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Le billet du jour

Petites éraflures de parechocs dans une bourgade au sud

Petites éraflures de parechocs dans une bourgade au sud

   Vous vous dirigez un soir, vers 19h, tranquillement vers une commune du Sud de l’île aux Sargasses, lorsque l’endroit où vous voulez accéder est barré. Une musique tonitruante indique une fête quelconque. De quartier peut-être. En tout cas, des barrières Vauban vous interdisent d’aller plus loin. Un peu agacé, vous faites marche arrière au mitan d’un tas de voitures garées un peu n’importe comment sur les trottoirs ou les terre-pleins. Vous retrouvez donc la rue principale, moyennement éclairée, de la bourgade, cherchant une autre voie pour réussir à gagner votre lieu de destination lorsqu’un petit embouteillage se produit. Sans doute des gens qui se dirigent vers la fête en question. Vous ralentissez lorsqu’une voiture venant de face met son clignotant pour tourner à droite. Vous vous arrêtez et vous lui faites signe de passer. Elle passe devant vous et vous décidez de lui emboiter le pas, n’étant pas très sûr de la route à emprunter. Inexplicablement, cette voiture ralentit et la vôtre lui érafle légèrement l’un des parechoc-arrière. Deux-trois éraflures sur la peinture sans enfoncement du parechoc.

   Aussitôt une jeune femme, d’environ vingt-cinq-trente ans jaillit du véhicule en hurlant :

   __ « Ki sa ou ka di mwen aprézan ? Ou kòché loto-mwen an, an bonda manman’w ! »

   __ « J’ai tort et… »

   __ « Es ou ni lasirans ? Man lé wè lasirans-ou lamenm ! »

   Ecumant de rage, boudinée par l’abus de Mcdo mais le tee-shirt laissant voir le ventre, habillée comme une pute en fait, elle fait appel à un groupe de jeunes à « tet-chadwon » dont l’angle de ces deux rues mal éclairées, doit être le lieu de rassemblement favori.

   L’un s’approche, menaçant :

   __ « Kouzin-mwen ki la ! Montré nou lasirans-ou é pa konpwann ou ké chapé ! Nou ja pwan liméwo loto’w la. »

   Vous vous exécutez, un peu ahuri tout de même, et cherchez votre assurance dans votre coffre à gants lorsque Gueule de pute aboie :

   __ « Ou ni an papié konsta ? »

   Non, malheureusement, vous n’en avez pas. Mais elle non plus. Un deuxième jeune vous agresse alors :

   __ « Sé wou ki ni tò, mé ou pa ni papié konsta ? »

   Vous lui faites remarquer calmement que Gueule de pute non plus n’en a pas et lui de re-gueuler que vous auriez dû en avoir un vu que c’est vous qui êtes en tort. Très logique démonstration de Racaille Numéro 2, assez éloignée de Descartes, mais bon…Soudain Racaille Numéro 1 rameute ses copains :

   __ « Misié konté chapé anlè nou ! Annou baré loto-a ! »

   __ « Epi ki sa ? An vié loto ankò ! An poubel ki la ! » braille la conductrice, la bave aux lèvres.

   Effectivement, le véhicule de Gueule de pute est plutôt neuf que vieux et astiqué au point de briller davantage qu’un sou neuf dans la pénombre de ces rues du centre-bourg. Devant votre calme (vous avez urgemment besoin de gagner votre lieu de destination et déjà vous avez été bloqué une demi-heure sur l’autoroute), Gueule de Pute sort son portable dernier cri (heureusement qu’elle ne voit pas le vôtre à 30 euros) et appelle quelqu’un pour lui demander s’il a un papier de constat. Il en a un et vous déclarez sur-le-champ que vous allez suivre son véhicule pour vous rendre chez ladite personne. Mal vous en prend. Racaille Numéro 1 fulmine :

   __ « Woulé douvan, misié-a ! Nou pa lé ou chapé ! »

   Très logique encore ! Si vous deviez vous échapper, vous mettre devant vous aurait facilité les choses, mais bon. Heureusement, Gueule de pute a un bref éclair de lucidité (vous ne direz pas d’intelligence pour ne pas insulter ce mot) et vous intime, toujours agressivement, de la suivre. Là, vous commencez à en avoir assez et lui demandez d’arrêter de faire tant de cirque pour deux éraflures sur un parechocs.

   __ « Sé pa wou ka péyé loto-a, isalop ! etc…etc… »

   De toute évidence, ce n’est pas elle non plus. Il y a sûrement un « mako » qui passe à la caisse, mais bon, vous évitez de poursuivre le débat et suivez son véhicule qui passe dans deux-trois rues toujours mal éclairées du centre-bourg, s’arrête devant une maison. Un homme en sort, très calme et très courtois. Deux femmes lui emboitent le pas qui se précipitent sur le parechoc du véhicule de Gueule de pute qui doit probablement être leur belle-sœur. Elles se mettent alors à examiner les deux-trois éraflures comme si c’était là quelque chose de gravissime et marmonnent des choses que vous n’entendez pas. Entre temps, vous commencez à remplir le constat avec le monsieur qui demeure toujours très calme et très courtois. A un moment, vous discutez avec lui pour savoir si vous devez cocher ou non la case « vous tournez à droite » lorsque l’une des deux femmes qui sont sorties de la maison, une grosse vache qui n’a pas trente-cinq ans mais qui est déjà bien installée dans l’obésité et qui doit passer son temps à regarder des feuilletons à la télé, s’écrie :

   __ « Il faut qu’il marque tourner à droite ! »

   __ « Je reconnais mes torts, mais vous n’avez pas besoin d’être si agressive » faites-vous.

   __ « Je parle à mon mari, monsieur ! » éructe-t-elle trois fois de suite.

   Vous préférez laisser tomber et vous continuer à remplir tranquillement le constat avec le monsieur calme et courtois.

   __ « Pwan liméwo powtab-li ! » gueule Obsèse.

   __ « Sur le constat, il y a mon nom, mon adresse et mon numéro d’assurance. Vous n’avez pas besoin de mon numéro de portable ! » vous sentez-vous obligé de riposter.

   __ « On a tous les renseignements sur monsieur, c’est pas la peine » intervient le monsieur calme et courtois, visiblement le beau-frère de la conductrice enragée.

   Vous remontez dans votre véhicule en disant bonsoir au monsieur courtois, ignorant royalement Gueule de pute et Obèse. Il vous répond toujours très calme. Dans le rétroviseur, vous voyez les trois femmes se précipiter à nouveau vers le parechoc éraflé, faire de grands gestes et brailler des choses que vous n’entendez pas.

   Vous décidez finalement de ne pas essayer de trouver un chemin pour gagner votre lieu de destination et de rentrer chez vous, vous disant que si vous aviez été un Blanc ou un Béké, ou n’importe quel étranger (Chinois etc…), vous vous seriez fait étriper par la bande de « tet-chadwon » qu’avait rameuté Gueule de pute.

   Non, pas étriper. Lyncher !...

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