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75 ans de départementalisation : la mémoire courte de ses zélateurs

75 ans de départementalisation : la mémoire courte de ses zélateurs

  Il y a quelques jours, comme chaque année, l'anniversaire de la loi de 1946 qui transforma les quatre "vieilles colonies" de la France (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion) en "Départements d'Outremer" est passée complètement inaperçue. 

 Cette indifférence a suscité une manière d'indignation chez les zélateurs de ce statut parce qu'à les entendre, nous bénéficierions de ses énormes bienfaits sans vouloir l'admettre et lui en être reconnaissants. Faut-il d'abord rappeler à ces esprits chagrins que ledit statut nous fut octroyé, autrement dit qu'il ne résulte pas d'un vote populaire, d'une consultation électorale ou d'un référendum ? En clair, il a été imposé aux peuples des dernières colonies à la fois par leurs élites assimilées d'une part et par l'Etat français de l'autre.
 Mais là n'est pas le plus important. Dans l'argumentation de ces zélateurs revient comme un leitmotiv l'idée que nous devrions tout à la France, à la généreuse Mère-Patrie, dont nous sommes d'ailleurs aujourd'hui dépendants à presque 90%. Cela porte un nom : avoir la mémoire courte. Ou, en termes plus intellectuels, ne pas prendre en compte ce que les historiens appellent "le temps long". De nos jours, un historien ou un analyste politique qui ne prennent pas cette notion en compte sont considérés comme soit des mystificateurs soit des plaisantin. Voire même les deux à la fois.
  Mais que représente "le temps long", se demandera-t-on s'agissant de nos pays ?
 Très simple : c'est celui qui débute en 1635, date à laquelle D'Esnambuc s'empare de la Martinique et de la Guadeloupe et qui arrive jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire en l'an 2021. Autrement dit 386 ans, autant dire presque 4 siècles. Prémonitoirement, l'écrivain et philosophe Edouard Glissant avait d'ailleurs intitulé l'un de ses livres : Le Quatrième siècle. Et donc ne prendre en compte que la période qui va de 1946 à 2001, soit 75 ans seulement, comme le font les zélateurs du statut de 1946, relève de la pure fumisterie ou alors d'une volonté de désinformation. Pourquoi ? Parce que la prise en compte du "temps long" ruine, réduit à néant leur argumentation selon laquelle nous serions redevables à la France et devrions lui en être reconnaissants. Car la réalité fut et est la suivante :
 
   . De 1635 à 1946, soit pendant 311 ans, c'est la France qui a tiré profit des Antilles.
 
   . De 1946 à 2021, soit pendant 75 ans, ce sont les Antilles qui bénéficient de l'aide de la France.
 
  Or, que pèsent 75 ans face à 311 ans ? Autrement dit qui, sur "le temps long", est redevable de qui ? Qui est débiteur de qui ? Car même après l'abolition de l'esclavage en 1848, même après les diverses crises de l'industrie sucrière, la Martinique ne dépendait pas économiquement et financièrement de la France. Le budget du Conseil général, seule collectivité de l'époque, était excédentaire au point qu'en 1918, il vota une aide substantielle à la ville d'Etain, dans le Nord de la France, à moitié détruite par la première guerre mondiale (1914-18). Imagine-t-on aujourd'hui la CTM voter une subvention pour aider tel ou telle ville du sud de la France victime d'inondations ? Avant cela, en 1853, le même Conseil général avait débloqué des aides pour permettre aux planteurs békés d'importer des travailleurs sous contrat de l'Inde (20.000), de la Chine (1.200) et du Congo (9.000) . Certes, de 1848 à 1946, le peuple vécut dans une misère effroyable, bien décrite par Joseph Zobel dans La Rue Cases-Nègres, certes les Békés ne leur donnaient que des salaires indécents (dits "lanmonné-kod" en créole), certes beaucoup de grèves étaient réprimées dans le sang, certes ! Mais il n'en demeure pas moins que l'entité Martinique ne dépendait pas des transferts financiers de la "Métropole". Cela est si vrai que des Békés se montrèrent très réticents, en 1946, à l'adoption de la loi de Départementalisation/Assimilation voulue par les élites "mulâtres". C'est qu'en fait de 1635 à 1945, la Martinique, comme les autres vieilles colonies, avait été...autonome. Et quand on voit le PPM faire toute une histoire autour de son mot d'ordre d'autonomie datant d'un demi-siècle, il y a de quoi sourire. Incapables eux aussi de prendre en compte "le temps long", ils ne savent même pas que la Martinique a été de facto autonome, en tout cas financièrement et économiquement, pendant 310 ans (1635-1945).   
  Pour en revenir à nos chers zélateurs de la Départementalisation, il est temps qu'ils cessent de nous bassiner avec l'aide de Maman la France et blablabla. Pendant 311 ans (1635-1946), c'est la France qui a bénéficié des productions martiniquaises et qui en est donc débitrice, alors que la Martinique n'est redevable de cette même France que depuis 75 ans seulement.
   Pas besoin donc d'avoir un doctorat en arithmétique pour calculer qui doit à qui ?...

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