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KÒKÒLÒ

Les mots du sexe en créole de la Guadeloupe

Kòkòlò 1. Les mots du sexe en créole de la Guadeloupe, Hector Poullet •
Caraibeditions • ISBN? • Juillet 2011 • ? euro;.

* * *

Avec la traduction en créole de la célèbre bande-Dessinée Titeuf («Chimen Lavi», aux éditions Caraïbéditions), nous avions décidé de recueillir auprès de jeunes écoliers antillais et de promouvoir dans nos îles, mais également sur l’Hexagone, le créole de cour d’école. Aujourd’hui, c’est le «créole des grands» que nous avons choisi de vous présenter à travers ce recueil, le premier du genre, qui se veut regrouper la plupart des mots et des expressions du créole de l’amour.

Contrairement à «Chimen Lavi», «Kòkòlò» n’est cependant pas à mettre en toutes les mains… Bien que très imagées, les expressions qui y figurent n’en sont pas moins très souvent osées… L’ensemble du vocabulaire, des expressions, des proverbes, des citations et des fables relatif à l’Amour a été classé en 16 chapitres.

Ce premier ouvrage comprend les huit premiers chapitres:

  1. Sé moun-la: Les acteurs
     
  2. Toutouni: À poil
     
  3. Swèf: Le désir
     
  4. Poz-dyez koké: Les positions
     
  5. Sa yo ka di lè yo ka fè lanmou: Ce qui se dit quand on fait l’amour
     
  6. Lenbé: Le chagrin d’amour
     
  7. O Lanmou pasé?: Et l’amour?
      
  8. Anfinaldikont: «Sitè», on Planèt-Plézi: Epilogue: «Cythère», une Planète-Plaisr.

Chacun de ces huit chapitres est divisé en quatre parties:

  • Tipawol ka kouri: citations, proverbes ou refrains de chansons populaires
     
  • Mo nou kay sèvi pou di: vocabulaire de référence
     
  • Mi yo: les voici, illustration du vocabulaire
     
  • Wélélé: fable ou conte

Le présent ouvrage sera suivi d’un second tome comprenant huit autres chapitres.

Entrevue de l'auteur

– Hector Poullet, comment vous est venue l’idée de lexique coquin en créole?

À vrai dire l’idée était de mon éditeur, je crois qu’elle lui est venue après la sortie de Titeuf en créole. Quand il me l’a proposée je pensais qu’il n’y avait pas matière à faire tout un lexique sur le thème du sexe. C’est seulement quand j’ai commencé à interroger les gens autour de moi que je me suis rendu compte de la richesse du vocabulaire dans ce domaine et de l’intérêt que nous aurions à le dévoiler.

– Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à accepter un tel projet?

Nos raisons ne sont jamais très claires. Je pense que Florent Charbonnier fait un travail considérable pour la mise en valeur et la mise à jour des cultures et langues créoles et que nous nous devons de l’aider autant que faire se peut. Par ailleurs je dois l’avouer j’aime encore les défis et pour moi-même ce projet était une vraie gageure.

– Quels objectifs visent un tel recueil?

D’abord sous l’angle de la simple lexicologie ce projet m’a donné l’occasion de faire des enquêtes sur un thème précis et de découvrir qu’un dictionnaire créole tel que nous l’avions jadis conçu ne permettait pas d’épuiser tout le vocabulaire sur un sujet donné. Le premier objectif est donc d’enrichir notre vocabulaire. Sous l’angle de la sociolinguistique, ou de la psycholinguistique, il était plus que temps de nous débarrasser de nos «ricanements» qui font croire que la langue créole serait par essence «mal élevée», plus vulgaire que toute autre. Il valait mieux écrire ces choses et les mettre au grand jour plutôt que de faire comme nous disons en créole «sizé si kaka», (s’asseoir sur sa merde), pour la cacher aux gens «comme il faut». Le deuxième objectif est donc de l’ordre de la catharsis.

– Quels thèmes abordez-vous dans KÒKÒLÒ?

Les thèmes se sont imposés après notre questionnement et nos enquêtes autour du sexe en Guadeloupe. Pour citer quelques-uns: sexe et violence, sexe, alcool et aphrodisiaques, sexe et sorcellerie, mais également des thèmes plus généraux, vus sous l’angle de la culture créole, comme le libertinage, l’homophobie, les maladies sexuellement transmissibles etc.

