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IL Y A 160 ANS, J. J. THOMAS PUBLIAIT LA PREMIERE GRAMMAIRE CREOLE

Raphaël Confiant
IL Y A 160 ANS, J. J. THOMAS PUBLIAIT LA PREMIERE GRAMMAIRE CREOLE

     Si Haïti et ses quelques douze millions d'habitants nous apparaissent aujourd'hui comme le centre ou le phare de la langue créole, ce n'est pourtant pas dans ce pays qu'a été publié le tout premier roman intégralement écrit en langue créole, mais bien en Guyane. Ni non plus la toute première grammaire, mais à Trinidad.

   Le tout premier roman a pour titre Atipa et a pour auteur un certain Alfred PAREPOU dont l'identité demeura longtemps incertaine, son livre n'ayant, semble-t-il, pas été diffusé en Guyane lors de sa parution en 1885. Au point que l'ouvrage était considéré comme disparu par les créolistes jusqu'à ce qu'un exemplaire soit retrouvé par miracle en 1982 à la bibliothèque du...Congrès à Washington. S'agissant de la toute première grammaire d'un créole (à base lexicale française s'entend), elle est due à un instituteur trinidadien, John Jacob THOMAS et a été publiée en 1869. Au mois d'avril 1869 et donc il y a très exactement 160 ans. Son titre : The Theory and Practice of Creole Grammar paru à Port-of-Spain.
   Peu d'entre nous savons qu'au XIXe siècle, le créole était la lingua franca de Trinidad et était fortement enraciné dans les régions rurales au point que nombre de linguistes considèrent que l'actuel créole anglais de Trinidad est très largement une relexification du créole à base lexicale française. En fait, Trinidad avait été longtemps une colonie oubliée de la Couronne britannique, ce qui explique que l'influence française et espagnole y ait été longtemps prédominante. Des Békés de Grenade, Saint-Lucie, Martinique etc...y émigrèrent avec leurs esclaves dès la fin du XVIIIe siècle (à compter de 1783, précise la créoliste trinidadienne Jo-Ann FERREIRA), ce qui permit l'implantation du créole. Jusqu'à aujourd'hui...
   En ce début du XXIe siècle, le créole trinidadien, s'il n'est plus que l'ombre de lui même perdure dans quelques villages ruraux comme Paramine, Maraval ou Morne Coco et certaines personnes, notamment dans le milieu catholique, tentent de le sauver. Tâche difficile tant l'influence de l'action humaine sur la vie d'une langue est aléatoire. On peut mettre tous les outils (livres, CD, vidéos etc.) à la disposition d'une population ou d'un peuple, on peut introduire la langue à l'école, s'il n'y a pas de vrai désir de sauver celle-ci, rien n'y fera. Ce n'est pas une question strictement linguistique, mais sociolinguistique et psycholinguistique. L'Irlande du Sud a ainsi dépensé des millions et des millions pour sauver le gaélique, mais en 1999, elle a supprimé l'épreuve obligatoire de gaélique aux concours permettant de devenir fonctionnaire. Les choses n'ont pas été dites clairement, mais ce fut presqu'un avis d'obsèques. Ou en tout cas une