaxie, aller d'un système solaire à un autre prendrait des milliers d'années. Aller donc de notre galaxie à une autre galaxie reviendrait à parcourir des années-lumière sachant qu'une année-lumière équivaut à...9 billions de kilomètres ! Autant dire que, sauf révolution scientifique extraordinaire, nous n'entrerons jamais en contact avec nos semblables des autres galaxies s'ils existent. Mais qu'à cela ne tienne, occupons-nous déjà de notre (petite) galaxie et nommons chaque nouvelle planète (exoplanète) et chaque nouveau soleil que nous découvrons !
 L'Union Astronomique Internationale (UAI) a donc attribué à une centaine de pays (indépendants) une exoplanète et une étoile. Dans chacun de ces pays, un concours de dénominations a été lancé en septembre dernier, concours auquel participe le grand public. Il n'y a qu'une seule chose imposée : que ces dénominations reflètent la culture de chaque pays et non la seule imagination de tel ou tel individu. A Trinidad et Tobago, près de 400 dénominations ont été ainsi proposées et le résultat vient de tomber : "Dingolay" pour le nom du nouveau soleil que l'AIA a réservé à ce pays et "Ramajay" pour l'exoplanète qui orbite autour de lui. Noms proposé par le Pr Jo-Anne FERREIRA de l'Université des West-Indies (campus de St-Augustine, Port-of-Spain), ardente défenseuse du créole à base lexicale française, très proche du créole martiniquais, encore parlé en certains endroits de cette île.
  Ces deux dénominations viennent donc du créole trinidadien à base lexicale française et se sont intégrées à l'anglais trinidadien.
  "Dingolay", comme un nombre considérable de mots créoles, peut avoir une origine aussi bien française qu'africaine : ce mot signifie "tourner, girouetter" en créole trinidadien (et anglais trinidadien) lequel a pu l'emprunter aussi bien au kikongo, "dyengula" signifiant "s'agiter en dansant" qu'au français "dégringoler". Tout comme, autre exemple parmi cent, notre "agoulou" peut aussi bien provenir de "ngulu" signifiant "cochon" en kimbundu que du français "goulu, goulument" puisqu'il signifie "vorace". Le lexique est l'auberge espagnole de la langue et il n'y a rien de plus incertain que l'étymologie. Seuls les lexicologues-Facebook ou créolistes-YouTube s'imaginent qu'on peut facilement déterminer l'origine d'un mot. On ne peut d'ailleurs même pas le faire pour une forme lexicale : par exemple, la postposition du pronom possessif en créole (ma maison/kay mwen) est ainsi régulièrement attribuée au manjaku (langue de Guinée), abuk-u alors qu'elle existe aussi en roumain (mama mea/ma mère) ou encore en arabe (um : mère/umi : ma mère). Quant à l'absence de la copule ("verbe être"), elle existe aussi en russe ou en arabe (ana murid : "man" malad en créole là où le français dit "je suis malade"). Mais toutes les étymologies ne sont pas difficiles ou impossibles à établir. "Ramajay", nous dit le Pr. FERREIRA, provient d'un mot d'ancien français "ramager" qui signifie "faire entendre son chant" s'agissant d'un oiseau et qui fait partie du créole trinidadien à base lexicale française.
  Toutefois, l'indétermination étymologique (et syntaxique) n'est aucunement une tare. C'est simplement la manifestation linguistique de l'entrechoc des cultures amérindienne, africaine, européenne et asiatique qui ont abouti à la langue et la culture créoles (à base lexicale française, anglaise, portugaise ou espagnole). Que le nom du soleil trinidadien, "Dingolay" et de l'exoplanète trinidadienne "Ramajay", proviennent de X ou Y, on s'en contrefiche. Ce qui importe c'est que ce sont des mots créoles, trinidadiens, caribéens, américains. Et surtout que désormais, Trinidad a posé son empreinte, une empreinte définitive, sur l'univers (observable).
 Tout cela peut sembler bien loin des préoccupations quotidiennes. Du chômage, de la violence, de la drogue, du racisme, du sexisme, de la domination économique etc...Cela est vrai : notre Soleil si proche de nous est tout de même à...150 millions de kilomètres. Mais c'est grâce à lui que la vie est possible sur notre planète et ne pas l'étudier, ne pas chercher à explorer le cosmos, ce que fait cette science appelée astrophysique, reviendrait à sacrifier les générations futures et même l'Espèce humaine. Notre soleil, en effet, a déjà vécu la moitié de sa vie : il ne lui reste plus que 4,5 milliards d'années à briller. Ensuite, il mourra comme des milliards d'autres étoiles (qui ne sont que des "soleils lointains", en fait) avant lui. Et à sa mort, la terre sera à son tour condamnée.
    Ce ne sont pas là de pures spéculations, mais le résultat de calculs astrophysiques unanimement acceptés par la communauté scientifique internationale. Donc pour nos arrière-arrière-arrière-petits-enfants, il importe que nous cherchions une terre de remplacement, une "exoterre". Y parviendrons-nous ? Rien n'est moins sûr. Mais ne pas essayer serait criminel à l'égard de nos très lointains descendants. Cessons donc de râler contre les budgets attribués à la recherche spatiale ! Messieurs et mesdames les politiciens (-ennes) du monde entier, arrêtez d'en diminuer le montant sans arrêt !
 Qui sait ? Peut-être qu'un jour, les arrière-arrière-arrière-arrière-petits-enfants des Trinidadiens actuels auront à émigrer vers l'exoplanète "Ramajay", orbitant autour du soleil "Dingolay", qu'avaient nommés leurs très lointains ancêtres...
   N.B. Ces deux dénominations sont une victoire pour la langue créole en pleine année du 150è anniversaire de la toute première grammaire d'un créole base lexicale française à savoir celle publiée par le Trinidadien John Jacob THOMAS en 1869 sous le titre "The Theory and Practice of Creole Grammar". En pleine année où le professeur d'université et créoliste trinidadien, Lawrence CARRINGTON, s'est vu décerner l'une des plus hautes distinctions de la République de Trinidad et Tobago. En pleine année où l'on fête le 10è anniversaire de la publication du premier dictionnaire du créole trinidadien à base lexicale anglaise...
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