– Un tel ouvrage aurait-il été possible en Guadeloupe il y a 30 ans?

Bien évidemment non, déjà l’idée d’Astérix en créole a fait grincer quelques dents. La sortie de Titeuf créole a fait crier certains «au scandale». Et là, je ne sais pas encore quelle sera la réaction des ayatollahs. J’espère que le livre ne sera pas mis à l’Index, ou pire qu’aucune fatwa ne sera prononcée contre moi!

– Qu’est-ce qui a changé dans les mentalités des antillais au cours de ces 30 dernières années?

Beaucoup de choses. D’abord notre rapport à la langue créole, elle est de moins en moins perçue comme un handicap, mais plus comme un avantage, une richesse. Ensuite il y a notre rapport à l’expression des sentiments, jadis un baiser sur la bouche au cinéma faisait hurler de rires embarrassés, aujourd’hui les jeunes s’embrassent publiquement dans la rue. Sans compter notre rapport au livre, notre rapport à la lecture et la distanciation que nous prenons entre les idées et la réalité.

– Quelles différences notoires percevez-vous entre la place du sexe dans nos îles et celle que l’on peut trouver en France ou en Europe?

Fondamentalement aucune, l’Amour et le Sexe sont liés sur toute la planète. Les différences sont essentiellement dans l’expression verbale et corporelle. Disons qu’en Guadeloupe nous sommes moins libres que nous semblons l’être.

– Les antillais parlent-ils plus souvent du sexe que les continentaux?

Et si oui, pourquoi d’après vous? Les Antillais ne sont pas une catégorie homogène, tout dépend des milieux, des circonstances, de la classe d’âge, du contexte. Disons que pour ceux qui en parlent souvent c’est «parole en bouche» plus que liberté sexuelle.

– Un tel ouvrage peut-il aider à lutter contre les clichés ou les préjugés qui collent à nos îles?

Ce livre est surtout à usage interne, il doit nous permettre de rire de nous-mêmes. Ensuite qu’à l’extérieur il puisse changer la vision qu’on pourrait avoir de notre société, c’est évidemment notre souhait.

– Après avoir traduit Astérix en créole (paru chez Caraïbéditions), BD destinée à des enfants de 7 à 77 ans, pensez-vous que ce recueil de mots coquins s’adresse à un public de tout âge?

À ne pas mettre dans toutes les mains, en tout état de cause pas des très jeunes. À faire lire aux parents d’abord.

Extraits

2. Mo nou kay sèvi pou di / Vocabulaire de référence

A/ Sé nonm-la - Les hommes:

  • nonm / boug (homme, mec, type)
  • jenngason (jeune homme)
  • vyékò (vieil homme)
  • nonm-mayé (mari)
  • nonm lib (célibataire)
  • nonm-dèwò (amant)
  • mako-lèlè (impuissant, cocu)
  • gad-kòkòt (gardien de chatte,
    cocu, celui qui tient la chandelle)
  • makonmè (homosexuel)
  • pinantòch (qui a la pine en torche,
    couille molle)
  • pinankriz (qui a la pine en crise
    permanente, puceau)
  • nonm koré (homme coincé)
  • nonm malad a koké
    (obsédé du sexe)
  • nonm ki swèf, nonm avya
    (homme qui assoifé, en manque)
  • nonm a grenn klè, kokofyolo
    (homme stérile)
  • nonm bagé
    (homme au sexe bagué)
  • kokè, mèt-pinè
    (baiseur, fornicateur)
  • fourè (celui qui fourre, baiseur)
  • dékalè, dékarè (violeur)
  • vyé mal véra (vieux verat, vicieux)

B/ Sé fanm-la - Les femmes:

