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Secrétaire générale de la Francophonie

MICHAËLLE JEAN : « M KONTAN. M DI AYITI MESI ANPIL... »

Frantz Duval dans Le Nouvelliste
MICHAËLLE JEAN : « M KONTAN. M DI AYITI MESI ANPIL... »

« M kontan. M di Ayiti mèsi anpil... M trè fye e m swete fyète sa a ap reyaji sou tout Ayisyen, Ayisyèn », tels ont été, le dimanche 30 novembre, les tous premiers mots en créole de Michaëlle Jean, désignée, par consensus et à huis clos, secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie à l’issue du 15e Sommet tenu à Dakar. Michaëlle Jean a tenu aussi à remercier Haïti et le gouvernement haïtien qui lui ont apporté un support sans faille pendant toute sa longue campagne.

L’haïtienne parle. Pour glaner les mots de Mme Jean, il a fallu se faufiler parmi la cohue des journalistes qui l’assaillent sur le podium, ce dimanche 30 novembre à Dakar. Une partie du public et des membres de la presse ont profité d’une brèche, à l’issue de la conférence de presse de clôture du sommet, pendant le départ des présidents François Hollande de France, Macky Sall du Sénégal, Hery Rajaonarimampianina de Madagascar et du secrétaire général sortant Abdou Diouf, pour assiéger la nouvelle élue. Michaelle Jean, au moment de dire deux mots au Nouvelliste, est seule.

Les questions en français et même en anglais pleuvent autour d’elle. Des agents de sécurité débordés la pressent de partir. Richard Attias, (mari de Cécilia, ex-femme de Nicolas Sarkozy, organisateur du Sommet de Dakar pour l’OIF) tente de frayer un chemin pour la dégager de l’emprise de la foule, s’arrête net. La toute nouvelle secrétaire générale de la Francophonie vient de se mettre à parler dans une langue inconnue au Sénégal : le créole. Athias comprend que la nouvelle responsable de l’OIF communique autre chose qu’une réponse de circonstance, la pression se relâche et Michaelle Jean répond d’un trait à la question « kijan ou santi w Michaëlle Jean ? » : « M kontan. M di Ayiti mèsi anpil. Si se pat pou gouvenman Ayisyen an, si se pat pou Canada, Québec, Nouveau Brunswick (sa ki fèt la pa ta p fet). Ayiti te nan ekip la fò. Nou fè yon travay ekstraòdinè. M trè fyè. M swete fyète sa a ap reyaji sou tout Ayisyen, tout Ayisyèn » Ses yeux brillent, il y a de l’émotion et de la fierté dans ses mots.

Michaëlle Jean prend une voix qui n’est ni celle de la journaliste, présentatrice vedette de Radio Canada qu’elle a été, ni la voix de gouverneure générale pendant cinq ans du Canada, pas même la voix de la nouvelle secrétaire générale de l’OIF qui vient de subjuguer la salle et les quatre cents journalistes et plus qui l’ont écoutée pendant une dizaine de minutes faire un exposé non prévu. La voix qui répond à la question « kijan ou santi w ? » est celle de son enfance, venue d’elle-même. L’Haïtienne en elle parle. Un Sommet plein de suspens Le sommet n’a pas été de tout repos, et jusqu'à la fin, le suspense a perduré.

Selon des informations obtenues dans l’entourage de François Hollande par le journal Le Monde (un article de Martine Jacot, envoyé spécial du journal à Dakar), pour aboutir au choix de Michaëlle Jean, le président français s'est institué en médiateur et a réuni un huis clos restreint, avec le Premier ministre canadien Stephen Harper, le président congolais Denis Sassou-Nguesso et l'Ivoirien Alassane Ouattara pour accoucher de cette décision. Ce dernier cénacle a finalement reconnu que Michaelle Jean était celle qui bénéficiait des plus nombreux soutiens. « Sans qu'il soit nécessaire de passer au vote », a ajouté M. Hollande, recours ultime qu'il a voulu éviter. Samedi, à l’ouverture, peu de monde donne Michaëlle Jean gagnante. Quand les invités font leur entrée sur le tapis rouge du centre de convention, c’est le candidat du Congo-Brazzaville, Henri Lopes, qui est le favori. Ambassadeur de son pays depuis 1998 en France, il connaît tout le monde de la Place de Paris et cela se voit. Lopes est aussi un écrivain reconnu et primé. Lauréat du Grand prix littéraire d’Afrique noire de l’Association des écrivains de langue française pour son livre Tribalique, l’Académie française lui a décerné en 1993 le grand prix de la francophonie. Tout ce que la France compte de personnalités présentes au Sommet vient le saluer. Les Africains ne sont pas en reste. Lopez a un parrain de taille. Son président Denis Sassou Nguesso veut le poste pour le prestige de son pays. Il est assis sur un territoire riche. En poste, avec des allers et retours au pouvoir depuis 1979, Nguesso est un des piliers de la Françafrique ce territoire géopolitique où les intérêts français se marient aux volontés des dirigeants africains. Mais Denis Sassou Nguesso est aussi la plus grosse épine au pied de Lopes. Il n’est pas un parangon des vertus démocratiques et François Hollande multiplie les piques contre ces présidents qui cherchent à modifier la Constitution de leur pays pour rester au pouvoir indéfiniment. Nguesso est dans la liste.

