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A PROPOS DE « MANMAN KA FE YICH MECHAN… »

Le tam-tam médiatique et l’indignation provoqués par la réaction de Serge Letchimy, président du Conseil régional de la Martinique, à une intervention du conseiller d’opposition Louis-Félix Duville (groupe des « Patriotes et sympathisants ») sont tout simplement…ridicules.

Qu’a-t-il dit ? En créole dans le texte :

« {Sé pa an sel manman ka fè yich méchan. Pa kwè sa } ! ».

Avant de traduire et d’analyser la dite phrase, il est bon de rappeler à nos lecteurs que le site MONTRAY KREYOL, depuis 5 ans, qu’il existe, s’est toujours montré farouchement opposé à la politique du PPM, notamment à propos de l’article 74 qui aurait permis à la Martinique d’accéder à un début de commencement d’autonomie. Le rejet dudit article par le PPM au nom d’une fallacieuse troisième voie (entre articles 73 et 74), voie dont on ne sait toujours pas en quoi elle consiste, était tout bonnement inadmissible venant d’un parti qui a prôné l’autonomie durant ces 50 dernières années. Un véritable scandale même !

Quand au fameux 5.000 emplois promis par le PPM une fois que celui-ci a pris les commandes de Plateau Roy, elle est considérée par MONTRAY KREYOL comme une farce. En économie capitaliste, ce ne sont pas les collectivités qui créent des emplois, mais bien les patrons, les socioprofessionnels. Les capitalistes, quoi ! Et si par un miracle quelconque, le PPM parvenait à créer lesdits emplois, ce ne serait jamais que des emplois financés par les impôts des Martiniquais et cela dans des secteurs forcément non-productifs. L’économie de la Martinique n’y gagnerait rien du tout. C’est aux Hayot, Parfait et autres Ho-Hio-Hen ou Lancry de créer des emplois et seule une Martinique autonome pourrait commencer à les contraindre à investir dans des secteurs réellement bénéfiques pour l’économie martiniquaise : énergie solaire, filière des médicaments créoles, transformation de produits agricoles (pourquoi jette-t-on les 50.000 tonnes annuels de « déchets de triage » autrement dit les bananes non exportables car abîmées au lieu de les transformer en farine pour bétail ?), filière informatique etc…

MONTRAY KREYOL est donc opposé à la politique du PPM et le fait savoir quasiment chaque jour. Mais dans le cas qui nous occupe, nous sommes obligés de faire preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle. En effet, l’invective a toujours fait partie de la vie politique martiniquaise et cela avant même l’abolition de l’esclavage, entre politiciens békés donc, et surtout après lorsqu’au XIXe siècle, la classe mulâtre est arrivée au pouvoir, puis au XXe, la classe noire et indienne. Dans le Saint-Pierre d’avant l’éruption de la montagne Pelée, les duels étaient monnaie courante. Il suffisait que quelqu’un se sente égratigné par un article publié dans les nombreux journaux qui y paraissait pour qu’aussitôt il expédie un « cartel » à l’auteur de l’article en question. Le cartel était un carton invitant un adversaire à un duel à l’épée ou au pistolet, généralement au Jardin des Plantes (et plus tard, à Fort-de-France, au Jardin Desclieux). Le politicien mulâtre Marius Hurard et son successeur Julien Confiant, toux deux directeurs, l’un succédant à l’autre à la tête du journal « Les Colonies », organe mulâtre farouchement opposé au journal Béké « Les Antilles », étaient de fins bretteurs. On ne compte pas les duels que provoquèrent ces deux politiciens suite à des articles virulents ou à des propos de même nature. Les Békés n’étaient pas « manchots » non plus en la matière.

