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LA TRAGEDIE PALESTINIENNE

LA TRAGEDIE PALESTINIENNE

Les combats de rue qui déchirent la bande de Gaza nous fendent le cœur. Combats fratricides qui ne font que desservir la cause palestinienne, mais qui ne sont que le début d’une tragédie annoncée. Celle d’un peuple, qui, un beau jour de 1948, a été chassé de sa terre ancestrale et parqué dans des camps immondes au Liban et en Jordanie. Un demi-siècle que dure cette infamie ! Celle d’un peuple auquel ceux qui l’ont mis à genoux ont accordé, au terme de luttes acharnées menées par les résistants palestiniens, deux bantoustans : la bande de Gaza et la Cisjordanie. Gaza qui n’a que...350 km2, c’est-à-dire, un tiers de la superficie de la Martinique pour une population de 1,5 million d’habitants !!! Cisjordanie découpée à son tour en mini-bantoustans à l’aide d’un mur de la honte qui sépare les familles, prive les paysans de leurs terres, déporte des villages entiers.

Et l’Occident se tait. Ou plutôt fait mine de compatir au sort du peuple palestinien, multipliant les accords de paix bidon (camp David, accords d’Oslo etc.) aussitôt violés par l’entité sioniste sans qu’aucune sanction sérieuse soit prise contre cette dernière. De toute façon, celle-ci ne respecte aucune résolution de l’ONU depuis toujours.

Alors une question se pose : pourquoi le monde entier est-il focalisé sur cette région somme toute minuscule (l’entité sioniste + les bantoustans palestiniens ne dépassant pas la superficie de 4 départements français) et d’une population, elle aussi, peu nombreuse (Palestiniens + occupants sionistes constituant une population inférieure à celle de Londres, Rome, Paris ou New-York) ? Oui, pourquoi ?

Pourquoi le sort des Tamouls du Sri-Lanka, des Tibétains, des Kurdes, des Tchétchènes occupent-ils beaucoup moins de place dans les journaux télévisés et dans la presse écrite des pays occidentaux ? Territoires pourtant plus vastes et populations considérablement plus nombreuses qu’en Palestine.

Il y a deux réponses cette interrogation : l’une banale, triviale même, celle du pétrole ; l’autre, jamais exprimée, celle de la recolonisation du monde par l’Occident. Passons vite sur la première : le premier béotien venu sait que l’Occident tente de contrôler le pétrole arabe et que les Arabes, apportant leur soutien à leurs frères palestiniens, il y a nécessité de leur imposer une épine, une grosse épine, aux pieds. La deuxième peut être formulée ainsi : {{le conflit Palestine contre entité sioniste est une métaphore de la recolonisation du monde par l’Occident}}. En effet, c’est au moment même où ce dernier fut contraint et forcé d’accorder leur indépendance à ses colonies d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, le milieu du XXe siècle donc, que l’ONU décide de créer l’entité sioniste. Et quand on dit « ONU », il ne faut pas se tromper : en 1948, cette organisation ne comportait qu’une petite quarantaine de pays, presque tous occidentaux, alors qu’aujourd’hui, elle en compte 197 ! Ce n’est donc pas la communauté internationale qui a décidé de la création de l’entité sioniste, comme le répètent à longueur de temps les droits-de-l’hommistes, mais bien les pays euro-américains et quelques affidés du Tiers-Monde. A l’époque ni le Nigéria, ni l’Algérie, ni l’Indonésie, ni la Jamaïque etc…n’étaient indépendants. L’entité sioniste a, rappelons-le, été érigée en 1948 alors que la plupart des pays du Tiers-Monde ne sont devenus libres que dans la décennie 1950-60.

