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LE PORTUGAIS OFFICIALISE SON ACCENT BRESILIEN

{{La réforme du portugais, qui doit être présentée au Parlement de Lisbonne le 15 mai, prévoit d'abandonner l'orthographe portugaise au profit de celle en vigueur de l'autre côté de l'Atlantique. Un projet qui ne va pas sans soulever quelques réserves.}}

Le Portugal va sans doute devoir accepter l'inévitable et s'incliner devant la prédominance économique et culturelle de son ancienne colonie, le Brésil. L'orgueilleuse ex-puissance impériale envisage de réformer sa langue, le portugais, afin de tenir compte de l'évolution de sa pratique dans ce qui est devenu la locomotive économique de l'Amérique du Sud. Mais ce projet de réforme qui donnerait la prééminence à l'usage brésilien des mots a déclenché une vive polémique parmi les Portugais, le distingué poète Vasco Graça Moura se posant en fer de lance de la résistance. "Il n'y a pas de raison pour que nous soyons relégués au second plan derrière le Brésil", s'indigne-t-il. "Il faut arrêter de penser que le portugais est notre propriété", réagit de son côté avec plus de modération José Saramago, 85 ans, le seul Prix Nobel de littérature portugais qui a récemment suscité la colère de ses compatriotes en proposant le rattachement du Portugal à l'Espagne. "La langue appartient à ceux qui la parlent, pour le meilleur et pour le pire", ajoute-t-il.

Le projet de réforme, qui sera présenté au Parlement le 15 mai, prévoit une normalisation du portugais pratiqué dans le monde et l'adoption de l'orthographe brésilienne pour des centaines de termes [avec une période de transition de six ans]. Il s'agit avant tout de prendre en compte des intérêts commerciaux. Mais pour l'ancienne puissance coloniale, dont la langue est parlée par 230 millions de personnes dans le monde, il s'agit d'un coup porté à la fierté nationale. C'est comme si les Britanniques décidaient d'écrire, par exemple, traveler (voyageur) comme les Américains au lieu de traveller. Les changements sont censés mettre l'orthographe en accord avec la prononciation en supprimant les consonnes muettes. Ainsi, optimo (formidable) deviendrait otimo, et accao (action) acao. Humido (humide) s'écrirait umido. Cela pourrait poser problème si les nouveaux mots existaient déjà avec un sens différent : par exemple, facto (fait) s'épellerait f-a-t-o, alors qu'au Portugal un fato désigne un costume.

L'uniformisation de la langue, arguent ses partisans, facilitera les recherches en portugais sur Internet et la rédaction des contrats internationaux. Elle présentera également des avantages énormes pour l'édition, notamment pour le secteur juteux des manuels scolaires. Et le gouvernement espère que la mesure servira la vieille ambition de voir le portugais adopté comme langue officielle aux Nations unies. Le gouvernement socialiste de Jose Socrates exhorte la classe politique du pays à ratifier l'accord sur l'orthographe conclu avec les sept autres pays lusophones (Angola, Mozambique, Timor-Oriental, Guinée-Bissau, São Tomé et Príncipe, Cap-Vert et Brésil). L'alphabet portugais comprendrait alors pour la première fois les lettres k, w et y, pour des mots comme kilometro (kilomètre) et kwanza, la monnaie angolaise.

La réforme porterait sur 2 000 termes, pour un vocabulaire qui en compte 110 000. [Cette réforme aurait dû déjà entrer en vigueur puisque trois pays (São Tomé et Príncipe, le Cap-Vert et le Brésil) ont ratifié l'accord sur l'orthographe.] Mais les trois quarts des changements seraient adoptés par le Portugal, la mère patrie du portugais. Le Brésil, qui a obtenu son indépendance en 1822, compte actuellement 190 millions de lusophones et est devenu un acteur majeur de l'économie mondiale. Le Portugal, lui, a une population de seulement 10,6 millions d'habitants.

Elizabeth Nash
- Source The Independent

Merci à Tony pour nous avoir signalé cet article.

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