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SOLILOQUE DE CONFINE (2)

Raphaël CONSTANT
SOLILOQUE DE CONFINE (2)

Avec le confinement, on tente de comprendre en s’informant. Il est manifeste que chez les scientifiques il reste de nombreuses interrogations concernant cette pandémie.

Ainsi, un ancien directeur général de la santé, William Dab, a donné une interview au journal Le Monde. Il s’étonne du fait qu’après quatre semaines de confinement l’épidémie n’a été que ralentie. Il émet pour cela trois hypothèses (l’une n’excluant pas les autres) : ou le confinement n’est pas strictement respecté, ou le virus se diffuse par voie aérienne et pas seulement par gouttelettes, ou par précipitation, on laisse rentrer chez elles des personnes qui ne sont pas totalement guéries. Avec de telles questions, on voit bien que s’il n’y a pas de doute que le bout du tunnel existe, on ne sait pas quand on y arrivera.

Cette interview est parue dans le journal datée du 12 avril donc le lendemain d’une information de l’Ars qui m’a jeté dans un abyme de perplexité.

Le 10 avril, l’ARS a annoncé comme d’habitude ses chiffres : 155 infectés dont 17 en réanimation (selon l’Ars, 51% des personnes infectées sont exogènes, ce qui montre bien les manquements en matière de prévention en début d’épidémie) et a fait état des chiffres (ou estimations ?) du réseau Sentinelle (médecins de ville) à savoir 130 « autres cas » et 3 autres décès suspects.

Bref, en une journée, on a tranquillement annoncé que le nombre d’infectés était quasiment multiplié par deux ! Un peu comme les morts en Ehpad qu’on avait oubliés (cachés ?) pendant une dizaine de jours à Paris et qui finalement représentent un 1/3 des décès ???

Ceci amène à se poser une autre question angoissante. Les 155 de l’Ars, on peut espérer qu’ils sont à l’hôpital mais les 130 du réseau Sentinelle où sont-il ? Chez eux ? Seuls ? Dans la nature ?

Entre cette information et les hypothèses de M. DAB, on ne peut que s’interroger.

 

Depuis une semaine, un comité citoyen composé de médecins et de scientifiques (ils seraient 8) a posé le principe selon lequel que notre petitesse et notre insularité seraient des atouts à exploiter dans le cadre de la lutte contre la pandémie. Ils ont même fait une lettre ouverte (avec le soutien de tous les syndicats de la santé) réclamant la mise en place d’une « stratégie territoriale d’actions martiniquaises ».

Entre autres, il propose (comme l’avaient déjà fait les députés et sénateurs dans leur lettre à Macron) que l’on mette en place des structures pour les mises en quatorzaine des personnes suspectes d’infection ou présentant des signes cliniques ou ayant avoir fréquenté une personne malade. Ils suggèrent aussi un dépistage systématique, proposition que la CTM a reprise lors de sa session.

Ce qui peut paraître étonnant (hors phénomène colonial), c’est que Macron n’a pas répondu aux députés et sénateurs et que le comité citoyen n’a soulevé aucune interrogation chez ceux qui nous gouvernent ! Mme Girardin a fait une nouvelle déclaration où elle n’a pas plus répondu aux questions posées. En revanche, elle a annoncé que les gens entrant dans « les outre-mer » seraient placés en quatorzaine (c’est bien mais un peu tard, comme les commandes et fabrications de masques en pleine épidémie….. Aussi efficace que l’achat d’un préservatif le jour de l’accouchement).

Manifestement, on fonctionne comme si les fonctionnaires, Préfet et Directeur de l’Ars, possèdent la vérité infuse et n’entendent ni la partager, ni la discuter avec les indigènes que nous sommes. L’Ars a annoncé la création d’un comité scientifique comme en France mais sa composition laisse songeur en dépit de quelques alibis non médecins et non scientifiques.