Ce qui s’est passé en Palestine, en 1948, cette injustice majeure, cette ignominie, était la préfiguration de ce qui se déroule sous nos yeux aujourd’hui, à savoir la recolonisation du monde par l’Occident. Obligés d’abandonner leurs empires, les Occidentaux, dès la fin des années 60, ont commencé à tout mettre en œuvre pour recouvrer ce qu’ils avaient perdu en instaurant un système néocolonial dont l’Afrique et le Moyen-Orient, et dans une moindre mesure, l’Asie du Sud-Est, font les frais aujourd’hui. Ah certes ! Il n’était désormais plus question de redébarquer avec le casque colonial sur la tête et la baïonnette au canon. Il fallait faire plus subtil : imposition de prix dérisoires pour les matières premières afro-asiatiques, coups d’états fomentés par la CIA (Mossadegh en Iran, Juan Bosch en République Dominicaine, Salvador Allende au Chili etc.), corruption des élites autochtones etc… Le tout sous le contrôle de grandes institutions bancaires internationales (en fait dirigées par les Occidentaux) tels que la Banque Mondiale ou le F.M.I. Aujourd’hui, le résultat est là : l’Afrique noire est exsangue bien qu’elle soit un « scandale géologique » c’est-à-dire qu’elle possède une quantité phénoménale de matières premières. Rien qu’au Congo-Kinshasa, on trouve du fer, du manganèse, de l’or, du diamant, du tungstène, du pétrole etc…, Congo-Kinshasa dont le revenu par habitant est cinquante fois inférieur à celui de Barbade ou des Seychelles qui, eux, ne possèdent aucune de ces richesses minières !!! A tel point qu’on est presqu’en droit de se demander si, pour se développer, un pays du Tiers-Monde n’est pas mieux placé quand il est pauvre en matières premières. Comme ça, au moins, l’Occident lui fiche la paix et il peut travailler tranquillement à se construire.

Notre cœur saigne donc pour la Palestine, nous, hommes du Tiers-Monde, non pas parce que le peuple palestinien est arabe, ni parce qu’il est musulman (d’ailleurs un bon tiers de cette population est chrétienne), mais parce que nous voyons dans chaque exécution ciblée des sionistes, dans chaque char frappé de l’étoile de David qui bombarde des immeubles d’habitation, dans chaque enfant palestinien lâchement abattu,{{ l’image même de ce nous étions hier et que nous pouvons redevenir à n’importe quel moment}}. D’aucuns se demandent pourquoi il existe un « Comité Martinique-Palestine », dirigé par l’écrivain Daniel Boukman, ne voyant aucun rapport entre les deux pays. En effet, là-bas, en Palestine règne la terreur, les bombardements, les déplacements massifs de population tandis qu’ici, nous vivons tranquillement notre petite vie sous le doux soleil des Tropiques, sans autre problème que les très banals accidents de la circulation ou braquages de magasins. Une telle vision des choses est complètement erronée car il y a mille manières de coloniser et de déposséder un peuple de sa terre, de détruire sa culture et de le forcer à l’exil. Nul besoin forcément pour cela de kalachnikovs ou de chars d’assaut. Les Sud-Américains ont une expression humoristique pour désigner ce type de situation quand ils distinguent la « dictature » (dictadura) de la « dictamolle » (dictablanda). En effet, « dure » ou « molle », une dictature est une dictature et si la première est plus visible, plus spectaculaire, que la seconde, le résultat final est exactement la même. De même, une colonisation « dure » ou « hard » comme en Palestine n’est en rien différente, sauf dans la forme, d’une colonisation « molle » comme en Martinique : {{dans le fond, il s’agit d’évincer un peuple de sa terre et de le remplacer par un autre.}} Point à la ligne.

