Accueil
Aimé CESAIRE
Frantz FANON
Paulette NARDAL
René MENIL
Edouard GLISSANT
Suzanne CESAIRE
Jean BERNABE
Guy CABORT MASSON
Vincent PLACOLY
Derek WALCOTT
Price MARS
Jacques ROUMAIN
Guy TIROLIEN
Jacques-Stephen ALEXIS
Sonny RUPAIRE
Georges GRATIANT
Marie VIEUX-CHAUVET
Léon-Gontran DAMAS
Firmin ANTENOR
Edouard Jacques MAUNICK
Saint-John PERSE
Maximilien LAROCHE
Aude-Emmanuelle HOAREAU
Georges MAUVOIS
Marcel MANVILLE
Daniel HONORE
Alain ANSELIN
Jacques COURSIL

PAWOL AN BOUCH PA CHAJ !

Mars 1685 : le Code noir est promulgué. Par ses 60 articles, il édicte un ensemble de règles devant régir les relations maîtres – esclaves . Certains de ces articles sont des injonctions adressées tant aux premiers

{{article 26}} : {Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, selon que nous [l’autorité royale] l’avons ordonné par ces présentes, pourront en donner avis à notre procureur général et mettre leurs mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais : ce que nous voulons observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves.}
qu’aux seconds :

{{article 38}} : {L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis un épaule ; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret
coupé, et il sera marqué d’une fleur de lis sur l’autre épaule ; et la troisième fois, il sera puni de mort}.

En principe, au sein du système esclavagiste, entre dominants et dominés, il y avait donc d’établi un équilibre quant aux droits et devoirs. Mais, admettons par exemple qu’un esclave fût de la part de son maître, l’objet de « {traitements barbares et inhumains} », vu l’article 26 du Code noir, il aurait pu avoir recours aux autorités compétentes pour réclamer justice ; encore faudrait-il qu’il eût connaissance du contenu dudit article ; or les esclaves ne le pouvaient pas, ne serait-ce que parce qu’il leur était formellement interdit et d’écrire et de lire la langue (française) du maître.

En fait un texte comme celui du Code noir ne s’adressait nullement aux masses esclaves essentiellement créolophones mais à la caste des maîtres qui étaient à même d’en prendre connaissance et de l’ interpréter à leur seul profit.

Cependant, en France, durant la période révolutionnaire initiée aux lendemains de 1789, à l’attention particulière des masses créolophones des colonies, une quarantaine de textes seront rédigées. En créole.

Ces textes seront placardés et surtout, parce que destinées aux esclaves, lues à haute voix, le plus souvent dans les ateliers.

Celui qui, en virtuose, instrumentalisa la langue créole, ce fut le Premier consul Bonaparte qui, le 17 Brumaire de l’An X (8 novembre 1799), rédigea une proclamation diffusée à Sain-Domingue, qui disait entre autres
« {(...) Capitaine Général Leclerc, que nous voyé pou commandé Saint-Domingue, li méné avec li tout plein navire, tout plein soldat, tout plein canon ; mais pas crère ci la yo qui va di zote que blanc velé fere vous esclave encore : yo manti. Plitôt crere yo, répond, et songé bien que

cé la République qui baye liberté, et Répiblique qui va bien savé empêché personne de pren li encore : soldat là, navire là, tout çé pour gardé liberté la, et gardé pays qui pour la.

Vini donc zote tout, rangé côté Capitaine-général. Cé la pé li porté ; cé tout zafère li vini rangé, cé bonher toute monde li vélé. Blancs, Nègues, tout cé zenfant la Répiblique.Mes ci la la yo qui pas allé rangé côté li, qui pas vélé obéi li, tout ça li va commandé yo, va pini, parce que yo va traite à pays a yo et à la Répiblique »

Signé par primié Consul : {{BONAPARTE}}.} [[Kapitèn Jénéral Leclerc nou vréyé pou koumandé Sen-Domeng, i vini avek li tou plen navir, tou plen solda, tou plen kannon men pa kwè sila ki va di zot kè blan lé fè zot esklav ankò : yo manti. Plito kwè yo, réponn, épi sonjé bien kè sé La Répiblik ki bay zot libèté, é sé Répiblik ki va bien sav anpéché pèsonn dè pran li ankò : solda la, navir la, tout sé pou gadé libèté-la é gadé péyi ki pou la.
Vini donk zot tout, ranjé koté Kapitèn-Jénéral. Sé lapé i pòté ; sé tout zafè li vini ranjé ; sé bonnè tout moun li lé.. Blan, Neg, tout sé zanfan La Répiblik. Men sila ki pa alé ranjé koté li , ki pa lé obéyi li, tousa li va koumandé yo, va pini pas yo va tret a péyi-yo é a la Répiblik.]]

