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MES VOEUX 2011 ET POUR LES ANNÉES À VENIR...

à Madame Evelyne Espaignet et Monsieur Dominique Falières,
les deux êtres de chair, d'os, de sang et de lymphe,
que j'ai côtoyés en cet an 2010, dans le désert de sel, de souffre et de salpêtre où je vis ...

 

"Va quérir la dignité en enfer s'il le faut et refuse l'humiliation, même au paradis!"
 (Abu Al Tayyib Al Mutanabi)

 

Il est une tradition stupide, ridicule, que l'on soit empereur romain ou rétiaire, lansquenet ou maréchal d'empire, gueux ou marquis, archevêque ou simple diacre, féal ou suzerain, ou même rien du tout, cas le plus fréquent, d'échanger pour le nouvel an, un certain nombre de niaiseries fraternelles, de vœux dont on se moque, de paroles que l'on ne tiendra jamais, comme si le passage d'un an à un autre permettait une pause dans le mensonge, l'hypocrisie et surtout l'indifférence, comme si le mal qui règne en despote, et tranquillement, un peu partout dans le monde, soudainement lui aussi faisait une pause, de quelques minutes, bien sûr.

Je voudrais présenter cependant mes vœux à mes amis inconnus, selon le mot de Supervielle car les amis connus, pour être franc, je n'en ai point. Du moins dans le sens où ce mot « ami », a pour moi d'exigence de cœur, de devoir, de générosité et de complicité. Je ne parle pas des « amis » virtuels, de circonstance, de boisson, ces derniers étant fraternellement prêts à donner leur vie pour vous au vingtième bock que vous leur avez payé. Sans parler non plus de ces amis des bons jours qui s'envolent comme des étourneaux quand vous êtes chagrin ou plus simplement quand vous êtes dans la merde. En cet an de grâce 2010, je n'ai reçu ni appel ni courrier, hormis le courrier du cœur des huissiers, des créanciers divers, factures, etc, etc … ( Ah ! J'oubliais ! J'ai reçu un « ki nov ? » de Martinique. ) En revanche, des faux-culs, des pleutres, des salopards et des putes, (et j'en resterai là, question vocabulaire, mais je pourrais vous en faire un bréviaire, bien plus savant !), oui, j'en ai croisés. Trop, hélas ! Je dois être peu fréquentable probablement, finalement. Pourtant je donnerais ma vie, mon âme même, pour un maigre chat de gouttière, efflanqué ou un chien errant et galeux. Mais pour un être humain, n'y comptez pas, n'y comptez plus.

Donc, à vous tous qui me lisez, aujourd'hui, je vous souhaite une « deveine sans manman », comme parle l'apôtre, une cascade d'emmerdements, la ruine et la déchéance, le déchaînement des violences climatiques et conjugales, la perte de vos amis chers, de vos parents, et la maladie, bien sûr, des cancers brutaux et généralisés, des pestes buboniques et des furoncles douloureux, la lèpre et le choléra, les oreillons et la syphilis, et, tout cela, avec d'atroces  souffrances. Et, si rien ne vous arrive, vous me saurez gré, dans un an, d'avoir été épargnés. Je vous souhaite donc, à tous, les sept plaies de l'Égypte, et celles du Congo ou du Dahomey qui sont encore plus nombreuses.

Je vous présente solennellement tous mes vœux de malheur, surtout pour tous ceux qui souffrent à travers le monde et dont on se fout royalement. Que cela empire, que cela dégénère, que cela confine au cauchemar, au massacre, à l'holocauste. Surtout vis-à-vis des enfants. Qu'ils soient occis, qu'on les écorche vifs, puisqu'ils sont innocents et ignorent le mal, pas comme vous, lâches infâmes et veule engeance, qui l'incarnez avec une rare perfection, ce mal où vous vous vautrez comme des pourceaux dans une bauge. Vous savez comme moi que ça ne vous empêche pas de dormir.

Alors les vœux 2011 et les suivants, je vais les adresser à moi-même, en totale impudeur, en parfaite indifférence. Je me souhaite des années poétiques, pas moins et uniquement poétiques. Tout le reste, je m'en contrefous aujourd'hui, à dire vrai, éperdument.