Au XXe siècle, lorsque la classe des « nouveaux libres » arriva enfin au pouvoir, elle se glissa tout naturellement dans le moule belliqueux des politiciens békés et mulâtres. La Droite assimilationniste, aujourd’hui si atone, qui régna durant la première moitié dudit siècle, ne s’est jamais privée de brocarder, insulter ou vilipender l’adversaire. Pire : d’utiliser des nervis et autres Tontons-macoutes pour faire prévaloir ses idées. Affaire André Aliker, Affaire Renard sur La Savane etc…en sont les preuves les plus spectaculaires puisqu’il y a eu mort d’hommes. Quant à la Gauche, autonomiste à l’époque, elle sut riposter à hauteur des agressions commises à son encontre et chacun sait que nombre d’employés municipaux de Fort-de-France se transformaient en « dogs » à chaque période électorale.

Quant aux « petites phrases » prononcées par nos éminents politiciens, chacun se souvient de ce « Mad Max » prononcé par Aimé Césaire, du balcon de l’ancienne mairie de Fort-de-France, à l’encontre du chef d’entreprise Max Elysée, concepteur du MADIANA d’aujourd’hui. Phrase injuste, assassine, que ne méritait pas celui qui a permis que le cinéma ne disparaisse pas en Martinique (comme c’est quasiment le cas en Guadeloupe). Ou encore des « âmes de morue » et autres « mendiants arrogants » prononcés à l’encontre du peuple martiniquais par le même Aimé Césaire. Plus tard, lorsque le MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) arriva au pouvoir au Conseil régional de la Martinique, on ne compta plus les colères à répétition de son président, Alfred Marie-Jeanne contre X ou Y. Colères qu’on lui pardonna longtemps, mises qu’elles étaient sur le compte de son « tempérament de chaben » ! Colères qui furent la cause, en grande partie, de la défaite des Patriotes (et donc de l’article 74) lors de la consultation référendaire du 10 janvier 2010. Sans compter le « Blancs qui sentent mauvais » du conseiller régional RDM (Rassemblement Démocratique pour la Martinique), Claude Cayol, par ailleurs extraordinaire footballeur dans les années 60 ou le terrible « étrons » de l’écrivain Raphaël Confiant à l’encontre des 70% de Martiniquais qui votèrent contre l’article 74.

Bref, l’invective, l’insulte, la menace ou l’accès de colère dévastatrice ont toujours été courantes au sein de la vie politique martiniquaise. Est-ce une spécificité de l’île aux fleurs ? Point du tout. Chacun, en effet, à encore en tête les images de députés polonais, russes, brésiliens ou japonais faisant le coup de poing en pleine assemblée nationale de leurs pays respectifs. Or, jamais un tel spectacle ne s’est produit en Martinique, ni dans l’enceinte de la Région ni dans celle du Conseil général ! Jamais un conseiller martiniquais n’a balancé un coup de « tjok » en plénière à un adversaire politique. Donc arrêtons de jouer aux vierges effarouchées et de pousser des cris d’orfraie !
Venons-en à la fameuse phrase prononcée en plénière par Serge Letchimy ! « {Sé pa an sel manman ka fè yich méchan !}" » : littéralement « "Ce n'est pas une seule mère qui fait des enfants méchants"! ». Traduite comme ça, elle est bien anodine par rapport à toutes celles que nous avons citées plus haut. Sauf que la traduction exacte serait plutôt : « Je peux me montrer méchant, moi aussi. Faites gaffe ! ». Or, même traduite en bon français, cette expression idiomatique créole n’est pas si effrayante que le disent les multiples commentaires parus ces jours-ci sur l’Internet. Elle n’est même pas une menace réelle, mais une menace voilée, ce qui est tout de même assez différent. Jamais un vrai « major » (fier à bras) martiniquais n’emploierait une telle expression qui dénote plus qu’on est sur la défensive, qu’on se sent aculé. Un vrai major dirait : « {Man ké fè zot pasé anba an tab !} » (Lit. « Je vais vous faire passer sous une table »). Expression métaphorique là encore qui en français signifie « Je vais vous régler votre compte ! ».