Allons droit au but ! Inutile de se peine en finasseries analytiques ! Lisons tout bêtement le dossier consacré à l’immobilier en Martinique et en Guadeloupe dans le dernier numéro du magazine « L’EXPRESS » (N° 2919, semaine du 14 ou 20 juin 2007, page III du dossier). Qu’y déclare un certain Guy Schapira, propriétaire d’une grosse agence immobilière locale (quand bien même ses responsables ne sont en rien des…locaux) :

« {{La Martinique a vocation à devenir la maison de retraite de la France. D’autant que son plateau sanitaire de qualité et la minoration de l’imposition constituent des atouts supplémentaires.}} »

Hallucinant ! On comprend mieux pourquoi le moindre morne aux Trois-Ilets, Anse d’Arlets, Diamant etc. est rasé et aussitôt recouvert d’immeubles hors de prix pour le Martiniquais moyen. A terme, la Martinique risque donc, à moins d’un bien improbable sursaut, de se transformer en un vaste espace gérontologique, chose qui, il est vrai, donnera du travail à notre secteur médical (encore que les médecins martiniquais se fassent de plus en plus rares et que seules les ASH et les infirmières bénéficieront de cette métamorphose). Pendant ce temps, notre jeunesse, lassée du chômage, a repris le chemin de l’émigration. Pas forcément en France d’ailleurs, mais à travers toute l’Europe puisque nous sommes désormais aussi « Européens ». Il faudra bien qu’un jour, on comptabilise le nombre de diplômés martiniquais expatriés à Londres, Berlin Bruxelles ou Turin, sans même parler de ceux qui émigrent aux USA et au Canada. En tout cas, le génocide par substitution, dénoncé naguère par Aimé Césaire, expression non assumée aujourd’hui par ses successeurs à la tête du PPM, est en marche et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Lors de la campagne des dernières législatives, un seul candidat, Francis CAROLE du PALIMA (Parti pour la Libération de la Martinique), a osé écrire noir sur blanc sur sa profession de foi l’expression en question. Tous les autres, autonomistes ou indépendantistes, ont fait dans le flou artistique, ayant sans doute peur de perdre les minuscules pouvoirs que veut bien leur octroyer l’Etat colonial français ou alors d’effrayer un électorat complètement aveugle, il est vrai, à la colonisation « molle » qu’il subit depuis trois décennies.

Mais continuons à lire l’article de L’EXPRESS et les déclarations d’un autre propriétaire d’agence immobilière au patronyme, là encore, pas du tout local, Stéphane Plaissy :

« {{A moins de 50.000 euros, il n’y a plus rien….Et la maison neuve défiscalisée se vend au minimum 400.000 euros.}} »

Et L’EXPRESS de faire le commentaire suivant :

« {{Pas étonnant, donc, que le gros de la clientèle soit constituée de négropolitains et de métropolitains.}} »

Quand on voit alors, nos chers politiciens martiniquais parler du « développement du logement social », il y a de quoi rire. Ils font allusion, il est vrai, à ces HLM hideux et construits à la va-vite, n’importe où et, plus souvent que rarement, sur des terres agricoles déclassées. Là où l’on parque les pauvres, les travailleurs, les RMISTES et les étrangers (pour nos lecteurs non-Martiniquais : le vocable « étranger » désigne chez nous, non pas les Hexagonaux ou les Européens mais…nos cousins de la Caraïbe anglophone et hispanophone). Cités copiées sur le modèle européen dans lesquelles se développent des phénomènes de bandes rivales qui s’affrontent à l’arme blanche et parfois à feu, exactement comme à La Courneuve ou à Garges-les-Gonesses. Dernièrement, la gendarmerie a dû affronter une bande de la Cité Beauséjour, à Trinité, qui voulait en découdre avec une bande de Sainte-Marie pour un vol de scooters, cela de 9h du soir à 1h du matin. 8 véhicules des forces de l’ordre ont été sérieusement endommagés. Tôt ou tard, ces jeunes finiront à la prison de Ducos ou seront contraints d’émigrer.

En tout cas, la condition palestinienne est bien la métaphore de notre situation à nous, Martiniquais. Là-bas se fait ouvertement, ce qu’ici, nous subissons de manière douce. Car quelle différence entre un bantoustan palestinien et une vaste maison de retraite insulaire pour Hexagonaux en mal de soleil ?

Aucune !...

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