 

Il y a un grand débat sur l’utilité du dépistage massif, recommandé fortement depuis début mars par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cependant, comme pour les masques (la situation est telle que l’état français réquisitionne les masques commandés par les régions !), les gants, les respirateurs ……, il n’y a pas assez de tests (les USA ont un monopole sur les réactifs). La CTM a proposé que le laboratoire territorial d’Analyses y participe (ce qui nécessiterait qu’il ait une habilitation pour cela) avec d’autres laboratoires privés. Elle a rajouté qu’elle est prête à en acheter. Silence chez nos « décideurs ».

On n’en est plus au stade de « La Martinique aux Martiniquais » mais à demander qu’on écoute les martiniquais à propos de la santé en Martinique.

 

L’état démontre tellement ses limites et manquements que nous en sommes à des opérations de promotion pour des dons de masques venant de grandes fortunes ou de personnes privées sinon des collectivités ! Ma grand-mère disait qu’il ne fallait pas confondre l’hospice et la charité. Eh ben, aujourd’hui, c’est la charité qui doit boucher les trous de l’hôpital.

L’absence de moyens a des effets terribles. En France on estime que 4 à 5000 soignants ont été infectés car mal protégés. L’ARS peut-elle nous donner une estimation pour la Martinique ?

 

Autre série de grandes questions ? Et après ? Sa ka fèt ? Sa nou Ka fè ?

Ce virus est si fulgurant et sournois (je n’avais jamais eu idée d’utiliser un tel qualificatif pour cette sale bête mais le terme se retrouve dans la littérature de l’OMS) que l’on ne sait pas exactement comment et quand on devrait sortir du confinement. A Wuhan, cela a duré 76 jours et la levée n’est même pas complète. On peut douter que cela ne finira pas le 15 avril.

 

Mais pour le jour d’après, il y a au quelques problèmes qu’il faudra affronter.

 

D’une part, expliquer pourquoi la France (et donc la Martinique) n’était pas prête à affronter cette pandémie en dépit des alertes et des clignotants. Pourquoi n’a-t-on pas pris de mesures préventives ? Nul doute qu’il y aura une flopée de plaintes à cet égard.

Il faudra aussi expliquer, autrement qu’en accusant les chinois d’avoir trafiqué les chiffres, comment la province de Hubei qui a 60 millions d’habitants a eu à déplorer un peu plus de 2700 morts et alors que pour la même population, la France (même question pour l’Italie ou l’Espagne sans parler des USA) en compte déjà 5 fois plus.

 

D’autre part, qui va payer ?

Le Congrès américain a voté un plan de 2000 milliards de dollars. L’Union Européenne a enfanté dans la douleur un plan de 500 milliards d’euros. En France, il est prévu 20 milliards d’euros pour financer le chômage partiel), 1,5 milliards d’euros pour les indemnités journalières (le paiement des personnes ayant dû rester chez elles pour garder leurs enfants ou une personne dépendante), 6 milliards pour les indépendants et très petites entreprises, 20 milliards pour les grandes entreprises. En outre, l’état s’apprête à garantir des prêts aux entreprises à hauteur de 300 milliards euros. A une autre échelle, en Martinique, la CTM a voté un budget de 1,1 million d’euros pour les plus démunis et 70 millions pour les entreprises.

Ces éléments montrent clairement que la démarche principale des Etats ou collectivités est de financer les entreprises. Ainsi, le paiement du chômage partiel ne peut être considéré comme un cadeau aux travailleurs. En fait, l’état se substitue aux patrons pour payer à sa place. Tout au mieux, cette « aide » empêche les licenciements.

Ces plans vont entraîner des déficits budgétaires importants (ce qui explique que l’UE a remisé au placard son pacte de stabilité). Le ministre français de l’économie a d’ores et déjà indiqué que ce « déficit demandera des efforts de la part de tous les français ». Cela annonce une nouvelle cure d’austérité, d’autant que le même ministre a dit ne pas vouloir en passer par l’impôt. On s’oriente donc immanquablement sur une augmentation des prélèvements indirects et des coupes budgétaires. Autrement dit, un retour à la politique classique du néolibéralisme, celle qui a pourtant mis en berne les services publics dont l’hôpital et la recherche !

