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MOINS 10 CENTS ! MOINS 20 CENTS ! MOINS 30 CENTS ! PETRO-CARIBE, OÙ ES-TU ?

Les Guyanais — et sans doute bientôt les Antillais — protestent et manifestent contre la cherté des carburants, pointant du doigt la SARA, raffinerie installée en Martinique qui dessert les trois dernières colonies d’Amérique. À noter que jamais la Guyane ni la Guadeloupe n’ont exigé que cette usine ultra-polluante soit construite sur leur territoire et n’ont accusé une énième fois la Martinique d’être l’enfant chérie de Maman La France. On veut bien son rectorat à soi, son IUFM à soi et bientôt sans doute son université à soi, mais pour le raffinage du pétrole et les pollutions qu’elle entraîne, on veut bien la laisser en Martinique. Mais passons…

Que la SARA nous « pompe », nous citoyens des dernières colonies, on veut bien le croire. Il n’y a d’ailleurs pas qu’elle à nous pressurer. À quand des manifs contre les prix prohibitifs pratiqués par les supermarchés, les magasins de bricolage ou de vente de pièces détachées pour véhicules automobiles ? La SARA nous pressure-t-elle davantage que CORA ou BRICOLAG ? Ce serait un point à étudier et nous avons tous les brillants économistes qu’il faut pour cela. Pour notre part, nous considérons que c’est l’ensemble du système colonial ou néo-colonial installé dans nos pays, tous secteurs économiques confondus, qui plonge la main dans nos poches plus que de raison. Mais passons…

Alors donc, dans le petit jeu de yoyo qui oppose la Guyane, la SARA et Jégo, le ministre des dernières colonies, on se lance des centimes au visage : 10 par ci, 30 par là ! On visio-conférence, on débat à la télé, on place des barrages aux endroits névralgiques, on prend des postures de grand révolutionnaire contre l’État français. « Tout un peuple est debout ! » nous clame-t-on. La dignité guyanaise et bientôt antillaise ne serait pas au bout du fusil, selon la formule du Che ou de Mao, mais au bout du tuyau de pompe (de station-essence).

Or, pour peu qu’on accepte de sortir du minusculissime microcosme colonial antillo-guyanais, on s’aperçoit que personne au Surinam, au Guyana, à Barbade, à Saint-Lucie ou à Saint-Domingue ne manifeste contre la cherté des carburants. Comment se peut-il que ces pays « sous-développés » ne souffrent pas du même mal que nous ? Leurs SARA seraient-elles plus gentilles, plus compréhensives ? Leurs gouvernements plus soucieux de l’intérêt du consommateur, selon l’expression consacrée ?

Pas du tout. La réponse a un nom : PETRO-CARIBE. Le système mis en place par le président vénézuélien Hugo Chavez permettant aux pays caribéens d’acheter le pétrole 40% moins chez que le prix du marché international. Or, les colonies antillo-guyanaises sont « européennes » et ne peuvent en aucun cas bénéficier de cette aide. Pas plus qu’elles ne sont éligibles à la multitude d’aides au développement fournies par les Nations Unies, la Banque Mondiale, l’Europe, la Chine, le Japon etc…

Bref…

Jego finira par baisser la garde. La SARA finira par baisser son pantalon. Les Guyanais obtiendront leurs 50 cents de baisse et les Guadeloupéens et Martiniquais n’auront sans doute même pas besoin de manifester. La France ne peut pas se permettre un conflit social interminable à l’endroit même où l’Europe et elle lancent leurs fusées. Tout rentrera dans l’ordre dans peu de temps et le petit ronron colonial reprendra son rythme comme si de rien n’était. Les « chanter-Noël » et dès janvier, les « vidés » de carnaval s’empareront de nos rues.

Aimé Césaire, dans une phrase cruelle, parlait de « mendiants arrogants »…

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