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SOLILOQUE DE CONFINE (4)

Raphaël CONSTANT
SOLILOQUE DE CONFINE (4)

Quand on écoute le premier ministre français présenter son plan de déconfinement, on comprend bien que non seulement nous ne sommes pas sortis de la pandémie mais surtout que le gouvernement navigue à vue.

On en arrive à de véritables absurdités. Depuis la IIIème République, avec Jules Ferry, l’école est obligatoire. Eh ben, sous Macron, elle devient à la carte. Ce sera aux parents de décider s’ils veulent que leur enfant aille à l’école à charge pour eux d’évaluer s’il existe ou non un risque sanitaire. Proprement effarant !

On nous a répété début mars, y compris ici où on a trouvé un médecin pour soutenir cette ineptie, que les masques ne protègent pas du coronavirus. Puis à la vitesse grand V, ce gouvernement décide fin avril d’ouvrir les magasins de tissus pour que chacun puisse fabriquer son petit masque sans que l’on sache si ces masques seront vraiment efficaces. Soit dit en passant, pourquoi, alors qu’il en manquait, le Préfet n’a pas réquisitionné les masques de M. B. Hayot ? Pour lui permettre d’en vendre ?

On nous a dit qu’il fallait confiner tout le monde pour endiguer l’épidémie et que tester, comme le demandait l’OMS, n’était pas utile. Aujourd’hui, on nous annonce qu’on va multiplier les tests avec le début du déconfinement mais que cela sera toujours limité. Sauf qu’on ne va pas créer de structure pour isoler.

En Martinique, on assiste à un bras de fer entre d’une part Préfet et Ars qui veulent appliquer les consignes de Paris et d’autre part Collectif Covid 19 et élus qui veulent mettre en place une « stratégie martiniquaise » de déconfinement. Déjà, l’ouverture des écoles le 11 mai a du plomb dans l’aile. Mais où sont les tests pour le dépistage systématique ?

En attendant le dénouement, on ne peut pas ne pas se demander de quoi demain sera vraiment fait ?

La crise sanitaire que connait aujourd’hui une grande partie de la planète va-t-elle impulser des changements importants dans les politiques publiques des états ?

Il y a au moins deux domaines où la question mérite d’être posée même si l’attitude actuelle des principaux gouvernements des états occidentaux permet de douter d’une remise en cause fondamentale.

Premièrement, l’orientation économique. Depuis une cinquantaine d’année, nous vivons dans la contre-révolution libérale. Elle a pris sa source avec l’Ecole de Chicago aux USA et les thèses de l’économiste de droite Friedman. Elle était le contre-point du mouvement économique dit keynésien ou étatique qui ont suivi la crise économique de 1929 et la seconde guerre mondiale. Ce courant économique néo-libéral s’est incontestablement implanté sur la planète. Mis en place pour la première fois au Chili avec la dictature de Pinochet, cette contre-révolution libérale s’est étendue à l’Occident avec Thatcher, Reagan, le renoncement par la social-démocratie européenne (particulièrement en RFA et en France) de l’état-providence etc… La chute du bloc soviétique a étendu cette politique sur pratiquement toute la planète, à l’exception de quelques pays comme la Chine, la Corée, le Vietnam et Cuba. Et même Pékin a été obligé d’élaborer un « socialisme » dit de marché pour s’adapter à cette nouvelle donne internationale.

La règle de base de cette contre révolution est la mise à bas de l’état providence pour un état uniquement gendarme aux services des intérêts privés des plus riches, particulièrement les multinationales de plus en plus puissantes. L’état n’a pas à se mêler de politique, la loi du marché étant la meilleure et la plus rationnelle. Il a donc fallu privatiser (en France, ce sont les assurances, les banques, les transports, l’énergie, la poste, l’industrie automobile etc…), déréglementer pour empêcher tout contrôle de la puissance publique (la circulation aérienne mais aussi la financiarisation du crédit etc….). Cela a entraîné une véritable « casse » du droit du travail et des services publics quand il en existait comme en Europe sans même parler des anciens pays dit du « socialisme réel ». Cela a été particulièrement le cas pour le domaine médical avec les hôpitaux en déclin au bénéfice des cliniques privées et une industrie pharmaceutique florissante et pourvoyeuse (pas la seule) de corruption.

En revanche, l’état est devenu de plus en plus gendarme avec la criminalisation des luttes sociales ou syndicales et la mise en place d’un arsenal coercitif contre les militants.

Cette politique dite néo-libérale a créé et renforcé les inégalités sociales, précariser  une importante partie de la population active (qui de fait vit en marge de la société et ne peut ou ne veut participer aux débats publics) au travers du chômage, des « petits boulots », du travail intérimaire ou partiel. La pauvreté et la faim (dans les pays dits pauvres mais aussi dans le pays développés) sont des réalités endémiques, faiblement compensé par le financement d’organisations (dites non gouvernementales) caritatives laïques (Rotary, Lions et autres clubs services etc…) ou religieuses (mise en avant de héros comme l’Abbé Pierre et Mère Térésa qui luttent contre les conséquences de la misère mais pas contre la misère en elle-même).

Sur le plan international, cette politique libérale a engendré dans ce qu’on n’appelle plus le tiers-monde des « plans d’ajustement » guidés par le FMI (ou la banque mondiale), imposés à des régimes le plus souvent corrompus et anti-populaires. Au travers du contrôle des matières premières et des circuits de distribution, l’Occident s’est assuré une rente de situation et une division des tâches à son profit.

