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SAUVEGARDER L’IMAGE DE LA MARTINIQUE, DISENT-ILS…

Voici donc que nos chers élus, que l’on n’avait jusque là guère entendus sur la question du chlordécone, commencent à se bouger. A l’Assemblée Nationale, certains se sont retrouvés en conférence de presse la semaine dernière lors de la présentation du rapport sur l’utilisation des pesticides aux Antilles présenté par l’éminent cancérologue qu’est le professeur Dominique Belpomme, celui que Jacques Chirac n’avait pas hésité à nommer à la tête du « Plan Cancer ». Or, loin d’abonder dans le sens du scientifique, certains, des trémolos dans la voix, ont appelé « à ne pas faire de catastrophisme » et surtout à éviter de « ternir l’image de la Martinique parce que ce serait dommageable pour notre tourisme ». Il y aurait de quoi sourire si la situation n’était pas dramatique.

Sourire parce que cela fait bien 30 ans que nos élus sont incapables de développer le tourisme, en dépit de l’existence de deux structures dévouées à cette charge lesquelles ont fusionné entre temps. Bureau de promotion à New-York, participation récurrente à toutes les manifestations sur le tourisme à travers le monde, campagne d’accueil tous azimuts pour les bateaux de croisière, subventions à des compagnies aériennes étasuniennes ou vénézuéliennes etc…, toute cette agitation n’a abouti à rien. Ou plutôt à quelque chose de comique et dérisoire tout à la fois : la visite de la Martinique par…les Martiniquais. En termes pompeux, ils appellent ça « le tourisme intérieur ». Comme si Ti Sonson avait besoin d’une (dispendieuse) campagne de pub pour aller prendre un bain aux Salines, visiter l’Habitation Saint-Etienne ou encore escalader la montagne Pelée !

Donc, non, que nos chers élus ne viennent pas nous raconter maintenant que c’est la faute au chlordéconne et au professeur Belpomme si plus aucun bateau de croisière n’accoste au (coûteux) terminal construit pour les recevoir ou si la compagnie Delta Airlines, lourdement subventionnée, a suspendu ses vols ! Ce n’est pas sérieux. Pendant 30 ans, l’empoisonnement au chlordécone est resté caché en dépit des avertissements lancés par Pierre Davidas et l’ASSAUPAMAR. Le Martiniquais moyen ne connaissait même pas le nom de ce pesticide jusqu’à la publication du livre de L. Boutrin et R. Confiant, « Chronique d’un empoisonnement annoncé » en février 2007. Arrêtez de toujours vous défausser sur autrui, messieurs-dames ! Et le Français moyen n’en a entendu parler que depuis…une semaine grâce au tamtam médiatique fait autour du rapport du professeur Belpomme. Juste une petite semaine !

Cela fait plus de 30 ans que le tourisme martiniquais est en panne et l’empoisonnement aux pesticides n’y est donc strictement pour rien. D’ailleurs, dans les hôtels, on ne sert pas de patates douces, de couscouches ou d’ignames-chacha, légumes les plus gravement contaminés. Pour ma part, je n’ai jamais vu un touriste écraser un « carreau » de dachine dans son assiette. Et l’eau qui y est servie est plus « Badoit », « Perrier » ou « Evian » que « Chanflor » ou « Didier ». Ce n’est, en fait, là que le triste reflet de notre réalité économique : 93% de ce qui est vendu dans nos supermarchés vient de l’extérieur. On évoquera alors les restaurants créoles où, effectivement, les produits locaux sont utilisés, mais, soyons sérieux, ce n’est pas en restant une semaine ou dix jours seulement dans notre pays, même en mangeant du dachine chaque jour (ce qui est hautement improbable) qu’un touriste risque d’être empoisonné ou d’attraper le cancer de la prostate.

On évoquera ensuite nos fruits tropicaux, fort appréciés des touristes. Mais justement, poussant hors sols, ils sont hors d’atteinte ou moins sévèrement atteints que les légumes-racines. Aucun dénonciateur des pesticides n’a jamais dit qu’il ne fallait pas manger de mangues, d’abricots-pays, de sapotilles, de chadeck ou d’ananas. Ainsi donc, on a beau tourner la question dans tous les sens, les trémolos de nos politiciens quant à la détérioration de l’image de la Martinique par le chlordécone ne tient pas debout. Ce n’est qu’un masque, un énième paravent visant à masquer leur incurie chronique en matière de développement touristique. Car qu’est-ce qui, depuis 30 ans, depuis qu’Américains et Canadiens (et surtout Canadiennes) ne débarquent plus en masse dans notre pays ? Les raisons en sont connues de tous :

- cherté de nos chambres d’hôtel
- infrastructures hôtelières inférieures à nos voisins caribéens
- accueil-limite, pour ne pas dire souvent détestable
- non-maîtrise de l’anglais et e l’espagnol
- embouteillages monstres
- saccage de nos paysages campagnards et de nos communes qui finissent
par ressembler à Besançon-sous-les-Tropiques
- non mise en valeur de notre vrai patrimoine culturel au profit d’activités
folkloriques que l’on trouve, en mieux, partout ailleurs dans la Caraïbe
- hésitation coupable entre l’image à offrir au touriste : une Martinique
martiniquaise, créole, ou au contraire une Martinique française (la fameuse
{French touch}) ? etc.

On le voit sans peine : il y a belle lurette que notre tourisme est plombé par tout cela et le chlordécone, tout récemment révélé, n’est pour rien dans ce désastre. En fait, à bien regarder, les cries d’orfraie de nos politiciens ne visent qu’à dédouaner l’Etat français et les Békés en rejetant la faute sur les écologistes. C’est un comble ! Faut-il se taire, ne pas dénoncer l’empoisonnement de notre peuple et de notre pays juste pour préserver une activité, le tourisme, qui n’a jamais décollé ?

Les Martiniquais jugeront…

{ {{Jean-Laurent Alcide}} }

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