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LES DESSOUS DE L'AFFAIRE DURIMEL : UN NOUVEAU CRIME CONTRE L' HUMANITE !

C'est sûr, le combat de Harry Jawad Durimel est juste et il a donc notre
soutien total. Qu'on ne se trompe pas, les tracasseries judiciaires contre
Durimel ne sont pas le fruit du hasard. Il s'agit-là , d’un véritable
complot, d’une machination, menée par le gouvernement français et ses
sbires pour «casser» cet impétueux avocat, qui s’est donné comme mission
de faire éclater au grand jour la vérité sur ce crime contre l’humanité,
qu’est l’affaire du chlordécone.

C'est en mars 2006 que Harry Durimel, avocat et aussi leader des
«Verts-Guadeloupe», dépose une plainte avec constitution de partie civile
pour «commercialisation illicite et empoisonnement au chlordecone». Même si
à l’époque médias, les politiques, la communauté scientifique savent plus
qu'il n'est dit sur cet empoisonnement, c'est tout juste si le combat de Me
Durimel, n'est pas classé au rang des «faits divers». Il eut bien un timide
et incomplet rapport de mission de l'Assemblée nationale française mais les
deux parlementaires Mariette et Beaugendre ne «vont pas au fond du
dossier ». Il n'y aura pas d'ailleurs «commission d'enquête», donc pas de
coupables recherchés et désignés.

Au moment de la plainte de Durimel, il n'y a eu qu’un article dans «Les
Nouvelles Etincelles» et un autre dans «France Antilles». Mais, personne
n’a encore clairement dit que les sols guadeloupéens et martiniquais sont
empoisonnés pour au moins 3 siècles ! (voir à ce propos l’ouvrage
remarquable de L. Boutrin et R. Confiant). Personne n'a encore affirmé
que le produit incriminé, interdit depuis la fin des années 1970 en
France, a bénéficié pour sa commercialisation, de la complicité de l’
administration coloniale, inféodée aux puissants lobbys békés
martiniquais. Personne n’a osé dire que ce sont eux, ces «blancs-pays»
qui ont pris la décision consciente d’empoisonner les terres, les eaux,
et donc les hommes de la Guadeloupe et de la Martinique. Durimel,
lui-même, a-t-il à ce moment, clairement conscience qu’il vient de
mettre le doigt sur un énorme scandale ? Un crime d’Etat ? Sait-il qu’il
risque d’être à son tour, la cible des colonialistes ?

L’affaire est donc grave, très grave, mais, sauf les «Verts Gwada», et la
poignée d’écologistes militants qui se battent sur ce dossier, on est
loin de se douter que l’affaire du chlordécone est aussi explosive que l’
affaire du sang contaminé ou de l’amiante ! Pourquoi ? Parce qu’on se
trouve plus de trois siècles après le génocide amérindien, après la traite
négrière et l’esclavage des nègres, face à un nouveau crime contre l’
humanité, le mot n’est pas trop fort.

L 'avocat guadeloupéen, en décidant d’ouvrir cette boite de Pandore, qu'est l'affaire du chlordécone, vient de mettre à jour ce qui est sans
aucun doute, un crime de l’Etat colonial français contre les peuples de
la Guadeloupe et de la Martinique. Voila pourquoi la réaction de l'Etat
colonial va se faire aussi violente, aussi brutale contre l’avocat
guadeloupéen.

Dès lors, la guerre est déclarée, d'un côté, l'Etat colonial et son bras
armé, sa justice coloniale, de l’autre, un avocat guadeloupéen et
militant qui a entrepris un combat titanesque. La réaction du pouvoir
colonial sera sans demi-mesure. Il s'agit de broyer, d'écraser, de
réduire à néant ce nègre, avocat guadeloupéen. Le procureur de
Pointe-à-Pitre n'hésitera pas à utiliser tous les moyens. Il faut, dans
un premier temps, discréditer le trop bouillant avocat. Il est alors
querellé sur une vieille affaire, il lui est reproché d'avoir en 2004
«violé» le secret de l’instruction. Il aura donc fallu au procureur 4 ans
pour se rendre compte de cela ? Mais le dossier exhumé n'est pas le fruit
du hasard. Il s’agit d’une affaire de trafic de drogue dans laquelle
Durimel a défendu avec son opiniâtreté habituelle sa cliente, dont l’
époux était un trafiquant notoire.

Pourquoi cette affaire ? Parce que chacun sait que l’amalgame peut être
aisément fait dans la rue. Après avoir entendu le procureur affirmer sur
des médias complaisants la «gravité» de l’affaire, Durimel peut dès lors,
être assimilé un avocat louche ayant « touché à la drogue». La
déinformation est astucieuse et aurait pu fonctionner. Mais, en
Guadeloupe, les choses prennent une autre tournure. Les avocats
guadeloupéens, habitué aux coups tordus de la justice coloniale, n’avaient
pas la couleuvre. Au contraire, le sursaut du Barreau de la Guadeloupe,
qu’on croyait divisé et réaction unanime des avocats, toutes tendances
confondues, qui décident de soutenir Durimel et de démonter la machination
politique-judiciaire de l’Etat colonial.

On touche ici au fond de l’affaire. Très vite, le Barreau s’enflamme,
les soutiens viennent de partout. L’affaire Durimel prend une dimension
politique. Un Etat colonial européen, la France, est mis en accusation
pour avoir délibérément empoisonné des sols, des eaux, des hommes. Nous
sommes au 21e siècle, cette année est en Guadeloupe, celui du 40ème
anniversaire des massacres de mai 1967. Ce nouveau génocide au chlordécone
ne devra pas rester impuni.

{{Le 14 juin prochain}}, Durimel sera devant la justice française avec ses
collègues, un collectif de plus de 60 avocats guadeloupéens, martiniquais,
français, mais aussi, et surtout, l’ensemble du peuple guadeloupéen. Le
petit procureur de Pointe-à -Pitre vient de donner aux peuples
guadeloupéens et martiniquais une occasion supplémentaire de se fédérer
pour lutter contre une ennemi séculaire commun : l’Etat colonialiste
français.

{{Danik Ibrahim Zandwonis}}

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