La deuxième problématique est la question du climat. Sans entrer dans le détail, il est acquis que notre couche d’ozone est de moins en moins protectrice d’où un réchauffement climatique qui va remettre en cause gravement les fondements de notre civilisation humaine.

Á cette problématique climatique s’ajoute une réalité : le mode d’exploitation de la planète est à bout de souffle. L’homme gaspille les ressources naturelles de plus en plus vite et ceci de manière irrémédiable. En six mois, nous « consommons » (de manière complètement inégale) tout ce que la planète peut produire en un an.

Il y a un lien entre le libéralisme économique des « Chicago boys » et cette course effrénée vers l’abîme. Le développement du capitalisme où priment l’intérêt particulier et le profit est antinomique avec un développement durable et une lutte réelle contre le réchauffement climatique.

La fin du siècle dernier a été marquée par la lutte contre une possible guerre nucléaire. Celui-ci est marqué par un combat pour le développement durable sur la planète. A la veille de la crise sanitaire, il était malheureusement clair que les gouvernements occidentaux n’étaient pas capables de mettre en place une véritable politique de lutte contre le réchauffement climatique. Les Conférences sur le Climat se succèdent (nous en sommes à la 25ème !) sans véritable avancée. La dénonciation par les USA de Trump des engagements pris à la Conférence de Paris de 2015 et les décisions de Bolsonaro concernant la forêt amazonienne le démontrent amplement.

La crise sanitaire va-t-elle remettre en cause ces dogmes libéraux ?

On peut malheureusement en douter.

Les plans adoptés aux USA (2000 puis 500 milliards de dollars) en Europe (500 millions d’euros sans compter les rachats de dettes par la BCE), au Japon (1000 milliards de yen) ou en France (150 milliards) représente un coût astronomique. Hier, l’argent public était rare mais aujourd’hui les gouvernants ont su en trouver, en général par l’endettement à bas taux d’intérêt. Mais cette masse ne vise pas à améliorer ou changer la logique précédente mais bien à maintenir le système en place avec les mêmes logiques mortifères pour les classes populaires et la planète.

Les prêts cumulés de 10 milliards accordés par les gouvernement français et hollandais à Air France-KLM, autrement dit à une société dont l’empreinte carbone est en haut du panier, en sont une parfaite illustration.

Nul doute qu’il faudra se battre pour faire admettre qu’une des causes de la catastrophe actuelle est bien le système néolibéral et non simplement le coronavirus. Cette lutte sera pour beaucoup idéologique. Je conseille la lecture d’un texte d’une juriste démocrate française, Mme Chemillier-Gendreau. Intitulé « Vers des jours heureux », il a le mérite de poser des perspectives sur les combats à venir (à trouver sur le site de Médiapart).

Les tenants de la ligne néolibérale refusent que soit remis en cause le passé et qu’il soit envisagé de le changer. Ainsi, à Martinique Première, au journal du 28 avril, nous avons vu le directeur de Pôle Emploi et la présidente de Contacts Entreprises nous expliquer que sur le plan économique tous les clignotants étaient verts avant la crise sanitaire. Ainsi, la dépendance alimentaire, le chômage chronique, la pauvreté endémique, la crise du chlordécone, tout cela disparait dans le discours des officiels. Il ne faut donc pas aller de l’avant pour une nouvelle société mais retourner en arrière vers un paradis que nous n’avions pas vu !

D’ailleurs, pour empêcher tout débat sur l’importance de l’épidémie dans certains pays occidentaux (dont la France) où les coupes budgétaires ont totalement ébranlé la santé et l’hôpital publics, la propagande occidentale s’est lancée dans une campagne anti chinoise et anti OMS visant à faire croire en creux que c’est ce pays et cette structure multilatérale qui sont responsables de la pandémie. Car même en supposant que les chiffres chinois soient faux, comment expliquer ceux de l’Allemagne par rapport à la France, l’Italie ou l’Espagne ? En nombre de morts, cela va du simple au quintuple !

Macron, lors de son discours de Mulhouse, avait annoncé un « plan massif » pour l’hôpital. Cela fait plus d’un mois et depuis rien à l’exception d’une prime au personnel hospitalier de 500 à 1500 euros. Une misère, comparée aux milliards directs ou indirects de subventions, prêts et autres aides aux grandes sociétés !

Cette propagande (voulant faire croire que tout allait bien avant le coronavirus) qui se met en place (cela rappelle la campagne mise en place après le mouvement de février 2009 pour expliquer qu’il avait été suicidaire pour la supposée économie martiniquaise) montre qu’il faudra se battre pour la vérité et l’émergence d’une nouvelle société centré sur l’être humain et permettant un développement durable. Il faudra aussi se battre en Martinique pour que les décideurs soient ici et non pas à 7000 km avec des exécuteurs bornés sur place.

En attendant, on atterrit quand ?

Raphaël CONSTANT

Enragé et encore confiné.

Commentaires

Véyative | 30/04/2020 - 20:53 :
C'est effectivement ce que je redoute, qu'on rate cette opportunité de bâtir une société nouvelle centrée sur l'être humain. Mais je crois quand même que rien ne sera plus comme avant.
BIBIKA | 01/05/2020 - 11:52 :
Soliloque passionnant...à poursuivre (Malheureusement).Entièrement d'accord, rien ne changera ! Juste triste que mes compatriotes se laissent aveugler par quelques piécettes, et retourneront à leur vie d'avant, sans phase d'introspection. Ce pays, n'a t-il pas comme mantra : "Zouk la sé sel medikaman nou ni " ?

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