Pour mieux jauger la perfidie de ces propos, il convient de rappeler qu’avant même que la Convention ne décrétât, en 1794, la fin du système esclavagiste, à Saint-Domingue, l’esclavage avait été de fait aboli, et c’est pour rétablir la servitude que, la veille de son coup d’Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799), le futur Napoléon 1er dépêcha une escadre de 20.000 hommes commandée par son beau-frère, le général Leclerc avec pour mission de restaurer le pouvoir français.

Quarante neuf années plus tard, en Martinique, le créole fut de nouveau utilisé pour tenter de « calmer » l’ardent désir de liberté des masses esclaves
Février 1848, à Paris, ouvriers, artisans, bourgeois, démocrates renversent par les armes la monarchie ; le 24 février, la République numéro 2 est proclamée ; le 4 mars, création d’une commission chargée de préparer l’acte d’abolition de l’esclavage ; début avril, des navires arrivés de France apportent en Martinique la nouvelle de l’avènement de la république mais le règne de l’ordre esclavagiste continue ; l’impatience des esclaves de recouvrer la liberté
fait place à une colère grandissante et c’est alors , le 5 avril, que le sieur HUSSON, béké directeur de l’Intérieur sous les ordres du gouverneur ROSTOLAND, rédige la présente « proclamation aux laboureurs de la Martinique »
{ Zautes toutes tenne yon bon nouvelle qui sorti rivé du France...Ça bien vrai : c’est Monsieur général Rostoland et pi moin qui poté bon nouvelle-là ba zautes. Nous prenne [la vapeur] pour rivé plus vite. La Liberté callé vini. Courage, mes enfants. Zautes té mérité ça... C’est des bons maîtres qui mandé ça pou zautes : M. Pécoul, M. Bence, M. Froidefonds des Farges, M. Lepelletier Saint Rémy, M. Perrinon ; MM. Jabrun et Reizet de la Guadeloupe...Toutes maîtres qui té en France assemblés, voyé yo mandé ça pou zautes : Gouvernement consenti passé cé yon autre Gouvernement qui là à présent ; Louis-Philippe pas le Roi encor ; c’était li qui pas té soucié fait zautes libres yon foi. Li té vlé chaque moune gagné corps yo yo même, tandis que la République cé lé payé pour toute moune yon foi. Mais li faut que la République pranne temps li pour préparé l’argent, pour fait la loi.

Jus actuellement, arien p’encore changé. Zautes toujours esclaves jusque temps la Loi rivé. Alors général Rostoland va voyé moin di zautes : « La Liberté rivé, vive la République !...

Jusque-là, il faut travaille selon la loi, pour compte maîtres zautes. Il faut prouvé zaute save la liberté, c’est pas le droit de faire le fainéant, c’est le droit de travaille pour ou même.

En France toutes gens libres ca travaille plus passé zautes qui esclaves, et yo bien moins heureux, parce la vie plus dure passé ici.

Il faut couté maîtres zautes pour montrer zautes save toute moune peut pas commander. Supposé quelque chose pas bien, il fait aller dire ça au maître, yonne par yonne, et supposé zautes pas tombé d’accord avec monsieur zautes, alors si zautes croire tini raison toujours, c’est monsieur le Maire il faut aller trouver pour li dire qui tini raison. Monsieur le Maire chargé de ça par la République.

Autrement, si il faut que les autorités de Fort-de-France (c’est nom Fort-Royal à présent) déranger à tout moment pour entendre des plaintes, yo pa callé tini temps pour préparer la loi, et la liberté va rivé plus tard. Ainsi, voulà sort zaute dans la main zautes.

Songez bien, ça qui rivé la Guadeloupe ! Dans temps grand papa zautes, té tini la République en France ; la République té voyé la liberté tout partout sans payé les maîtres, sans fait la loi, sans recommander le travail ! ... Li té croi que les esclaves serait comprendre faut que travaille, faut pas faire désordre.

