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Chlordécone, « Prescription », Menace de Non Lieu, Violences policières meurtrières, Répression: En France l’EMIGRATION se remobilise.

Frédéric CONSTANT
Chlordécone, « Prescription », Menace de Non Lieu,  Violences policières meurtrières, Répression: En France l’EMIGRATION se remobilise.

En France, et notamment dans la région parisienne, vit une forte communauté de Martiniquais, Guadeloupéens et Guyanais, immigrés de première et deuxièmes générations. Dans cette région, ils sont éparpillés sur plus de 12.000 kmset parmi 12,213 millions d’habitants(1). Il existe aussi de grosses communautés dans les régions de Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Lyon, Grenoble... Ce qui se passe actuellement illustre que, peut-être, cette communauté peut recommencer à se mobiliser sur autre chose que des manifestations purement festives (concerts, zouks, foot, ti punch akra boudin...).

Le 27 février 2021 à Paris eut lieu un rassemblement public sur l’empoisonnement au chlordécone, la menace de «prescription» des plaintes et demandes (cf procès en cours) et la répression en Martinique et Guadeloupe. Ce n’est pas la première expression publique d’«Antillais» (2)  sur ces problèmes. Avaient déjà eu lieu, entre autres :

- manifestation du 24 novembre 2019 (Paris : de République à Nation) ;

- rassemblement 12 janvier 2020 (Paris-Nation),

- réunion publique 21 février 2020  (Paris Bourse du Travail),

- rassemblement 26/9/2020 à Paris-Nation, à l’initiative du Crefom(3), avec discours assimilationniste de son président D.Dalin, mais où le scandale chlordécone fut dénoncé par d’autres orateurs/trices.

Ce rassemblement parisien du 27/2 fut beaucoup plus incisif que celui du Crefom... Il commença à 13H30, de façon synchronisée avec la manifestation de Fort-de-France (8h30 en Martinique). Il  fut préparé et organisé par le «Kolèktif Doubout Pou Gwadloup» et le «Mouvman Kiltirèl Choukaj». Les autres organisations signataires de l’appel, présentes en soutien, sont intervenues au micro.

Le rassemblement s'est fait en 3 parties :  Prises de paroles ; Moment de commémoration des victimes de toutes les violences coloniales ; Moment de chants et danses traditionnels.

Parmi les organisations intervenues au micro, on peut noter «Zéro Poison Zéro Chlordécone/Paris» (trois intervenants), «Kolektif Doubout Pou Gwadloup» (idem), Bèlèspwa, Mouvman Kiltirèl Choukaj... Curieusement, la «CGT-DOM»(4), appelée au micro, n’avait mandaté aucun représentant...

Les prises de parole au micro ont porté sur les points suivants :

 

1. L'empoisonnement au chlordécone en tant que crime:

àDénonciations des conséquences dramatiques sur le plan sanitaire : caractère cancérigène du chlordécone présumé (face au risque, les USA l’avaient interdit depuis 1976, la France depuis 1990 pour la seule «métropole», mais maintenu pour la Martinique et la Guadeloupe), donc non-respect de la vie humaine dans les «DOM» ; développement exponentiel de cancers (notamment prostate), d'endométriose ; problèmes de prématurité des naissances (avec malformations), maladies professionnelles non reconnues comme telles, etc.

à revendication de la condamnation des criminels : descendants des familles esclavagistes ayant importé-commercialisé-utilisé le chlordécone à tour de bras, mais aussi de l’Etat français, co-responsable et complice de l’empoisonnement pour plusieurs siècles de nos ecosystèmes.

àrefus de la «prescription» et donc de la menace du non-lieu dans le procès en cours ;

àExigences de vérité : Justice et réparations pour les victimes et leurs ayant-droits.

 

2 Dénonciation politique et sociale.

àSur le plan social: exploitation des travailleurs agricoles : salaires, faibles retraites, travail non déclaré... 

àSur le plan politique : continuité de la politique coloniale de fait malgré le statut officiellement départemental (faux départements/vraies colonies, colonies baptisées départements), à travers  répression des grévistes et des militants politiques anticolonialistes, l'exploitation comme marché de consommation, avec toujours la pwofitasyon, donc l'économie de comptoir (cf mouvements de 2009), le fonctionnement assez «spécial» des système judiciaire et politique.. 

 

 3. Dénonciation de la répression :

àsur le plan policier et judiciaire : répression contemporaine, par exemple contre Bruno Pelage dit Volkan, Lubert Labonne dit Lulu, emprisonnés en «préventive», violences policières et poursuites contre des militant.e.s (notamment Kezah Nuissier lors de la manif à Fort-de-France du 16/7/2020);

à récemment : Guadeloupe, dénonciation de l’impunité des gendarmes suite au tabassage (lors d’un contrôle routier) le 21 novembre 2020 de Claude Jean-Pierre (68 ans), ayant probablement entraîné sa mort en décembre; Martinique, même impunité pour ceux ayant tabassé K.Nuissier (qui a dû être hospitalisé en urgence).