Oh ! Certes, je viens de loin mais j'y retourne. Au risque de vous lasser, je vais vous imposer les affres d'une torture qui vous est bien étrangère, hommes et femmes  de faible ambition et de faible exigence personnelle, brutes. Mais tant pis car, pour moi seul, cela existe réellement, plus réellement que le monde et, solitairement. Avant de jeter un regard sur le genre humain, à mon grand dam, j'ai passé un demi-siècle ailleurs. En voici un florilège, bien maigre, sachez-le. Pédagogique.

Tempête en Bretagne en 2007. « La mer, la mer, toujours recommencée ... » disait Paul Valéry. La musique est probablement le dies irae du requiem de Mozart. Les éléments qui se déchaînent nous ramènent à notre juste place, laquelle est infime. Ah ! J'ai tant rêvé d'être gardien de phare en mer, au large d'Ouessant. Mais le métier a disparu, les tempêtes sublimes heureusement demeurent. J'aurais eu la paix, en ce noble métier : surveiller la lampe au Xénon,  pendant 5 à 6 jours, la nuit... Ou passeur de gué, au sens propre ou au sens figuré. Cela exige, un niveau très élevé : ne vous y méprenez pas.

Venons-en à la beauté. Voici un des portraits d'Adèle Bloch-Bauer de Gustav Klimt, toile que l'on surnomme « La Joconde autrichienne ». Une toile dont l'histoire a épousé celle du siècle dernier. Une vieille dame, à 92 ans, lointaine descendante de la famille, mystérieusement disparue, à la fin des années trente, a mis 15 ans pour la récupérer, récemment. La toile avait été empruntée par les nazis, puis l'État autrichien se l'est appropriée dans le patrimoine national. Jusqu'à ce que la Cour suprême des États-Unis obtienne la restitution auprès de l'Autriche, les Autrichiens étant les cousins naturels des Allemands, quels qu'ils soient.

La Danaïde d'Auguste Rodin, vers 1889, statue de marbre de petite taille, adolescente, promesse de femme, repliée sur elle-même, comme laissée par la marée, au jusant, moins symbolique que la naissance de Vénus de Botticelli, aucune forme, l'épure seule ... « Pierres! pure et belle matière pour le travail des hommes comme est le lin pour le travail des femmes ; présents à peine voilés sous la terre que l'homme a saisis avec transports, a retirés de l'ombre, tout tendres, pour les lancer dans l'air, en ériger des clochers, les rendre maniables et les apprivoiser pour les chefs-d'œuvre, moins durs que les sauvages rochers! Les plus dures et les plus douces aiment l'homme. La sculpture les a magnifiées... L'homme a une part éphémère à la Création : son idée lutte avec les œuvres de Dieu comme Jacob contre l'ange » (Rodin, « Pierre et marbre », Paris-Journal, 1 janvier 1912). 

Danaïde

La dernière Nessum Dorma ( Puccini ) de Luciano Pavarotti, un monstre sublime

 De l'Opéra à la danse, il n' y qu'un pas. Et comment ne pas parler de la Russie éternelle, en parlant de danse depuis Marius Petipa, le Marseillais. D'ailleurs, je connais parfaitement l'histoire de la Russie au XX ème siècle, soit la qualité et l'évolution des ballets russes de Saint-Pétersbourg et la maîtrise de l'école russe de violon. Pour le reste, j'avoue avoir quelques lacunes et m'en foutre comme du premier Tzsar. Imaginez, par exemple, qu'un brave géorgien, იოსებ ბესარიონის ძე ჯუღაშვილი, plus connu sous le nom de Joseph Staline, est allé voir, seul, 17 fois le Lac des Cygnes de Tchaïkovski au Bolchoï à Moscou. Prodigieuse passion pour le ballet ! Quel homme épris d'art à l'image des peuples de l'Est !