La démocratie, arme secrète de Michaëlle Jean. Avec l’orientation que Abdou Diouf a donnée à la francophonie politique, l’OIF est devenue un des grands acteurs qui poussent à la démocratisation des pays membres. La Thaïlande et la République Centre-Africaine ont perdu leur statut de membre pendant son règne. Peut-on donner la clé de la bergerie à un loup ? La candidature Lopes a du plomb dans l’aile. Samedi, jour de l’inauguration du 15e Sommet de la Francophonie, sur le tapis rouge, autant le passage de Lopes est remarqué, cela lui prend plus de quinze minutes pour traverser moins de trente mètres car il doit répondre à des saluts, autant celui de Michaëlle Jean est discret. La représentante canadienne n’est saluée que par la journaliste Marie-Roger Biloa qui lui court après presque, tant la dame, dans sa robe rouge survole le trajet sans s’arrêter. Dimanche matin, rien ni personne n’indiquait un retournement de situation. Dans les conversations, tout le monde concède que Michaëlle Jean a le plus impressionnant des curriculums vitae, mais la mauvaise nationalité.

Au sein de la délégation haïtienne, le doute s’installe. Le président Michel Martelly et le premier ministre Laurent Lamothe absents, c’est le ministre des Affaires étrangères, Duly Brutus qui conduit la délégation de quatre membres. On aide comme on peut, surtout avec des pensées positives. Les seules nouvelles rassurantes que les Haïtiens obtiennent viennent des Canadiens. « Samedi, le cas était désespéré, ce dimanche nous reprenons des couleurs ». Cela ne veut pas dire grand chose sinon que l’évolution du dossier suit une pente ascendante. La France a pesé de tout son poids C’était sans connaître la combativité de François Hollande qui veut à la fois le renouveau au sein de la Francophonie et bien faire sentir aux présidents africains qu’il faut la démocratie. Le candidat voulu par Abdou Diouf et les Français, Blaise Compaoré, ne vient-il pas de perdre le pouvoir au Burkina Faso pour s’être entêté à vouloir modifier la Constitution de son pays pour rester au pouvoir ?

Toute la journée de dimanche, dans les couloirs stériles du centre de convention on peut voir François Hollande faire le tour des délégations pour expliquer et expliquer encore que la France n’a pas de candidat. Le président français constate cependant la désunion des Africains. Abdou Diouf, lui, il reçoit dans son bureau de secrétaire général les différents présidents et chefs de délégation. Il explique à ses pairs africains qu’ils ont la faiblesse de ne pas présenter une candidature unique.

A la fin, François Hollande lui-même en conférence de presse, expliquera que c’est au cours d’un huis clos que le consensus général est trouvé. L’OIF ne déroge pas à sa règle non écrite du « pas de vote pour désigner son secrétaire général », mais fait une double révolution : une femme prend la tête de l’institution et un non africain en plus. Les grandes manœuvres ont pris du temps. La clôture du Sommet se fera avec deux heures de retard. Michaëlle Jean arrivera en retard à la conférence de presse de clôture après avoir appris la nouvelle « comme tout le monde, après coup », dira-t-elle. Ce n’est pas une victoire de tout repos Selon un article de Liliane Charrier de TV5, le média qui avant tout le monde a annoncé la victoire de Michaëlle Jean, la nomination de la Canado-Haïtienne a suscité des réactions contrastées. Henri Lopes, candidat malheureux pour la seconde fois, l'a admis sans faux-semblant à la rédaction de Jeune Afrique : "Je félicite Mme Michaëlle Jean... J'ai le cafard... Dans ces moments-là, il vaut mieux se taire. Je crois que j'ai mal lu la géopolitique africaine." Pour Jean-Claude de l'Estrac, moins dans l'émotion, mais plus cassant, la pilule a aussi du mal à passer: "Je trouve surprenant que la France ait laissé ce poste échapper à l'Afrique. Et je ne suis pas sûr que cela soit dans son intérêt... Au delà du candidat, c'est une indiscutable défaite africaine.

Au Sénégal, pays de Senghor, l'Afrique laisse échapper la seule organisation internationale d'importance qu'elle contrôlait." Au milieu de toute cette amertume, la réaction d'Augustin Nzé Nfumu, tranche : "Nous sommes heureux qu’il ait pu y avoir un consensus, c’est pour cela que nous avons retiré notre candidature". Et d'ajouter, faisant écho au "D'une certaine façon, elle est aussi africaine" de François Hollande, "De toute façon, du sang africain coule dans les veines de la nouvelle secrétaire générale." Les dinosaures de l'élite africaine, comme Denis Sassou Nguesso ou Alassane Ouattara, ont vivement critiqué ce choix motivé par la France.

Le président Michel Martelly et le premier ministre Laurent Lamothe dans leurs premières réactions ont félicité Michaëlle Jean. Ils ont associé Haïti à sa victoire. Mais ils ont oublié de remercier les Africains pour leurs apports à la désignation de Michaëlle Jean. Et déjà ici, en Afrique, on se dit comment va faire Michaëlle Jean pour condamner Haïti, si la démocratie décroche de son socle le 12 janvier 2015. Deux semaines après sa prise de fonction à la tête de l’OIF.

 

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