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Sur l'Affaire des Blacks en Bleu

LE FOOT, ON S’EN FOUT !

Depuis deux jours, l’Internet antillais bout d’une saine colère : selon un site français, la Fédération Française de Football aurait le projet de limiter le nombre de Noirs et d’Arabes à 30% dans l’équipe de France, plus connue sous le nom de « les Bleus ». Du coup, ça se déchaîne, ça éructe, ça dénonce à tout va. Laurent Blanc, le sélectionneur, est cloué au pilori. Le racisme français est pointé du doigt.

On aurait juré une affaire d’état !

A aucun moment, les vrais problèmes ne sont posés : pourquoi y a-t-il autant d’Antillais dans le sport français et pas seulement le foot ? Est-ce une bonne chose ? Qu’est-ce que ça rapporte et à la diaspora antillaise vivant en France et aux Antilles ? Est-il scandaleux qu’un pays peuplé de 65 millions de Blancs veuille avoir une équipe de foot qui lui ressemble ?

Avant de répondre à ces questions, les seules qui vaillent en la circonstance, il convient de remarquer que nos vaillants internautes insulaires et diasporiques ne se sont pas autant émus lorsqu’il a été révélé que 22.000 hectares de terres ont été pollués au chlordécone en Martinique et 5.000 en Guadeloupe. Pollution qui a bousillé pour 150 ans nos sols, nos rivières, nos nappes phréatiques et nos rivages. Pollution qui est la cause directe de l’augmentation phénoménale de cancers de toute nature dans nos pays ainsi que des maladies de Parkinson et d’Alzheimer. Pollution criminelle orchestrée de concert par l’Etat français et les Békés.

Pas d’agitation-Internet non plus lorsqu’on apprend que 1.500 hectares de terres agricoles sont chaque année bétonnés et bitumés, ce qui met en grave danger la sécurité alimentaire des générations futures à l’heure ou des émeutes de la faim éclatent un peu partout à travers le monde. Aucune émotion non plus devant le taux d’échec et d’abandon scolaire pharamineux depuis une dizaine d’années. Zéro réaction devant le dépeçage minutieux de notre parc hôtelier en appartements « time-share » par une bande d’affairistes locaux et exogènes. Aucune levée de boucliers devant le refus manifeste de MARTINIQUE-1è d’appliquer son cahier des charges qui lui enjoint de faire une place à la langue créole etc…etc…

Bref, rien de ce qui est vraiment important ne semble intéresser ou déchaîner les passions de nos braves internautes insulaires et diasporiques.

Bref…

Venons-en à cette histoire de quota pour les Noirs chez « les Bleus » ! D’abord, pourquoi y en a-t-il autant dans cette équipe ? Serait-ce que les Noirs posséderaient un gène ou un chromosome qui leur permet d’être meilleurs en sport que les autres groupes ethniques ? A lire certains commentaires-Internet imbéciles, il semblerait que oui. Ces « noiristes » ne se rendent même pas compte qu’affirmer pareille chose, c’est tomber à pieds joints dans le piège du racisme occidental. Au Noirs les muscles, aux Blancs, les neurones ! Eh bien, non, chers drogués de Facebook, les Noirs ne possèdent pas un tel gène. S’ils sont aussi nombreux dans le sport, c’est parce qu’avec la musique, c’est le seul domaine dans lequel la société blanche les autorise à exprimer leurs talents. Parqués dans des banlieues sordides, condamnés à des boulots précaires ou au chômage, victimes de l’ostracisme et du racisme à longueur de journée, déscolarisés plus tôt que la moyenne des petits Gaulois, l’Antillais diasporique (car la quasi-totalité des Antillais de l’équipe de France sont nés en France et y ont été élevés) est condamné à chercher des portes de sortie et les seules qui lui sont ouvertes sont : le sport, la musique et la mode.

Examinons maintenant la deuxième question : est-ce une bonne chose qu’il y ait 7 ou 8 Antillais dans l’équipe de France de foot ? Pour ces 7 ou 8 footballeurs, très certainement vu les millions qu’ils gagnent chaque mois (si ce n’est à chaque match pour certains). Pour le postier antillais de Rueil-Malmaison, la fille de salle de l’hôpital La Pitié-Salpétrière, l’agent de la circulation du 8è arrondissement ou le chômeur de Sarcelles, ça flatte leur ego durant 90 minutes (le temps d’un match) et l’instant d’après, ils reprennent leur petite « vie menteusement souriante » comme disait Aimé Césaire. Aux Antilles non plus, ça ne sert à rien sinon à vider les stades et à clouer les gens devant CANAL-PLUS plus que de raison. Ou à se croire plus Français que les Français…

Quant à la troisième question, nous y répondrons par une autre question : que diraient les Antillais si les sélections de foot de la Martinique ou de la Guadeloupe étaient composées à 80% de Métros ? Pas difficile d’y répondre : on verrait fleurir partout les graffitis et les banderoles « Zorey déwò ! ». Ca se déchaînerait dans la presse antillaise et sur Internet.