  • fanm / Fi (femme/fille)
  • jennfi (jeune fille)
  • fanm-mayé (épouse)
  • fanm an kaz (concubine)
  • fanm-dèwò (maîtresse)
  • manman-zanfan (mère)
  • fanm branhangn (femme stérile)
  • konboch (co-épouse),

    matlòt (Haïti)
  • alvèsèz (rivale)
  • fanm ka fè zanmi, fanm ka kolé
    zasyèt (homosexuelle, lesbienne)
  • fanm an soufwans
    (femme en manque)
  • fanm ka pwan nonm, fanm ka
    tiré, ka touné, tounèz, kokèz
    (fornicatrice, baiseuse)
  • fanm malad a koké
    (nymphomane)
  • kokèz (baiseuse)
  • malpwòp (salope)
  • fanm fanngas, zanbèl (garce)
  • fanm larat blanch (Martinique):
    (nymphomane)
  • fanm fwèt (femme frigide)
  • fanm a gaz, mòso fanm, gazès
    (bombe sexuelle)
  • fanm bondalèz (femme callipyge)

1. Tipawol ka kouri / Citations, Proverbes, Chansons

«Si Koko pa ni zépòl,
kòkòt pa ni kontè»
(tipawol)
«Si rien n‘arrête le pénis,
le vagin n’a pas de compteur»
(proverbe)
Mwen ja toutouni,
mwen paré pou li
Mwen k’alé kouri toutouni
Mwen k’alé dòmi toutouni
Mwen ja rimaké lavi
ka vin touni
Tout fanm ka maché
toutouni
(chanté)
Je suis déjà à poil,
je suis prêt pour elle
Je vais courir à poil
Je vais dormir à poil
J’ai déjà remarqué que
la vie devient nue
Toutes les femmes
marchent dénudées
(chanson)
«I long k’on mayis!
A pa on mayis!»
(chanté)
«Il est long comme un épi de maïs
Mais ce n’est pas un épi de maïs!»
(chanson)
I ka ouvè k’on paloud
A pa on paloud
I ni kim k’on paloud
A pa on paloud
(chanté)
Elle s’ouvre comme une palourde
Mais ce n’est pas une palourde
Elle est humide comme une palourde
Mais ce n’est pas une palourde
(chanson)

2. Mo nou kay sèvi pou di / Vocabulaire de référence

  • Zyé klendenden (yeux-luciole:
    des yeux qui brillent de désir)
  • Zyé mouran (oeil de velours)
  • Bouch agoulou (bouche goulue,
    bouche gourmande, vorace)
  • Anbabra (aisselles)
  • Tété doubout (poitrine provocante)
  • Boutatété (téton, mamelon)
  • Koulè tété-nègrès (de la couleur sombre
    de l’aréole des seins de négresse)
  • Lantoun boutatété (aréole)
  • Tété-manmé (nichons)
  • Bèl bonda (beau cul) bonda ka
    woulé
    (cul qui se déhanche)
  • Anba-do (chute des reins)
  • Rèldo (colonne vertébrale)
  • Bol-tété (galbe des seins)
  • Kyou (derrière, cul)
  • Tab a haché (table-hachoir, motte,
    mont de Vénus)

4. Wélélé / Fable

Misyé Kalmò èvè
on bèl Zanbèl

Té ni on
jenn vyékò
fonksyonnè asi
lilèt Senmarten
té ka pwan-y
pou on bòkò.
Boug-la pa té
sitèlman vyé
mé dépi kèk tan
lòlòj a-y pa té
ka makyé
ni midi, ni twazè.
Pou di la
franchiz-vérité
lòlòj a nòstòm
té adan on sizè
é dimi
toulongalé.
Misyé Kalmò
té abo manjé
vyann boukèt
pwan té bwa bandé
èvè pin a karèt
bwè siwo
pat-a-chouval
pwan ben
démaré hak pa té
ka fè hak
mòtòyò a
monkonpè
té antòch plimové pasé
koulèv
anba wòch !

L’impuissant et
la fille de joie

Il était une fois,
un presque vieillard
fonctionnaire sur
l’île de Saint-Martin
qui se prenait pour
un sacré gaillard.
L’homme n’était
point si vieux,
mais depuis peu
sa pendule
n’indiquait plus ni
midi ni trois heures.
En fait, pour parler
vrai, la pendule de
notre bonhomme
n’indiquait plus que
six heures et demie
en permanence.
L’impuissant avait
beau manger de
la viande d’âne, boire
du thé de bois bandé
avec de la pine
de tortue-caret,
boire du sirop de
patte de cheval,
prendre des bains
de désenvoûtement
rien n’y faisait.
La verge du compère
était bien plus amorphe
qu’une couleuvre
lovée sous une roche

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