Serge Letchimy est l’un des très rares hommes politiques martiniquais à parsemer ses discours de phrases en créole, ce qui est tout à son honneur. La réaction excessive à l’endroit de sa phrase dénote tout bêtement la créolophobie crasse des Martiniquais, y compris ceux qui se proclament indépendantistes urbi et orbi. Cette réaction démontre à quel point nous sommes déculturés, aliénés, francisés jusqu’à la moelle des os, incapables en tout cas de décrypter correctement une expression idiomatique créole. Letchimy aurait dit par exemple, en français : « Je peux me montrer méchant moi aussi. Faites attention ! » (ce qui est, rappelons-le l’exacte traduction de « {Sé pa an sel manman ka fè yich méchan !} ») que personne n’aurait rien dit. Qu’aucun internaute désoeuvré ne serait monté sur son ordinateur pour hurler qu’il s’agit là d’une phrase indigne d’un président de région.

Oui, nous persistons et signons : Letchimy aurait prononcé la même phrase, mais en français, que ça n’aurait pas provoqué tout ce tam-tam médiatique. On ne saurait que conseiller aux Martiniquais de réapprendre la langue de leurs ancêtres.

« Un peuple qui ne connaît plus sa langue est un peuple en perdition » dit un adage tahitien…

Commentaires

vaton | 28/12/2011 - 11:17 :
J'adhère à ce message...une belle leçon à en tirer !!! Très belle analyse.
jedi | 28/12/2011 - 21:07 :
-le créole étant une langue il à comme toutes les langues son sens dans ce qu'elle exprime -la phrase en créole est une menace exactement ,comme dites en français c'est aussi une menace,et c'est comme celà que letchimy trompe les gens en parsement son discour comme vous l'avez dit pe mots créoles ;pourquoi ne s'exprime t'il pas carément en créole ou en français -j'espère que vous allez revoir votre copie et cessez de dénigrer le créole qui est une langue
pas_dupe | 29/12/2011 - 00:19 :
Le scandale oui je dis bien le scandale vient surtout du fait qu'il ait défié un élu de la région en répétant à 2 reprises "sé lé ou lé kan ou lé" d'homme à homme..., persistant et signant par un virulent "sé pa an sèl manman ka fè yich méchan". C'est de l'incitation médiatique à la violence (et ce n'est pas la première fois qu'il use de sa médiatisation pour ce genre de propos violent). Ce n'est tout simplement pas l'exemple que l'on est en droit d'attendre d'un élu et encore moins d'un président de région!!! Mais bon un "tam-tam en appellant un autre...le but inavoué de cet article ne fait pas de doute!!! Les avis sont partagés et que vive la démocratie!
jedi | 29/12/2011 - 01:41 :
-c'est un voyou un point c'est tout -les esprits chagrins doivent se faire une raison,ils pensaient avoir à faire à quelqu'un de bien mais la réalité explose au grand jour - c'est un voyou point final.
annick | 06/01/2012 - 21:18 :
Il faut une bonne dose de prétention pour venir nous dire que ceux qui ont été ulcérés par la réaction du Président de Région ne font que révéler leur créolophobie. Par contre, celui qui écrit cet article semblerait être le seul à pouvoir faire la part des choses. Ben voyons ! Tout d'abord, le Président de Région semble trouver grâce à vos yeux simplement par le fait qu'il ponctue ses interventions d'expressions créoles. Je vous trouve ici d'une grande naïveté. Il suffirait qu'un préfet vous dise quelques mots en créole pour que vous tombiez dans ses bras. Letchimy est un communiquant. Rien de ce qu'il dit ou de ce qu'il fait n'est du au hasard. Il veut simplement se donner une image d'homme politique moderne (c'est son droit) et ces écarts en créole sont dans l'air du temps et participent de cette stratégie. Pour ce qui me concerne, je ne tombe pas dans le panneau. Le problème n'est pas ici, l'usage du créole, mais la menace exprimée alors, en réponse à une prise de position politique. On n'aurait dû s'attendre à une réponse politique or il n'en a rien été. Par ailleurs, à la différence de toutes les références historiques que vous citez, il ne s'agit pas propos entendus sur des tréteaux électoraux mais d'un réunion plénière de la Région en 2011. Et pour en revenir au créole, je trouve plutôt dommage de cantonner le créole à l'expression de la colère, au "pétage de plombs" et à l'invective.

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