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"Ti Chal" de Hughes BARTHELERY

Serghe KECLARD
"Ti Chal" de Hughes BARTHELERY

La littérature martiniquaise s'enrichit - et on ne saurait s'en plaindre - d'une nouvelle œuvre dramatique en créole, Ti Chal, de Hughes Barthéléry, chez K.Éditions. Par delà son visuel d'une grande élégance  - couverture rigide bleue, avec effet miroir pour le titre en lettres noires et pour  l'illustration en ombre chinoise -  cette parution est plus importante qu'il n'y paraît :

D'une part, elle souligne, d'une part, (s'il en était besoin), le caractère consubstantiellement duel de notre littérature - en français et en créole -. D'autre part, elle participe, à sa manière, à l'installation pérenne dans nos habitus du théâtre en créole (Georges Eleuthère Mauvois s'en est, plus d'une fois, fait le héraut). Et, enfin elle nous questionne sur ce que nous attendons de l'art dramatique en langue vernaculaire : doit-elle s'affranchir de ce rapport diglossique, une fois pour toutes, par exemple, dans les didascalies externes (les indications de jeu par l'auteur en italique) de la procuration du français ? Question centrale, me semble-t-il, si on ne veut pas donner l'impression que notre théâtre en langue créole n'est qu'un succédané voire une réplique pittoresque de celui en français. Même si j'observe que cela provient d'une intention noble, celle de faciliter la lecture de l'œuvre. Cependant, viendra-t-il à l'esprit d'un auteur anglophone ou germanophone voire hispanophone, d'accompagner, pour lecteur (trice) étranger (ère), ses indications de jeu dans la langue de celui-ci ou de celle-ci ? La rupture s'impose, donc, incontinent.

D'autant plus que Barthéléry, dans cette pièce à l'humour corrosif, nous embarque au cœur d'un foyer martiniquais où mari et épouse réinventent, à leur corps défendant, les relations de couple, déconstruisent les traditions matrimoniales créoles (le sous-titre volontiers provocateur, «Sé pa fanm sel ki fò» est tout un programme).  Et où le schéma actantiel (les rapports entre les personnage) est subversif : le personnage secondaire (en apparence) prend une épaisseur telle, comme «révélateur» - au sens chimique du terme - des personnages principaux, qu'il en devient éponyme ... 

C'est dire que Ti Chal de Hugues Barthéléry n'est pas simplement une comédie réaliste mais une réflexion sur l'idiosyncrasie martiniquaise et la théâtralité  en terre d'oralité créole. Avant que cette œuvre ne soit représentée, incarnée par des comédiennes et comédiens, lisez-la ! C'est une exquise invitation au plaisir...suivie d'un dialogue avec l'auteur, «Les entretiens de Monésie».

     «Ti Chal de H. Barthéléry, une exquise invitation au plaisir»  Serghe Kéclard, Sept. 2018

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