Chagall

interlude d'un immigré russe : Marc Chagall. Le cirque

 

 La mort de Nikiya dans le ballet la Bayadère ( Isabelle Guérin est  Nikiya) ou plus connue cette valse des fleurs du Casse-noisette, ballet sur une musique de Tchaïkovsky:

Mais on ne peut s'en tenir à la danse dite classique. Elle évolue vers la danse moderne. Là, comment ne pas mentionner le grand chorégraphe Maurice Béjart et son ballet moderne. S'attachant à réhabiliter la danse masculine, il a exigé de ses interprètes une parfaite maîtrise de la danse académique et une grande faculté d'adaptation aux courants néoclassiques. Adepte d'un spectacle total, il a mêlé les univers musicaux, lyriques, théâtraux et chorégraphiques, mettant en valeur les qualités individuelles de ses solistes, tout en étant très exigeant pour les mouvements d'ensemble. Il y aurait tant à dire sur les chorégraphies de Béjart (et d'autres) et sur la danse moderne. Mais la plus connue est sans doute, celle qu'il réalisa sur le célèbre boléro de Maurice Ravel, musicien français de la Côte basque.

Marc Chagall

interlude d'un immigré russe. Marc Chagall. Le violoniste bleu 

Venons-en à la musique seule et à un instrument qui m'a toujours fasciné voire obsédé : le violon. C'est le seul bien que j'ai possédé, d'ailleurs, une copie Schweitzer du XIX ème siècle. Volé, car je n'ai jamais su à quoi servait une clef. J'ai étudié tous les concertos pour violon et orchestre et je ne suis pas loin de connaître ou d'avoir vu jouer tous les grands interprètes du siècle. Le jeu du violon autorise autant la plus grande virtuosité que la plus grande mélancolie. Mais je voudrais insister sur deux points qui le distinguent du violoncelle. Pour moi le violoncelle, plus grave, se rapproche de la voix humaine, parfois très troublante, tandis que le violon, plus aigu, chante une musique céleste. Par ailleurs, le violoncelle se prend comme on prend une femme dans les bras alors que le violon se porte sur l'épaule comme un enfant. Et, là-dessus, je ne peux passer sous silence, ce livre de Michel Tournier, le Roi des aulnes, où foisonnent les symboles dont la fin est cette marche du géant Tieffauges, s'enfonçant dans les marécages et  portant sur l'épaule un enfant juif, une fin nommée l'astrophore. Le titre est une vielle légende germanique, mise en poème par Johann Wolfgang Goethe, Erlkönig. Elle aussi symbolique. La voici :

 

Erlkönig

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ?
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht ?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif  ?
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. »

Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel ich mit dir;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.

« Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht?
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind.»

Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn?
Meine Töchter sollen dich warten schon;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.

« Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düstern Ort?
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau:
Es scheinen die alten Weiden so grau.»

Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt.
« Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan!»

Dem Vater grauset's, er reitet geschwind,
Er hält in den Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.

Johann Wolfgang Goethe 

En voici, si besoin, et bien moins belle,  la traduction en français

Le Roi des Aulnes

Qui chevauche si tard dans la nuit dans le vent ?
C'est le père avec son enfant,
Il serre le garçon dans ses bras,
Il le tient fermement, il le garde au chaud

« Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage d'effroi ?
Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le roi des Aulnes avec couronne et traîne ?
Mon fils, c'est une traînée de brouillard. »

Toi cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de bien jolis jeux avec toi,
Il y a tant de fleurs multicolores sur le rivage
Et ma mère possède tant d'habits d'or

« Mon père, mon père, n'entends-tu pas
Ce que le Roi des Aulnes me promet doucement ?
Calme-toi, reste calme, mon enfant,
Le vent murmure dans les feuilles mortes »

« Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles doivent d'attendre déjà
Mes filles mènent la ronde nocturne,
Elles te bercent, dansent et chantent »

« Mon père, mon père, ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes cachées dans l'ombre ?
Mon fils, mon fils, je le vois bien,
Les saules de la forêt semblent si gris. »

« Je t'aime, ton joli visage me touche,
Et si tu n'es pas obéissant, alors j'utiliserai la force !
Mon père, mon père, maintenant il me saisit
Le Roi des Aulnes me fait mal ».

Le père frissonne d'horreur, il chevauche promptement,
Il tient dans ses bras l'enfant gémissant
Il parvient au village à grand effort
Dans ses bras l'enfant était mort.

Mais tout cela va trop loin. Écoutons, celui qui fut autant un des plus grands violons du siècle, cas unique d'une maturité musicale et violonistique à 13 ans, qu'un grand humaniste, Yéhudi Ménuhin dans l'Ave Maria de Franz Schubert.

