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Lémistè 2

PARTITION NOIRE ET BLEUE

Monchoachi
PARTITION NOIRE ET BLEUE

Partition noire et bleue, Monchoachi • 2016 • Obsidiane • Collection Les Solitudes • ISBN 978-2-916447-6-74 •  17 €.

Le premier volume du cycle Lémistè, sous-titré «Liber America», était une approche par la parole de l’univers culturel et langagier du monde amérindien, à travers le choc entre les cultures européenne, africaine et caraïbe, qui se traduisit notamment, du point de vue de la langue et donc de la littérature, par l’invention à travers le créole d’une langue particulièrement sensuelle.

Dans le présent volume, Partition noire et bleue, Monchoachi explore, à sa manière, le continent africain, sa puissance symbolique, son énergique vitalité. La grande originalité de la prosodie de ce livre, — où l’incantation la plus mystérieuse et la réalité langagière la plus immédiate et triviale répondent par la parole poétique au génie tragique de l’Afrique, — est de métaphoriser par une langue particulièrement riche et parleuse ses rites, ses masques, toute cette force merveilleuse qui «consiste à être relié par toutes les fibres du corps aux puissances de l’univers». Monchoachi magnifie le Continent noir et ses riches cosmogonies face à l’emprise étouffante et froide de «la rationalité rapetissante, standardisante, nivelante, le fatalisme morne généré par un culte obtus rendu à l’évolutionnisme… le pullulement de langages abjects, les rets sans cesse resserrés d’un monde artificieux, fabriqué, bref la dégradation et l’impuissance absolues fantasmagoriquement converties en progrès exaltant et en liberté souveraine».

Un livre qui s’inscrit dans le continuum d’une incroyable et fascinante entreprise langagière. C’est à la fois le livre d’un explorateur, d’un penseur, d’un ethnographe aussi bien, mais par-dessus tout un grand poème fondateur.

Extrait

L’ordre de la permanence
«Mourir, c’est se changer en eau…»

 

Et dans la bouche du mort on verse un filet d’eau,
Et dans la tombe on dispose
                                               jarres et calebasses pleines d’eau
                                               herbe qui est venue dans l’eau,
Et sur le tombeau on verse de l’eau,
        Qu’il continue de parler là où il va,
                                               qu’il se soulève sur son côté droit
                                               qu’il fasse frémir sa narine
                                               qu’il se gorge de bière d’épeautre rouge
Il est maître désormais de la terre
                                               et de l’eau, de la brousse et des animaux
A présent gardien de l’offrande,
                                                      gardien du lieu,
                                               gardien de la présence, de la permanence,
                                                         il veille

Afin que soit transmise
                                   rété, l’habiter en vérité,
                                   présence et permanence
Afin que la parole soit dite sans cesse
                                               qui abrite l’origine
                                               qui refuse l’oubli,
Répétée sans perte et sans altération.

Ni mères ni filles aux bordages des charniers,
Pas quèssion lesditelles voir creuser sépulcres
Pas quèssion     pas pliss !    voir enfouir dépouilles
Ni quèssionner les morts,
Ni sur la tombe boire la bière de mil,
Ni du cimetière entendre le bruit de la hache,
                        qu’elles se tiennent au loin
                        à elles porter leur pleur,
                        à elles aller puiser eau dans marigot,
                                   leurs bouches luisent,
                                   elles sont eau et ruisseau,
                                   elles sont eau et flot
                                   elles sont fleuves et lagunes,
                        à elles fringuer le mort d’eau mentholée,
                        à elles enduire son corps beurre karité
                        à elles le ceindre d’un cordon de hanche,
                       
Qu’elles se tiennent au loin
                                   tête rase, blanchies de plénitude,
Qu’elles se tiennent luisantes au seuil des naissances,
Qu’elles se tiennent frémissantes aux deux rives
                                   sous les branches des sycomores à myrrhe,
Afin y disposer les eaux,
                                   afin en délivrer les incessants reflets,
Afin laisser la chose étendre son corps
                                                      là devant
                                               sur les bords du Yom
                                         où infiniment se recueillent
                                               ciel et eau rassemblés.

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