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CRISE DU CAPITALISME OU CRISE DU MODELE CIVILISATIONNEL ANGLO-SAXON ?

Depuis que la crise des « subprimes » a entraîné le système financier étasunien, puis européen et enfin mondial, dans la tourmente, révélant les turpitudes dudit système, tout le monde (journalistes, économistes, sociologues, historiens, philosophes etc…), y va de son analyse avec comme point d’orgue ce que la plupart appellent « la crise du capitalisme » ou « la crise du système capitaliste ».

On peut se demander s’il n’y a pas là quelque abus de langage.

En effet, il suffit de comparer le système capitaliste étasunien et son homologue français, par exemple, pour se rendre compte que d’un côté, du côté US, on a un système où le « privé » domine totalement le « public », quant il n’élimine pas purement et simplement ce dernier, alors que dans le français, on a affaire à un système mixte où « privé » et « public » s’équilibrent plus ou moins. Du moins avant que Sarkozy, qui fort justement, se décrit avec fierté comme étant un « Américain », ne parvienne au pouvoir.

Faut-il en effet, rappeler que durant les Trente Glorieuses (1950-80) qui ont permis à la France d’après guerre de se relever de ses ruines, la Poste était publique, l’ORFT (la radio-télévision) était public, EDF-GDF était public, Renault était public, l’enseignement (écoles et université) étaient publics, la RATP et la SNCF étaient publics etc…etc… ? Et quand bien même ce système a commencé à être progressivement démantelé à l’arrivée au pouvoir des libéraux pro-étasuniens menés par Valéry Giscard d’Estaing, le public a su quand même résister et en France, l’école publique ou l’hôpital public ne sont pas laissés à l’abandon comme aux Etats-Unis où l’expression « services publics » est considérée comme un gros mot.

Un exemple : lorsque l’ouragan Katrina a frappé la Nouvelle-Orléans, une quarantaine de bébés sous couveuse (et donc prématurés) sont décédés dans le plus grand hôpital public de la capitale du jazz, le Memorial Hospital, cela parce que les inondations avaient détruit le système de distribution d’électricité et que cet établissement de disposait pas de…groupe électrogène. Inutile de préciser que la grande majorité de ces bébés étaient noirs. Imagine-t-on pareille chose en France, en Allemagne, en Belgique ou en Italie ?

Autre exemple : dans les écoles publiques de Grande-Bretagne, les enseignants, sous payés soit dit en passant, sont contraints d’acheter eux-mêmes le petit matériel scolaire dont ils ont besoin : craie, éponge, crayons, stylos, rames de papier etc…Là non plus, une telle situation n’est pas pensable dans les autres pays capitalistes et même si, en France, par exemple, les syndicats ont raison de protester contre les réductions de postes ou les classes surchargées, l’école publique dans le système capitaliste non-anglo-saxon est considérablement mieux lotie que son équivalent anglo-saxon. Et nous ne parlons même pas des universités où, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, celles qui sont privées et affichent des droits d’inscription astronomiques possèdent les meilleurs locaux, le matériel le plus moderne, tandis que celles qui sont publiques sont de véritables garderies pour adolescents pauvres, scandaleusement sous-dotées.

L’empire étasunien ayant succédé à l’empire britannique, il y a eu donc une sorte de continuité dans l’imposition à l’échelle planétaire de la vision du monde anglo-saxonne, de sa langue, de sa culture et de ses valeurs. Son système économique, le capitalisme sauvage, s’est déclaré le plus performant, système entièrement fondé sur l’idée qu’une main invisible régulait l’économie et que moins l’Etat y intervenait, mieux cela valait. Le culte de l’argent s’est hissé au même rang que le culte chrétien (dans sa version protestante), chose que proclame fièrement la phrase In God we bless (Nous croyons en Dieu) inscrite sur le billet vert, le dollar. De partout à travers le monde, des millions de gens se sont mis à croire au « rêve américain », à l’idée selon laquelle toute personne qui émigre aux Etats-Unis, à condition qu’elle se mette à travailler dur, pourra réussir dans la vie, voire même devenir millionnaire. Personne ne s’arrête pour réfléchir une seconde et se dire qu’aux Etats-Unis, comme partout ailleurs, la majorité des gens, autochtones ou immigrés, sont des ouvriers, des femmes de ménage, des pompistes, des agriculteurs, des mécaniciens, des plombiers, des électriciens, des infirmières, des instituteurs, des vigiles etc…et que ces gens-là sont loin, très loin, d’être des millionnaires. Le fameux « rêve américain » n’est, en fait, que le montage en épingle d’une poignée d’individus lesquels ont probablement beaucoup travaillé, mais ont surtout beaucoup profité du travail d’autrui.

Aujourd’hui, ce qui est en crise, ce n’est donc pas le capitalisme en soi. C’est la version hard, la version sauvage du capitalisme : celle des Anglo-Saxons. Le capitalisme tempéré ou civilisé, lui, ne tardera pas à se refaire en se dégageant progressivement de l’emprise de son cousin sauvage. Les nationalisations à tours de bras auxquelles on assiste en sont la première étape. La seconde étape sera la remise en cause des projets de privatisation des services publics tels que la Poste en France. La troisième et dernière étape devra être une gouvernance monétaire à l’échelle mondiale afin de briser l’omnipotence du dollar lequel a permis jusqu’à présent aux Etats-Unis de vivre à crédit sur le dos du reste du monde.

Le capitalisme tempéré reste un capitalisme. C’est-à-dire un système d’exploitation de l’homme par l’homme. Sa chance, si l’on peut dire, est qu’aucun système socialisant ou communisant n’est encore parvenu, hélas, à offrir une alternative sérieuse ou crédible. Il est « moins pire » en tout cas que le capitalisme anglo-saxon.

Entre deux maux, il faut espérer la victoire du…moins pire.

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