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PESTICIDES ET DIABETE

Une étude très récente « Incident Diabetes and Pesticide Exposure among Licensed Pesticide Applicators : Agricultural Health Study, 1993-2003 » de M.P. Montgomery et des collaborateurs du National Institute of Environmental Health Sciences, publiée en 2008 dans l’American Journal of Epidemiology (vol. 167, N° 10, pages 1235-1246), est consacrée à l’effet d’expositions longues à des pesticides d’usage agricole sur la fréquence du diabète chez les agriculteurs qui les épandent.

Cette étude, menée aux USA, dans les états de l’Iowa et de la Caroline du Nord, porte sur une population très importante de 33 457 utilisateurs de pesticides, suivis sur une période de 5 ans (de 1999 à 2003). Une attention toute particulière est portée à la prise en compte d’autres variables influençant la fréquence du diabète : âge, sexe, poids, exercice physique, etc… pour bien mettre en évidence l’effet éventuel des seuls pesticides.

Un des résultats majeurs de cette étude est que, parmi une cinquantaine de produits étudiés (insecticides, herbicides, fongicides, produits de fumigation), l’utilisation spécifique de sept d’entre eux accroît significativement la fréquence du diabète chez ceux qui les utilisent. Il s’agit de trois insecticides organochlorés (aldrine, chlordane, heptachlore), de deux insecticides organophosphorés (dichlorvos, trichlorfon), et de deux herbicides (alachlore et cyanazine).

Un autre résultat important est l’influence de la durée d’utilisation de ces pesticides sur la fréquence d’apparition du diabète. Les agriculteurs ayant utilisé un de ces trois insecticides - l’aldrine, le chlordane et l’heptachlore – pendant plus de 100 jours au cours de leur vie ont une probabilité plus forte, respectivement de 51%, 63% et 94%, de développer un diabète. A noter que ces trois insecticides ont été interdits bien avant 2003 mais leurs effets se font quand même ressentir plusieurs années plus tard.

Pourquoi citer cette étude dans une rubrique consacrée « au chlordécone » alors que cette molécule n’est pas présente dans les résultats donnés ? Il est évidemment logique que le chlordécone ne soit pas pris en compte dans cette étude américaine puisqu’il a été surtout utilisé sur bananiers, et particulièrement aux Antilles françaises et dans certains pays africains qui ont bénéficié de l’intervention des instituts techniques français spécialistes des « fruits coloniaux ». Mais les résultats de ces travaux américains conduisent cependant à s’interroger sur les relations éventuelles entre l’utilisation du chlordécone et la fréquence du diabète compte tenu que :

- Le chlordécone est un insecticide dont la molécule est très voisine des insecticides organochlorés cités dans l’étude comme accroissant le risque de diabète. Comme eux il est un polluant organique persistant (« POP », Persistent Organic Pollutant) qui s’accumule facilement dans l’environnement et les tissus animaux.

- Le chlordécone est certainement un des insecticides organochlorés qui a été utilisé le plus longtemps en agriculture. En effet, suite à des pressions de planteurs antillais influents et de politiques, et bien qu’interdit dès 1968, cette interdiction a été levée permettant de l’épandre dans les bananeraies antillaises durant plus de 30 ans. Or les travaux cités montrent que les effets nocifs de ces insecticides sur la santé humaine sont accentués avec la durée d’usage.

- La prévalence du diabète est très élevée dans les Antilles françaises, presque le double de celle de la population métropolitaine : le site de l’INVS donne un taux standardisé d’incidence, pour 100 000, de 521.1 en Guadeloupe, de 371.3 en Martinique, alors qu’il est seulement de 239.9 en métropole, en moyenne sur la période 2000-2005. Mais la liaison « utilisation prolongée du chlordécone »

- « fréquence du diabète » est sans doute difficile à établir, et les spécialistes, surtout ceux chargés de dire « circulez, il n’y a rien à voir », vont sans doute, comme dans le cas du cancer de la prostate, invoquer une spécificité raciale.

Raymond Bonhomme