Les Anglais prenne la Martinique, empêché grands papas zautes libres ici. En Guadeloupe, s’Anglais pas réussi, la liberté commencé, mais les anciens esclaves travaille, de moins en moins, yo vini malheureux malheureux. Au bout de sept ans, la République té forcé remetté yo esclaves. C’est pour ça camarades zautes la Guadeloupe trouvé yo esclaves aujourd’hui !

Moin bien sûr pas callé si sottes fois-tala, et qu’au lieu de couté les mauvais sujets, zautes va parlé ennique épi bon moune.

Pas couté gens libres qui fainéans surtout ; zautes save les mounes qui té peur zautes pas serait travaillé té ca dit pour motifs : gardé combien gens yo faire libre qui deveni fainéans !

Ainsi c’est fainéant qui les ennemis zautes ; dis yo ennique yon parole : « Allez travaille, quittez nous gagner liberté nous ! »

M. le Curé là pour dire zautes faut travaille, faut marier pour gagner Paradis. Mandé li conseil, quand zautes pas callé tini confiance en quelque chose. Songez bien c’est la religion qui commencé mandé la liberté dans temps Béqué même pas té libre. Jésus-Christ né dan yon étable pour montrer faut pas gens habitation plaindre si yo pas né dans yon belle maison ; li quitté yo fait li mort lassus yon croix (c’était la potence des esclaves dans pays-là) pour montrer les esclaves doit considérer les prêtres comme des amis bon Dieu quitté assou la terre pour conseiller yo.

Allons, mes amis, patience et confiance ! Moins ca écrit zaute parce moin pas tini temps allé voir zautes toutes à la fois ; moin sorti voir les gens St Pierre, Prêcheur, Macouba, Basse-Pointe ; il faut que moin rentré dans bureau moin pour faire la loi.

Moin bien tranquille à présent parce que moin voi camarades zautes ; c’est des bons enfants qui ca comprendre la liberté. Alors zautes toutes doit être la même chose.