De même, la secrétaire d’état à l’économie et le président du MEDEF ont annoncé qu’il faudra travailler « plein pot » pour rattraper le retard de 2020 en 2021. Autrement dit, il s’agit de remettre en cause les 35h et les RTT. Bonjour les dégâts !

 

Nul doute que demain, la bataille sera rude entre ceux qui veulent continuer la politique pour les plus riches au nom d’un supposé ruissèlement et ceux qui veulent mettre l’humain au centre d’un projet sociétal.

 

Raphaël CONSTANT

Toujours confiné !

Commentaires

Frédéric C. | 16/04/2020 - 21:13 :
Depuis fin 2019 (1ers signaux en Chine): il était pourtant évident qu'avec la "mondialisation" et les mouvements de population internationaux incessants le virus Covid-19 se propagerait. Le Gouvernement chinois avec ses méthodes musclées habituelles obligeait les habitants de Wuhan à rester chez eux! Fin janvier, l'OMS déclarait l'"Etat d'urgence de santé publique de portée internationale"....              Alors on peut se demander si les gouvernements occidentaux n'ont pas laissé délibérément circuler le virus jusqu'en février mars, ce qui in fine aurait tout paralysé ou presque, et notamment les luttes sociales. Les déboires de santé de  Boris Johnson en la matière n'étant qu'un épiphénomène… C'est peu dire que la France a réagi tard, et sans préparation (souvenons-nous que Roselyne Bachelot avait commandé une très grande quantité de masques, et que beaucoup s'étaient moqués d'elle). On peut aussi se demander si les "autorités" de l'Etat français (y compris au + haut niveau) ne spéculent pas sciemment sur l'imprécision des chiffres, voire ne "fabriquent" pas délibérément de grosses marges d'incertitude, pour déstabiliser les "citoyens". Cela pourrait constituer un plan pour l'avenir, avenir dont aucun de nous ne sait de quoi il sera fait….                                  Ce plan, ce "coup" politique viserait à émasculer au maximum la combativité de la population, qui pourrait sortir de là plutôt désaxée, ce que précisément chercherait le Gvt. Souvent, en période de crise, c'est en masse que des gens sans repères se jettent dans les bras du sauveur incarnés par le "chef de l'Etat" (çà, c'est une tradition française). Le "hic" étant le suivant: Macron oublie par vanité (parce que sur ce point là il n'est pas "politique") qu'il devra essuyer le feu des élections en 2022. Et ce ne sera pas forcément lui qui ramassera la mise. On pourrait alors avoir droit à un(e) Président(e) français(e) au pouvoir en 2022. L'arsenal juridique répressif a été mis en place par l'équipe Hollande après les attentats, l'équipe suivante en a rajouté une belle couche, avec un précédent de l'Armée dans les rues (contre les Gilets Jaunes: banc d'essai?).                                  Et comme, juridiquement, la Martinique fait partie de l'ensemble institutionnel français, elle ne serait pas à l'abri, au contraire! Sachant aussi que le RN n'est qu'1 partie "soft" de l'extrême-droite française. Regardez du côté du "Bloc identitaire" français ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Identitaires) et des courants néo-nazis (il n'y a pas qu'en Grèce).Enfin, bref! c'est le tout-cynisme qui peut mener à un suicide politique, et au-delà à une situation encore plus catastrophique qu'hier ou aujourd'hui..Mais ces "princes qui nous gouvernent" sont tellement autistes qu'ils seront comme les occupants du Titanic. En attendant ils prennent leurs ordonnances, et on ne peut même pas manifester. Bon, on va quand même essayer de rester positifs. Parce que si on extrapole sur l'implantation de l'extrême-droite un peu partout sur la planète… Vous direz peut-être que tout ceci relève du délire, voire du "complotisme".... Mais non, ce sont des hypothèses quelque peu étayées sur quelques faits. Et ce ne serait pas la 1ère fois qu'en France de hauts membres de l'exécutif joueraient aux apprentis-sorciers. Et la Martinique serait prise hélas dans la tourmente.

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