àRappel de la longue liste de répressions mortelles contre des grévistes par des gendarmes et CRS en Guadeloupe et Martinique depuis 1900 (y compris après la «départementalisation») notamment en période de récolte de canne.

L’ambiance n’était pas que politique, on y trouvait aussi de la chaleur humaine, un climat culturel, avec mizik tanbou épi dansé : Martinique : moman bèlè ; Guadeloupe : gwoka, Senjan. Certains de ces moments ont été filmés et mis sur les réseaux dits «sociaux».

 

L’événement n’a évidemment pas eu l’ampleur de la manifestation gigantesque du même jour en  Martinique. Il a été préparé en beaucoup moins de temps, par seulement deux organisations. En outre, il y avait l’éloignement de Paris-République avec le domicile pour de nombreux Guadeloupéens-Martiniquais(1)   et le couvre-feu à 18H. Donc il était difficile de mobiliser massivement et durablement sur des thématiques non «festives» (car pour des concerts les gens viennent par milliers : toujours notre image «Danseuses de la France» contentes de leur sort, bann initil...). Mais des militants expérimentés estiment qu’au plus fort du rassemblement l’affluence alla jusqu’à 800 personnes (Martiniquais-Guadeloupéens et autres). Et non 200 personnes comme ont dit les médias.

 

Il est probable que d’autres expressions publiques auront lieu prochainement. Certes, d’autres graves problèmes se posent en France pour les gens qui y vivent, y compris pour nous :

àcrise sanitaire et gestion gouvernementale critiquable, pas claire, très «variante» entre confinement à géométrie variable, flou artistique et valse sur certains vaccins, couvre-feu, cacophonie gouvernementale ;

àatteintes croissantes aux libertés : répression violente lors des manifestations des Gilets Jaunes, y compris contre des non-manifestants ; textes liberticides adoptés récemment (Décrets n° 2020-1510, 1511 et 1512 du 02 décembre 2020 étendant le fichage des citoyens selon leurs convictions politiques, syndicales, religieuses et leur état de santé ; Loi dite de «Sécurité Globale», adoptée par le Sénat...)

àmécontentement général favorisant encore plus le risque d’élection de l’extrême-droite fascisante et raciste : le FN/RN ; mais avec dans ses bagages «les Identitaires»(5) (récemment dissous mais qui se reconstitueront sous un autre nom), ouvertement suprémacistes blancs, anti-métissage et physiquement violents ; et dans le cortège des groupes carrément néonazis clandestins, pour l’instant...

La période actuelle est donc très instable, dangereuse. Même pour les Guadeloupéens, Martiniquais et Guyanais «de l’intérieur».

 

Mais cela ne doit pas faire oublier l’empoisonnement au chlordécone de nos peuples, et, pour des siècles, de nos terres, rivières, faune et flore. La répression contre les manifestants antichlordécone (parfois filmée et diffusée sur les réseaux «sociaux») doit être condamnée et contestée. A noter : une partie de la presse française en parle de plus en plus, et dénonce publiquement ce scandale. Mais il est indispensable que ce soient les Martiniquais et Guadeloupéens qui fassent tout cela eux-mêmes publiquement dans la rue des deux côtés de l’Atlantique, donc aussi en France, afin que leur mouvement s’y développe pour aboutir.

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(1)  soit huit départements. Superficie de 12.000 km2   à comparer avec les quelque 1180 km2 de la Martinique et 1630 kmde la Guadeloupe.

(2) Guillemets mis sciemment. Les Antilles c’est l’archipel qui part, au nord, de Cuba, pour arriver, au sud, jusqu’à Trinidad-Tobago/Grenade/Curaçao/Aruba. Les Antillais sont les natifs des Antilles ou les personnes qui en sont originaires. Donc contrairement à ce que pensent trop de gens, les Antilles ce ne sont pas seulement les pays que la France « administre »... Et les «Antillais» ne sont pas que les Guadeloupéens et Martiniquais, mais les peuples de tous ces pays. Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant. Certains spécialistes réduisent «la Caraïbe» à cette Caraïbe insulaire. D’autres y ajoutent les Guyanes voire Bélize. Voire décrivent «la Caraïbe» comme l’ensemble des pays bordant la Mer des Antilles (dite «Mer Caraïbe»), y compris les pays continentaux d’Amérique centrale. Voire considèrent que la Caraïbe c’est ce dernier ensemble augmenté des autres pays de la façade Atlantique-Caraïbe ayant été régis par l’économie de plantation, ce qui irait du sud-est des USA au nord-est du Brésil (marqués par l’esclavage colonial).

 (3)  «Conseil Représentatif des Français d'Outre-Mer ».

 (4)  dépendant directement de la Confédération CGT. 

 (5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Identitaires

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