Moin serait voudré zautes toutes serait télà pour voir ça l’atelier M. Courcy faire. Quand yo tanne yo callé libre, yo crié : « Merci ; M. le Directeur ! Vive les travailleurs ! Vive Monsieur ! Vive Madame ! Yo voyé deux violonneurs baille Madame yon sérénade.} [[Zot tout tann yon bon nouvel ki sòti rivé di Frans – Sa bien vré ! sé Misié Jénéral Rostoland épi mwen ki pòté bon nouvel-la ba zot. Nou pran [batiman-an] pou rivé pli vit.. La Libèté kalé vini. Kouraj, zanfan , zot té mérité sa ! – Sé dé bon met ki mandé pou zot : M. Pecoul, M. Bence, M. Froidefonds des Farges, M. Lepelletier Saint-Rémy, M. Perrinon ; MM Jabrun et Raizet de la Guadeloupe. Tout met ki té an Frans asanblé, voyé yo mandé sa pou zot . Gouvelman konsanti pas sé yon lot gouvelman ki la aprézan. Louis-Philippe pa liwa ankò ; sé té li ki pa té sousié fè zot lib an fwa. Li té lé chak moun genyen kòyo yo menm tandi kè la Répiblik sé lé péyé pou tout moun yon fwa. Men li fo kè La Répiblik pran tan li pou préparé lajan pou fè lalwa.
_ Jis atjolman, ayen pòò chanjé ; zot toujou esklav jiktan lalwa rivé. Alos jénéral Rostoland va vréyé mwen di zot : « La Libèté rivé ! Viv La Répiblik !
_Jikla, li fo travay silon lalwa pou kont met-zot. Li fo prouvé zot sav la libèté, sé pa dwa di fè fenyan ; sé dwa travay pou wou menm. An Frans, tout jan lib ka travay plis pasé zot ki esklav, é yo bien mwens éré pas lavi-a pli red pasé isi-a.
_ Li fo kouté met-zot pou montré zot sav tout moun pé pa koumandé. Ansipozision kéchoy pa bien, li fo kalé di sa met-la, yonn pa yonn, é ansipozision zot pa tonbé dakò avek met-zot, alos si zot kwè tini rézon toujou, sé misié Limè li fo alé touvé pou li di ki moun ki tini rézon. Misié Limè chajé di sa par la Répiblik.
_ Otrèman, si li fo kè lè zotorité Fod-Frans – sé non Foyal aprézan - déranjé a tou moman pou tann plent, yo pa kalé ni tan pou préparé lalwa, é la libèté va rivé pli ta... Ensi vwala sor-zot adan lanmen-zot !
_ Sonjé bien sa ki rivé la Gwadloup ! Dan tan gran-papa zot, té ni la Répiblik an Frans ; La Répiblik té vòyé la libèté toupatou san péyé lé met, san fè lalwa, san rikoumandé lè travay. I té kwè kè lé esklav té ké konprann li fo travay, li fo pa fè dézod.
_ Lé Anglé pran la Matinik, anpéché gran-papa zot lib isi-a. An Gwadloup, zanglé pa érisi, la libèté koumansé men lé zansien esklav travay dè mwens an mwens, yo vini maléré maléré. An bout set an, la Répiblik té fòsé rimété yo esklav. Sé pou sa kanmarad-zot La Gwadloup touvé yo esklav jòdi !
_ Mwen bien sir pa ka alé si sot fwa-tala é oliè dè kouté lé mové sijé, zot ké palé yenki épi bon moun. Pa kouté soutou jan lib ki fenyan ; zot sav lé moun ki pè zot pa té ké travay, té ka di pou motif
« Gadé konben jan yo fè lib ki divini fenyan ! Ensi sé fenyan ki lenmi-zot ; di yo yenki yon pawol “Alé travay, kité nou genyen libèté-nou !”
_ Misié lé Kiré la pou di zot li fo travay, li fo mayé pou genyen Paradi.
_ Mandé li konsey kan zot pa kalé tini konfians an kéchoy. Sonjé bien sé larilijion ki koumansé mandé la libèté dan tan Béké menm pa té lib. Jézikri né dan yon étab pou montré li fo pa jan abitasion plenn si yo pa né dan yon bel mézon , li kité yo fè li mò lasou yon kwa (c’était la potence des esclaves dans péyi-la) pou montré lé esklav dwa konsidéré lé pret kom dè zanmi Bondié kité asou latè pou konséyé yo.
_Alon, mézanmi, pasians é konfians ! Mwen ékri zot sa pas mwen pa tini tan alé wè zot tout à la fwa..Mwen sòti wè jan Sen-Piè, Préchè, Makouba, Bas-Pwent . Li fo kè mwen rantré dan biwo-mwen pou fè lallwa.
_ Mwen bien trankil aprézan pas mwen wè kanmarad-zot ; sé dé bon zanfan ki ka konprann la libèté. Alos zot tout dwet et la menm choz..
_ Mwen sé voudré zot tout té ké la pou wè sa latilié M. Courcy fè. Kan yo tann yo kalé lib, yo kriyé : « Mèsi, Misié lè Direktè ! Viv lé travayè ! Viv Misié ! Viv Madanm ! » Yo voyé dé viyolonnè bay Madanm yon sérénad.]]

En définitive, ces discours - et celui de Bonaparte et celui de Husson – tout en duplicité et paternalisme, ne parvinrent pas à arrêter le cours de l’Histoire :
- cinq années après le débarquement du général Leclerc, les troupes françaises sont défaites , Saint-Domingue libérée devient, en janvier 1804, Haïti .
- trois mois sept jours après la déclaration lénifiante du sieur Husson , le feu qui couvait, le 22 mai 1848, éclate et répand ses flammes dans l’île si bien que, sans attendre l’arrivée du décret, le gouverneur de Martinique est contraint d’entériner aussitôt la fin du système dont les masses esclaves ont largement contribué à briser les chaînes.
Ces deux « déclarations » font la démonstration que toutes langues (y compris donc le créole), s’avère être la meilleure ou la pire des choses, selon l’usage qu’on en fait...

Kon di pawol-la
_ {pawol an bouch pa chaj}

épi, an tan lontan kon an tan jòdi, sé véyatif fok nou véyatif
fo pa nou pran dlo mousach pou let

Connexion utilisateur

CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain afin d'éviter les soumissions automatisées spam.

Pages