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22 MAI : CONSTRUIRE UN "RECIT NATIONAL"

22 MAI : CONSTRUIRE UN "RECIT NATIONAL"

  L'histoire ou plus exactement la discipline appelée ainsi n'est pas et n'a jamais été une science exacte car l'être humain n'est pas "mesurable".

 Il n'est, dans ses actions en tout cas, ni un électron ni un composé chimique. D'où la création de l'expression "Sciences humaines" pour qualifier l'histoire, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie etc. Ainsi chaque action ou comportement de sa part peuvent être interprétés de façon différente selon le point de vue duquel on se place. Exemple : en anthropologie, un LEVY-BRUHL a pu qualifier le mode d'agir des peuples dits "primitifs" de "mentalité pré-logique" alors qu'au contraire, un LEVI-STRAUSS y a vu une forme de "Pensée sauvage" (titre de l'un de ses livres) tout à fait respectable.
 Il en va de même des faits historiques et c'est pourquoi chaque peuple construit son propre "récit national", récit qui est toujours un mélange de mythes et de faits avérés. Dans les sociétés dites "sans écriture", les mythes prédominent alors que dans les sociétés avec écriture, ce sont les faits avérés. Mais même dans le cas de ces derniers, on ne peut pas mettre en avant une quelconque objectivité pour la raison qu'un même fait avéré peut être interprété de plusieurs façons. Exemple : quand pendant la Révolution française fut confiée à l'Abbé GREGOIRE (le même qui fut membre du "Comité des Amis des Noirs") la mission d'étudier "les langues et patois de France et les moyens de les éradiquer", un partisan de l'unité du territoire français, un Jacobin, peut y voir une excellente chose tandis qu'un régionaliste, lui, y verra un crime contre sa langue et sa culture. L'éradication des langues de France est donc un fait avéré, mais son interprétation diverge radicalement selon le point de vue des protagonistes. Aucun physicien ne diverge sur le nombre d'électrons ou de neutrons qu'il y a dans tel ou tel atome d'hydrogène ou de fer.
 Tout ceci pour dire que les débats martiniquais visant à savoir si le 22 mai a été une révolution qui a permis l'abolition de l'esclavage ou si, au contraire, ce ne fut qu'un moment au sein d'un processus qui de toute façon aurait abouti à ladite abolition, sont dérisoires. Chercher "la vérité historique" revient à croire que l'histoire est une science exacte. Or, ce qui doit ou devrait nous importer beaucoup plus, c'est la construction de notre propre "récit national", mélange, comme on l'a vu, de mythes (personne ne peut apporter, par exemple, s'agissant de l'histoire de France, la preuve que Jeanne d'Arc fut vierge !) et de faits avérés. C'est ce qu'on fait tous les peuples de la terre depuis que le monde est monde. Ceci dit, dans tout récit national, il y a toujours des dates symboliques qui donnent lieu à des commémorations annuelles. Ces dates sont choisies soit au terme de négociations soit s'imposent parce que ceux qui promeuvent telle ou telle date finissent par les imposer.
 La question n'est donc pas de savoir si c'est vraiment le 22 mai qui a mis bas le système esclavagiste mais bien de repérer dans le cortège de révoltes anti-esclavagistes qui ont ponctué nos trois siècles d'histoire, la date la plus parlante, la plus visible, la plus symbolique. Et force est de constater que c'est le 22 mai qui l'emporte ! 

Commentaires

michel mirgan | 21/05/2020 - 21:02 :
Par deux fois, la virginité de Jeanne fut constatée par des matrones, à Poitiers en mars 1429, mais aussi à Rouen, le 13 janvier 1431. Pierre Cauchon (celui-là même qui la fit brûler) avait ordonné ce deuxième examen pour trouver un chef d'accusation contre elle, en vain.

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