Ayons pour une fois le courage, au lieu de toujours nous lamenter, de regarder la vérité en face et de nous dire : « Si ça me gênerait, moi Antillais, que ma sélection martiniquaise ou guadeloupéenne de foot soit composée à 80% de Zorey, pourquoi l’inverse ne serait-il pas vrai pour un Gaulois ? ».

Asé pléré, tonnan di dié !

Le vrai problème de la communauté antillaise de France n’est pas l’instauration d’un quota de Noirs dans le foot, c’est le quota non-dit, non-avoué, le plafond de verre, qui bloque nos diplômés de HEC, de l’ENA, de l’Ecole Centrale et de Polytechnique, nos docteurs d’université et nos agrégés etc…et qui les empêche d’accéder aux plus hautes fonctions, celles qui correspondent à leurs qualifications professionnelles.

Car ces Antillais-là, surdiplômés et condamnés à des postes le plus souvent subalternes, sont cent fois, mille fois plus nombreux que les 7 ou 8 joueurs des « Bleus » ou les 42 Antillais qui jouent dans le championnat de foot de Ligue 1.

Commentaires

nicolas | 01/05/2011 - 23:07 :
Je trouve cet article très intéressant. Cependant, il n'aborde que très partiellement la question du mur de silence qui empêche les Martiniquais de participer à la construction de leur propre société. Car qu'est-ce qui pousse les Martiniquais à s'exiler en France sinon les comportements mafieux qui ont cours dans leur propre pays ? En Martinique, la moindre vélléité de pensée autonome est vécue comme une menace pour tous ceux qui tirent profit du fonctionnement de ce système. Ce sont ces Martiniquais qui font le "sale boulot", celui qui consiste à exclure d'autres Martiniquais qui selon eux n'ont pas fait suffisamment signe d'allégeance. Il faut le dire : si on n'est pas capable de faire une "lèche hystérique" à ces gens-là, on n'a aucune chance de réussir dans ce pays. Nul ne songe de bonne grâce à quitter son pays !
michelmo | 02/05/2011 - 16:23 :
<quote>sinon les comportements mafieux qui ont cours dans leur propre pays</quote> Je suis tout à fait d'accord avec ce commentaire ! C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai quitté mon île...<span style="display:none;">Dans le foot aussi il y a de célèbres travestis. Pour faire [des rencontres travestis->http://www.rencontres-travestis.biz/rencontre-cul-travestis.html], direction les vestiaires !</span>
shaka_zulu1 | 03/05/2011 - 14:12 :
Ah Rafael, ou sé boug an-mwen menm! Effectivement, jamais moi Shaka, je n'accepterais que l'équipe nationale de la Guadeloupe de football soit composée à 90% de zòrèy! Je l'ai affirmé sur mon blog et sur le site de "caraibcreolenews" également. SHAKA (Gwakafwika)
lavio | 11/05/2011 - 19:17 :
que l'équipe de guadeloupe soit composée à 90 % de "zorey" comme vous dites pose problème est un non sens. La réalité en France est la suivante, les gens s'orientent vers ce qu'il pense pouvoir mieux faire ou peut être d'autres raisons. Néanmoins, cela ne doit pas interpeler en ces termes que vous soulignés. Partout dans le monde, on voit apparaitre des footeux de notre ethnie, soit par leur origine réelle (enfant de...) soit par le jeu des naturalisations. Les brésiliens sont les plus nombreux, et à terme on aura des matchs de coupe du monde brésilo-brésiliens... Votre commentaire n'est pas meilleur que celui qui a défrayé la chronique de ces derniers temps. Dans de nombreux sports, les compatriotes ont pu montré des talents, ce n'est ni génétique, ni pour d'autres raisons que la raison ignore. Disons simplement, qu'il y a des hommes de l'ethnie africaine partout où des opportunités sont avérées et ou elle s'est intéressée. Longtemps considéré comme des sous hommes, des compatriotes n'ont jamais osé certaines activités; seulement, il n'y a que la race humaine selon moi et peu importe que l'on soit très clair ou très foncé de peau. Que l'équipe de France de Kayak, ou autre soit d'une couleur n'a aucun intérêt sinon de stigmatiser des humains. Permettons à notre jeunesse de s'initier à tous les sports et vous verrez que les résultats ne sont pas du fait de la couleur de peau, mais de l'acquisition de compétences, conséquence d'un long processus d'entrainement.

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