RUE DES SYRIENS, DE RAPHAËL CONFIANT

Véronique Poirson sur blogs.lexpress.fr

samedi 21 juillet 2012
 la rédaction de Montray Kreyol

La Martinique, une terre promise pour de nombreux exilés qui, comme Wadi ou son oncle Bachar, quittent leur pays à la recherche d’une vie moins misérable. Wadi vient du village de Halabiyah en Syrie, touché par une sécheresse qui pousse régulièrement ses habitants à se cotiser pour faire partir leurs meilleurs fils vers un espoir d’existence meilleure.

On suit l’installation et la vie quotidienne de ces déracinés sur la 1ère moitié du XXème, avec la douleur de l’exil, la séparation des leurs, la nostalgie, et puis les enfants qui naissent sur la terre d’adoption, leurs nouvelles racines qui y poussent.

Raphaël Confiant nous rend ô combien attachants les personnages : Wadi et Bachar, ou la belle et généreuse Fanotte, chrétienne le jour et adepte de sorcellerie la nuit, petite fille d’un nègre marron, témoin du temps des chaînes et du fouet. Et Antonin le nègre communiste défenseur du peuple et de la race nègre, ou bien Eugène le métisse lettré et noceur…

La rue des Syriens, où se déroule l’essentiel de l’histoire, c’est la rue François-Arago, colonisée par les Levantins depuis la fin du 19ème : « Porte du Levant en terre d’Amérique. Minuscule brèche qui permettait à ceux, les autochtones, qui l’arpentaient de pénétrer comme par effraction dans cet Orient que la plupart avaient peine à imaginer, et aux autres, les nouveaux venus, de s’immerger dans la frénésie créole, héritière du génocide des Amérindiens, de l’esclavage des Noirs et de l’engagisme des Asiatiques. Nouveau monde dans lequel tous les peuples de la terre, toutes les langues, toutes les religions, tous les imaginaires s’entrechoquent, s’entremêlent, se démêlent, s’enroulent, fusionnent, éclatent en trente-douze mille morceaux qui se recollent en imprévisible mosaïque ».

A travers cette chronique le lecteur découvre un peuple aux origines variées – terres d’Afrique, pays du Levant, Europe – les traditions des uns et des autres, les mélanges et les ostracismes, l’apprentissage de la vie tous ensemble. Il y a un goût de paradis perdu comme en dégagent bien des récits ayant pour cadre l’Afrique du Nord ou le Liban d’avant les guerres, ces récits qui évoquent les moments bénis où Chrétiens, Musulmans et Juifs vivaient en harmonie. Jorge Amado faisait cela admirablement, aussi, avec Bahia de tous les Saints, ville colorée de toutes les déclinaisons du noir au blanc en passant par les bruns, caramel, cannelle…. Et René Depestre qui animait dans notre imaginaire de lecteurs la vie chaleureuse en Haïti.

Pour cela et pour la vivacité de la chronique, le livre de Raphaël Confiant est doux et très plaisant à lire !

Véronique Poirson


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