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Insoumis, déserteurs, dissidents (suite)

Daniel BOUKMAN

En fin d’éditorial de  ANTILLA  du 3 juin 2016, un appel est fait aux historiens de Martinique et de Guadeloupe pour qu’ils contribuent à fournir documents et autres données.

Ne faisant pas partie de cette catégorie d’intellectuels, je ne suis pas habilité à répondre à cet appel, toutefois jouissant du bénéfice de mes 4 fois 20 ans, je peux apporter quelques  précisions à même de rectifier une ou deux erreurs.

En ce qui concerne le déserteur (de l’armée française) que fut Guy Cabort-Masson, il convient de rappeler ce qui magnifie la portée de son geste… Alors qu’ayant fait ses classes à l’Ecole militaire de Saint-Cyr d’où il sortit avec le grade de lieutenant, refusant « d’accepter les actes de torture et les exactions de ses pairs : un de ses prisonniers FLN est torturé et tué », Guy Cabort-Masson déserte mais - erreur à rectifier- il n’a nullement « rejoint les rangs du Front de Libération Nationale [Algérien] en 1961 ».

22 -23 avril 1961, salle des Conférences de l’Hôtel Moderne, Place de la République, à Paris, pour la première fois, des Antillais et Guyanais se réunissent en Congrès à l’instigation d’Albert Béville, Edouard Glissant, Marcel Manville, Cosnay Marie-Joseph, l’AGEG (Association Générale des Etudiants Guadeloupéens), l’UEG (Union des Etudiants Guyanais), l’AGEM (Association Générale des Etudiants Martiniquais).

A l’issue dudit Congrès est créé le FRONT ANTILLO-GUYANAIS POUR l’AUTONOMIE  dont, le 22 juin de la même année, le gouvernement du Général de Gaulle décrète la dissolution ; à la suite de quoi le Front entre en clandestinité et c’est en relation avec le Front National Algérien (FNL) section France, avec la caution de Frantz Fanon et le soutien du réseau Jeanson (1)  qu’est organisée la filière qui permettra le transfert au Maroc via la Belgique de quatre insoumis  tous étudiants : Sony Rupaire, Roland Thésauros, Aude Ferly, et moi-même (2) et du déserteur,Guy Cabort-Masson.

Il est inexact de dire que ce dernier « rejoint les rangs du FLN en 1961 » ; c’est sous couvert du Front Antillo-Guyanais pour l’Autonomie clandestin que nous tous les cinq avons été pris en charge, au Maroc, par le FNL ;  que  les quatre insoumis que nous étions, ont reçu une formation militaire dans le Rif à la caserne de Khebtani alors que Cabort-Masson, le lieutenant déserteur (donc n’ayant pas à apprendre le maniement des armes) fut hébergé au sein d’une caserne quartier-général, au Maroc, d’officiers algériens de l’Armée de Libération Nationale.

« Quant aux dissidents, en quelque sorte l’autre face de l’engagement antillais au moment de conflit guerrier, mais 21 ou 20 ans avant ceux déjà cités », il est sans doute intéressant de « comprendre le pourquoi de la reconnaissance si tardive de leur courage par la France » mais sans doute plus fondamental de s’interroger quant au devenir pour le moins paradoxal de ces dissidents qui mirent leur jeunesse en péril en s’engageant pour défendre le peuple français en butte à l’oppresseur nazi, mais qui, la guerre terminée, s’enrôlant dans l’armée française, participeront aux guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie (3).

(1) Le réseau Jeanson du nom de son organisateur, composé de Français, apporta un soutien concret aux Algériens engagés dans leur lutte de libération nationale

(2) Quant l’auteur de l’éditorial (Antilla 3 juin 2016) écrit  que je « me présente comme insoumis », cette formulation est  pour le moins ambigüe… De mon insoumission , je ne sers pas comme d’une carte de visite ; en en parlant (occasionnellement), je ne suis pas en (re)présentation ; en des circonstances historiques précises, j’ai choisi l’insoumission ; de cette situation je ne tire aucune vanité et surtout, n’éprouve aucun regret.

(3) A contrario,  la dissidence de Frantz Fanon fut d’une constance exemplaire : dans les années 1940, il rejoint les Forces Française Libres en lutte contre le fascisme allemand ; en 1956, alors qu’il est fonctionnaire psychiatre en Algérie, il rejoint le FNL en rébellion contre l’armée coloniale française.

Daniel Boukman, écrivain militant culturel martini

Commentaires

Inselderfischer | 01/08/2018 - 16:04 :
Cher Daniel: Pas plus tard qu'hier, j'ai eu l'occasion de rencontrer - par pur hasard - un ancien camarade de classe. Que peut-on donc évoquer lors d’une retrouvaille après tant d’années écoulées ? Si ce n'est, de se préparer au jeu de "Questions - réponses" à la façon dont sont tenus des interrogatoires, entre amis bien sûre. Plus on bavardait, plus les souvenirs venaient défiler les uns suivis d’autres et que l'on arrivait difficilement à les contrôler. Ils étaient - et c 'est à ce moment là que nous avons pu nous rendre compte qu’ils étaient nombreux et multiples et que notre génération en en avait, plusieurs et tout ordre. Parmi ces souvenirs, il y a bien un qui nous a rappelé un visage, celui d’un maître, d'un Prof, d’un Monsieur ; comme on nous l'a appris à le dire, à notre âge de petits lycéens pour faire allusion à un enseignant. Une personne, dont, la question de l’identité ou même, celle de sa nationalité ne se posait pas pour nous, enfants de la période des années 70, si jeunes et si correctes, qu’on n’osait même, parfois par crainte, de questionner un adulte, un maître, un Prof. Après tant d'années passées, nous, les deux camarades de classe (Lettres), arabes ou françaises, nous nous sommes, d'ailleurs jamais voulu le savoir. Nous étions en classes LETTRES ou classe des LETTRES. C’est tout ce que nous savons. Le Prof, on l’appelait Mr Blérald. Est-ce un nom ou un prénom, l’idée même de se poser ce genre de questions ne nous , à aucun moment, effleurer l’esprit. Or, ce jour là , jour de la retrouvaille, et la rencontre avec lui , l’ex camarade de classe, un flux de questions est venu perturber notre rencontre et parmi celles que nous aimerions vous la poser est de savoir si vous POURIEZ et ou VOUDRIEZ bien nous donner un " SIGNE DE VIE", juste un signe de vie…. Fraternellement.

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