NOAM CHOMSKY : "L’OCCIDENT N’A PAS INTERET A CE QUE LA DEMOCRATIE S’INSTALLE DANS LES PAYS ARABES"

Publié par Jeremy Audouard

mardi 12 avril 2011

L’intellectuel américain a tenu une conférence à l’Université Libre de Bruxelles, sur le thème " Crise économique, guerre et transformation sociale". Il a apporté son point de vue sur les grands faits de l’actualité internationale, notamment à propos des bouleversements que connaissent les pays arabes.

"La Libye est un punching-ball"

Selon Chomsky, la Libye est un pays qui possède une qualité inestimable : du pétrole. Mais en parallèle, il cultive un sacré défaut : il n’est pas assez obéissant.

Les occidentaux ont soutenu Kadhafi pendant des années. Et ils le feraient même encore aujourd’hui. Par exemple, les États-Unis, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont empêché le Tribunal Pénal International de la Haye de mettre en accusation le Guide de la Révolution, accusé d’atrocités sur des civils. Noam Chomsky évoque même la relative absence des occidentaux et l’agitation française autour d’ une éventuelle intervention. Ça s’agite beaucoup, mais rien ne se passe au final.

Notre intellectuel américain rappelle d’ailleurs que les États-Unis ont bombardé la Lybie en 1986, sans réelles raisons.

Le pays de Kadhafi est donc un punching-ball, sur lequel les occidentaux aime taper sans cesse. Sans réelles conséquences.

De Madison au Caire

Selon Noam Chomsky, le soulèvement égyptien a été poussé par des travailleurs de la ville de Madison (Wisconsin). Ces travailleurs en grève ont envoyé un message de soutiens aux insoumis égyptiens, afin de marquer leur solidarité.

Dans les deux pays, les actions ont pour but de réclamer une démocratie plus "authentique". Mais dans les finalités, on remarque des revendications différents. Au Caire, on se bat pour acquérir des droits fondamentaux. A Madison, on lutte pour ne pas perdre des droits durement acquis.

L’Europe obéit aux USA

Les États-Unis n’ont pas intérêt à ce que l’Europe prenne des décisions de manière indépendante. Et pour cela, ils se servent de l’Otan (une organisation créée à l’origine pour contrer les ambitions soviétiques). En 1989, avec la chute du communisme, l’OTAN perd son principal ennemi. Mais l’organisation ne disparait pas pour autant. Elle continue même de s’étendre.

A partir de cette période, l’OTAN ne fait plus miroiter une menace russe, mais plutôt la crainte d’un nationalisme exacerbé, notamment au Moyen-Orient. C’est d’ailleurs pour cela, qu’aujourd’hui, les troupes de l’OTAN gardent le contrôle des grands accès maritimes utiles aux pétroliers et des oléoducs dans cette zone. Par cela, ils garantissent la toute puissance américaine et gardent une mainmise sur l’Europe.

L’Occident ne veut pas de la démocratie dans les pays arabes

Les pays occidentaux ont peu soutenu les manifestations en Tunisie et en Égypte. Après les révolutions récentes, seuls les noms des personnes en place ont changé. Mais les régimes et les élites dominantes restent les mêmes. Par exemple, l’armée est toujours autant présente en Égypte, ce qui constitue une barrière indéniable pour une accession vers la démocratie.

Chomsky cite un sondage réalisé dans le monde arabe, qui évoque les principales menaces ressenties par les populations. Ce qui en ressort, c’est que les arabes craignent en grande proportion Israël et les États-Unis. Tandis que l’Iran, l’ennemi "officiel", inquiète seulement 10% des personnes interrogées.

Autre point marquant de ce sondage : 80% des égyptiens souhaitent que l’Iran se dote d’armes nucléaires.

A en croire ces études, les perspectives arabes ne sont pas compatibles avec la présence ou les intérêts des États-Unis et de leurs alliés.

Paradoxe : lorsque l’Iran souhaite développer son influence, notamment chez ses voisins irakiens ou afghans, on parle de "déstabilisation". Mais quand les États Unis envahissent ces mêmes zones, on parle de "stabilisation".

Obama, produit de l’année

2008 fût l’année de la plus grande campagne de marketing politique jamais réalisée. Barack Obama en est sorti grand vainqueur, en terme de suffrage comme de marketing. Noam Chomsky note certaines dérives, notamment à cause de l’augmentation des prix des campagnes électorales. Ce recours à de plus en plus de capitaux privés accroit encore davantage le pouvoir des entreprises dans la sphère politique.

L’échec du néo-libéralisme

Les différentes phases de la crise économique prouvent que le néo-libéralisme est en grande partie un échec. La Main Invisible, qui viendrait réguler "naturellement" le libre-échange, telle qu’imaginée par Adam Smith, relève surtout du phantasme. Preuve en est : les dettes grecques, irlandaises, ou encore les bulles immobilières.

Les syndicats, des pouvoirs à la hauteur

Les syndicats constituent la force la plus importante aujourd’hui, selon Chomsky, pour faire face au pouvoir trop fort des grandes entreprises. C’est d’ailleurs parce qu’ils constituent un adversaire de poids que les syndicats sont systématiquement attaqués par le monde des affaires.


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