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LETTRE À MON AMANTE PERDUE...

L’atlantide imaginaire, l’hespéride miellée des Colomb au regard d’acier, la cyclade verte phanérophore, le vaisseau amiral des Antilles : la Martinique ...

 

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthère à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

A. Rimbaud

 

J'aime m'en aller seul écouter dans la nuit
Le silence fané des vieilles tombes grises.
Ici tout est repos, calme et mélancolie.
L'ombre n'a plus de pleurs, le temps n'a plus de prise.

Qui es-tu qui m'appelles là-bas sous le cyprès ?
La pierre a oublié ta supplique posthume
Et bien loin est le vent qui sait qu'on t'a pleuré.
C'est l'ivraie de ta vie, un feuillage de glumes !

Des lutins verts de vent,
Follets de Martinique,
Dansent le soir tremblant
Sur mon erre onirique
Des zouks lascifs d'amants
De rituels orphiques,
Ecrouissant l'argent
De mon cœur métallique,
Virevoltant l’aimant
De ma nuit magnétique.

Tu viens parfois en songe amante diabolique
Frôler mon corps transi de tes voiles d'écume
Mordre mes lèvres bleues d'un doux baiser saphique.
D'un souffle de vanille, mes draps froids tu parfumes.

Cimetière marin des rêves d'amériques,
Cargos rouillés, coques tachées de vomissures,
Moi, bateau ivre brisé, au cours transatlantique,
Sous cent pieds d'eau verte, je dors, pâle lémure.

                                                 Thierry Caille

J'ai fait un rêve
que la ville était morte, qu'une pluie de suie avait coulé tout le jour.
Je suis parti te chercher dans ma redingote usée,
rasant les murs, ombre planante et chimérique.
Où étais-tu mon amour perdu, en allée, peut-être disparue ?
J'ai acheté des nuages, bien cotonneux, blancs, couleur de jeune fille
j'ai marchandé un morceau de soleil, un lingot d'existence,
j'ai volé quelques fleurs, au jardin public, des fleurs sûrement rares.
Je te cherchais éperdu, les bras chargés d'un jour neuf,
éclatant, bleuté et brillant.
Où étais-tu dans cette ville morte aux passants hagards, effarés.
Dans toutes les tavernes, j'ai prononcé ton nom.
On ne m'a offert que des chopes de vin, qui brûle moins
que ton absence.

J'ai fait un rêve
d'une nuit silencieuse sur les falaises de Belle-Isle en mer.
Nous étions tous les deux seuls au monde,
tu te laissais aller contre moi, je ne pensais à rien.
Pareil à la mouette je volais, je le jure et l'air frais du goémon
nous enivrait doucement, ta tête contre mon épaule et nos yeux
perdus dans l'océan de feu qui nous consumait,
cendres d'amour jetées à la mer...
Où est-il ce jour qu'obsède ma mémoire
où tu me pris la main pour marcher en aveugle, toi la canne
et moi l'amour, mon estomac noué, embrassant les étoiles, moi pharaon
et toi reine d'Égypte.

J'ai fait un rêve
que la ville s'était écroulée sur toi, ses mensonges,
l'étroitesse des rues et des passants, son ciel gris de Novembre, la ville où je me suis perdu, dans le labyrinthe des tavernes où je t'ai perdue
peut-être dans l'ivresse et la canaille,
un cauchemar qui me tord la nuit.
Te souviens-tu des cormorans, des genêts d'or, des toits d'ardoises
et du vieux cheval de trait ?
Une pluie d'acier a figé tout ce passé, tel un cheval cabré,
statue de maréchal.
Je te chercherai chaque nuit dans la ville loqueteuse,
ombre damnée sous ce ciel de suie, mes nuages sous le bras,
mon coin de soleil dans la poche.

Je rêverai, les yeux grand ouverts
que les cathédrales sont de grands vaisseaux,
que les coquelicots poussent toujours dans les blés,
que tu vis quelque part, à l'ombre de mon ombre, que le cri des mouettes
de Belle-Isle-en-mer ne s'est pas tu, assourdi par le vacarme des grandes vagues qui ont
claqué entre nous dans cette maudite ville couleur de cendre.

J'ai fait un rêve
que tu m'aimais, que tu m'aimais encore...

Thierry caille

Photo du logo : Les Anses d'Arlet, havre de paix à la Martinique, parmi d'autres.

 

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