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CE BON MONSIEUR MONPLAISIR...

   Dans le paysage politique de la Martinique, Yann Monplaisir, chef d'entreprise, est l'un des personnages les plus sympathiques (humainement parlant), y compris parmi ceux et celles qui ne partagent pas du tout son idéologie de Droite. Dynamique, débordant d'idées, il est un bon débateur en télé et parvient à convaincre au-delà de son camp politique. 

    Son seul problème est que la Droite n'est plus qu'un champ de ruines à la Martinique depuis au moins trois décennies. Emiettée entre l'UMP, les FMP, le MODEM, l'UDI et jusqu'à tout réemment le PRM (qui a rejoint avec armes et bagages le PPM-Ceregmia) et sans discours politique un tant soi peu crédible, elle peine à survivre, ne parvenant plus, par exemple, à gagner de nouvelles municipalités. La victoire de F. Tirault à Saint-Esprit n'en était pas une puisque l'ancien maire était lui aussi de Droite.

   La Droite martiniquaise est moribonde parce qu'elle n'est plus en phase avec son temps. Le discours sur la "Mère-patrie" ne tient plus la route d'autant qu'une certaine Gauche autonomiste le tient tout aussi bien (sans toutefois employer une terminologie aussi grossière) et qu'aucun parti indépendantiste ne réclame la rupture immédiate avec la France. Bref, la Droite est en panne d'idées et surtout de personnalités charismatiques, le denrier en date ayant été Emile Maurice au siècle dernier. Yann Monplaisir, lui, a une personnalité qui peut séduire, mais le fait qu'il soit un patron, empêche sans doute beaucoup de gens de lui donner leur bulletin de vote dans un pays où les relations entre patronat et employés sont loin d'être au beau fixe.

   Alors notre bon monsieur Monplaisir, qui vise la tête de liste de ce qui reste de la Droite aux élections pour la Collectivité de Martinique en décembre 2015, est contraint d'innover, de sortir de nouvelles idées de son chapeau. Il en a émise trois l'autre jour dans le quotidien local : construire un pont de 7 kilomètres entre Fort-de-France et Rivière-Salée pour désengorger la circulation, enseigner l'anglais dès l'école primaire et permettre à l’opposition de siéger dans l’exécutif de la future Collectivité de Martinique. C'est un peu maigre pour prétendre sortir notre île du marasme dans lequel elle croupit, mais c'est déjà ça. Examinons donc ces trois propositions :

   . 83.000 véhicules empruntent l'autoroute tous les jours, les deux-tiers provenant du Sud, ce qui créé des embouteillages monstres. Il est donc urgent de trouver une solution à ce qui pour les usagers relève du cauchemar quotidien. Sauf que jamais il ne vient à l'idée de monsieur Monplaisir que ce n'est pas en multipliant les routes et les ponts qu'on parviendra à résoudre ce problème. La Martinique n'est, hélas, pas extensible et après le pont FDF-Rivière-Salée, il faudra sans doute construire un autre FDF-Trois-Ilets, sans compter une autoroute FDF-Grand-Rivière. Au rythme mensuel des immatriculations, il faudra vite construire des autoroutes superposées comme au Japon. Sauf que le Pays du Soleil Levant est la 3è puissance économique du monde et qu'elle a les moyens. Autre inconvénient : si jamais ce pont FDF-Rivière-Salée était réalisé, sa construction détruirait la dernière grande zone de mangrove de la Martinique, celle de Génipa. Or, chacun désormais connaît, grâce aux associations écologiques, le rôle crucial des mangroves. La solution qu'avance Yann Monplaisir est donc une fausse bonne idée. Prolonger, par contre, le TSCP jusqu'à Saint-Luce, puis dans un second temps, à Saint-Anne coûterait sans doute moins cher et serait plus efficace et moins destructeur pour l'environnement.

   . l'anglais est déjà enseigné dès l'école primaire sous le nom d'"anglais précoce", ce qu'apparemment ignore monsieur Monplaisir et cela depuis des années. Sans compter que s'il suffisait de maîtriser la langue de Shakespeare pour s'en sortir, on comprend difficilement que les Saint-Luciens émigrent en masse en Martinique et les Dominiquais en Guadeloupe. Au fait, la famille Monplaisir elle-même n'est-elle pas originaire de notre île-soeur du sud ? Sans compter les migrations entre pays anglophones, chose qui prouve que ce n'est pas la langue qui est en jeu : il y a ainsi 20.000 immigrés Guyaniens dans la minuscule Barbade (anglophone), pays trois fois plus petit que la Martinique, alors même que leur pays, le Guyana (anglophone) est plus vaste que leur ex-colonisateur commun, l'Angleterre. L'anglophonie des Guyaniens ne leur sert apparemment pas à grand chose. Sans compter aussi que lorsqu'on émigre aux Etats-Unis, toutes les langues sont admises par l'administration. Ainsi la ville de New-York, qui reconnaît plus d'une cinquantaine de langues officielles, a reconnu récemment le créole (haïtien). Ce qui veut dire qu'un Haïtien qui se présente à un service municipal quelconque peut exiger de recevoir l'aide d'un interprète d'une part et tous les documents officiels traduits en créole de l'autre. Du reste, les immigrés jamaïcains pourtant anglophones ne réussissent pas tellement mieux que les Haïtiens aux Etats-Unis. Là encore, cette proposition de monsieur Monplaisir est une fausse bonne idée. Il devrait d'ailleurs se rapprocher de Pôle Emploi pour connaître le nombre de chômeurs titulaires d'une licence, d'un master, voire d'un doctorat en anglais.

   . enfin, généreusement, Yann Monplaisir se propose d’accueillir l’opposition dans l’exécutif de la future Collectivité de Martinique. On croit rêver ! Monsieur Monplaisir ignorerait-il que seule une nouvelle loi peut modifier la loi ? C’est très vrai que cette loi est parfaitement anti-démocratique puisqu’elle prévoit que seule la majorité siégera dans cet exécutif, mais c’est la…loi. Il aurait fallu réagir avant et pas seulement monsieur Monplaisir, mais tous les partis politiques. Là, il est trop tard ! Personne n’a ouvert sa bouche sur ce point pourtant crucial et maintenant tout le monde pousse les hauts cris parce que l’exécutif sera monocolore. Donc aussi généreux soit-il, Yann Monplaisir ne peut absolument pas accueillir l’opposition dans son exécutif s’il gagnait l’élection car ce serait…illégal. On peut difficilement imaginer qu’il ne le sait pas. Mais en politique, il faut bien faire des promesses invraisemblables au bon peuple, n’est-ce-pas, pour lui arracher son bulletin de vote. C’est comme la promesse de création de 5.000 emplois du leader maximo du PPM-Ceregmia…     

   En réalité, la Droite n'a pas de projet pour la Martinique, sauf nous maintenir dans le giron français à n'importe quel prix, ce qui ne fait plus rêver personne. Surtout pas la jeunesse. Plus grand chose ne la sépare en réalité des pseudos-autonomistes qui usent et abusent de l'image d'Aimé Césaire tout en trahissant allègrement la pensée du Père de la Négritude...

 

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