Et en contrepoint dans la plus grave des suites de J.S. Bach, la suite n° 1 pour violoncelle seul, le catalan Pablo Casals, probablement, lui aussi, le meilleur violoncelliste du siècle.

Voilà, ce qui élève l'âme, rend humain, du moins.

Gaugin

interlude d'un homme libre, Paul Gauguin : autoportrait, les misérables

Contrairement à ce qu'affirment ceux qui n'y connaissent rien et qu'ils qualifient d'intellectuelle, élitiste et surannée, la musique classique, pousse vers ce qu'il y a de meilleur chez l'homme et même l'amour de l'humanité. On s'en rend compte, de façon incontestable, dans ce passage de L.V. Beethoven, le 3 ème mouvement, l'adagio de sa dernière symphonie, la neuvième, dont une des meilleures interprétations est celle dirigée par Herbert von Karajan. Tendez l'oreille.

Toutefois, l'amour de l'humanité est bien ingrat et bien vain. Trois Québécois l'ont dit à leur manière ...

Il n'y a pas de position supérieure de la musique classique, de rivalité. Chacun est libre de ressentir tant d'autres musiques, de s'ouvrir, à tant d'autres choses qui, elles, le toucheront davantage. Sachez toutefois que l'oreille s'éduque et qu'il faut parfois plusieurs décennies pour pénétrer ce sanctuaire. Mais, aujourd'hui après des milliers d'heures d'écoute solitaire, c'est dans cette musique que je me réfugie et qu'elle me parle bien plus que d'autres.

Mais rien n'est fermé. En voici un exemple, totalement étranger, que j'ai goûté aussi très jeune : Oum Koulthoum, et l'on pourrait citer Amalia Rodriguez, dans un autre genre.

Matisse

Odalisque en pantalon rouge Henri Matisse

 

C'est ma nuit de veille.

 

Interlude

interlude de Gustav Klimt. Le baiser

Peut-être, si ce monde vous paraît trop obscur, je vous invite, pour finir, à rejoindre les étoiles, par la plus célèbre cavatine de l'Opéra classique, Casta diva de la Norma de Bellini, interprétée, ici, par Maria Callas. Un peu d'effort et vous  parviendrez dans des contrées interstellaires.

Oui, seul l'art peut sauver le monde, j'en suis convaincu. Que m'avez-vous proposé, frères humains, depuis quelques années ? Quel monde ? Oui, vous, idéologues, intellectuels, politiques, hiérarques, mais simplement hommes et femmes de tous pays ? Que m'avez-vous proposé qui rivalise avec ce maigre aperçu de mon monde ? La  médiocrité, la bassesse, la laideur, le mal ! Je préfère me taire à jamais. Et vous voudriez un souhait de ma part, en ce jour. Oui, celui-ci, allez tous en enfer ! Moi, je le quitte l'enfer, je vous quitte, sans discours, résolument et définitivement. Car je ne peux vivre dans la haine ordinaire … Et, peu à peu, j'oublierai, j'oublierai, car tout s'en va, avec le temps ...

Je finirai, je le sais,  comme François Villon, le poète-voleur. Très simplement : un jour, il disparut, on ne sait où. Et on n'entendit plus jamais parler de lui. Mais il écrivit son épitaphe. Je ne le ferai pas.

Cy gist et dort en ce sollier,
Qu'amour occist de son raillon,
Ung povre petit escollier,
Qui fust nomé Françoys Villon.
Oncques de terre n'eut sillon.
Il donna tout, chascun le scet :
Tables, tresteaux, pain, corbeillon.

François Villon

 

Rien ne restera sur la grève du temps, au jusant, rien, l'oubli …

Thierry Caille

 

Photo du logo : L'ombre qui m'a toujours suivi : l'Hidalgo Don Quijote de la Mancha. Par Pablo Picasso.

 

 

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Commentaires

evelyne | 31/12/2010 - 23:26 :
Je tiens à adresser mes voeux à Thierry, non pas les sept plaies d'Egypte, mais mes voeux les plus sincères, qu'en 2011 se réalise votre souhait de changement de résidence, de travail... même si je suis persuadée que "l'écorché" que vous êtes ne trouvera de repos en aucun lieu sur cette terre. Toutefois, continuez à nous faire partager votre amour pour la littérature et les Arts en général. Evelyne

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