LE PREFET DASSONVILLE : « UN MAL BOUG EST PARTI », DISENT-ILS…

mardi 26 juin 2007
 Jean-Laurent Alcide

Il y a toujours quelque chose de comique dans le départ d’un Préfet de la Martinique, surtout quand celui-ci s’est démené comme un beau diable pour jouer au Martiniquais, comme l’a fait Yves Dassonville. Les Martiniquais adorent les Métros qui jouent au Martiniquais. Cela les flatte, brosse le peu d’honneur qui leur reste dans le sens du poil et, quand il s’agit du plus haut représentant de l’Etat dans l’île, la reconnaissance se fait encore plus vibrante. Le jour du départ de l’homme à la casquette à liserés dorés, tout ce que notre pays comporte de gens « importants » se presse qui à la Préfecture qui à la Résidence Préfectorale, route de Didier, pour présenter ses hommages au partant. Hommes politiques de Droite et de Gauche, chefs d’entreprise békés et de couleur, journalistes soi-disant nationalistes, pique-assiettes et flatteurs de tous bords, parasites patentés et escrocs de haut vol qu’aucune juridiction n’inquiétera jamais.

M. Dassonville a joué au « yoleur » ou, plus exactement, au barreur de gommier. Il a lancé « Tjenbé red ! » à la fin de ses discours de vœux du Nouvel An. Il a reçu avec petits fours et paroles attentionnées les décideurs martiniquais dans les différents domaines, économique, politique, culturel ou sportif, tout ce beau monde ressortant ravi ou comblé après l’entretien. Avec un tel préfet, tout a semblé aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Du coup, une immense tristesse s’est emparée de nos gens « importants » à l’annonce de la mutation de celui-ci à Paris. Un déluge de discours flatteurs s’est alors abattu sur notre pays, certains qui les tenaient étant quasiment au bord des larmes. Le site-web d’un magazine aux accents nationalistes a même tressé une couronne de lauriers au partant, le qualifiant de mal boug.

Il y aurait de quoi sourire de cette comédie rituelle (puisqu’elle se produit presqu’à l’identique au départ de chaque préfet depuis 1981) si, au regard du devenir de la Martinique, elle n’était tragique. Si elle ne reflétait pas l’état de délabrement avancé de notre supposée intelligentsia et son ralliement, à moitié avoué, au régime départementalo-régionalo-colonial. Car un préfet, aussi amateur de gommier, de crabe-matoutou et de ti punch qu’il soit, peut-il être autre chose que le plus haut représentant d’un Etat qui s’emploie depuis un demi-siècle à vider la Martinique de sa population et à dévitaliser le peu d’économie réellement productive qui nous reste. On comprend pourquoi les seuls Martiniquais que M. Dassonville n’a pas pu séduire furent nos écologistes. Ces derniers, en effet, sont les seuls à poser les vraies questions et à dénoncer les atteintes (irréversibles) à notre environnement insulaire déjà fragile par nature. Deux exemples :

- la question du littoral : on assiste depuis quinze ans à une véritable privatisation du littoral du sud de la Martinique par des non-Martiniquais, notamment aux Anses d’Arlets, à Sainte-Luce, au Diamant ou encore à Trois-Ilets. L’accès aux plages est devenu difficile, parfois même impossible. D’imposantes villas pieds dans l’eau s’avancent quasiment à la lame battante, protégées en plus par des barrières, des grillages, voire des murets. Dernièrement, l’ASSAUPAMAR (Association Pour la Protection de l’Environnement de la Martinique), après avoir adressés moult courriers restés sans réponse aux différentes autorités__et en particulier au Préfet !__ s’est décidé à « débarrer » la plage de Fond Larion, à Sainte-Luce. Les écologistes ont trouvé un peloton de gendarmes face à eux et une semaine plus tard, leurs dirigeants étaient gardés à vue à la gendarmerie de Ducos. Des plaintes ont été portées, en effet, contre eux par les riverains, pourtant en infraction avec la loi sur la libre circulation sur le littoral !!! Qu’a fait le mal boug Dassonville dans ce dossier ? A-t-il cherché à faire respecter la loi ? S’est-il-efforcé d’assurer le libre accès à ce littoral au Martiniquais moyen ? AUCUNEMENT !

- la question du chlordécone : après avoir fait silence sur ce dossier alors que, suite à la publication du livre de L. Boutrin et R. Confiant, « Chronique d’un empoisonnement annoncé », le scandale avait éclaté au grand jour, silence qui dura trois mois, M. Dassonville bénéficia d’une interview de complaisance dans un journal, pourtant « de gauche » ou « nationaliste » de la place, dans laquelle il traita carrément les deux auteurs de… « criminels ». De fossoyeurs de l’économie martiniquais, bref d’affabulateurs ! Pourtant, tout ce que L. Boutrin et R. Confiant racontent dans leur ouvrage est tiré de rapports scientifiques commandités par…les services de l’Etat lui-même. Ce sont les rapports Snégaroff (1977), De Kermarrec (1979) ou encore Ballant-Mestre-Fagot (2002) qui démontrent que les terres, les rivières, les nappes phréatiques et les rivages de la Martinique et de la Guadeloupe ont été très gravement contaminés par un pesticide, le chlordécone, qui est un véritable poison puisqu’il a été interdit aux Etats-Unis et au Canada dès…1976. Ce sont donc les différents ministres français de l’agriculture qui ont, pendant 30 ans, ont signé des AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) du chlordécone et ce sont les préfets de Martinique et de Guadeloupe qui ont fait appliquer ces autorisations. S’il y a donc des criminels, s’il y a des coupables dans cet empoisonnement massif de toute une population, ce ne peuvent en aucun cas être L. Boutrin et R. Confiant, mais bien l’Etat français. Dédouaner ce dernier comme l’a fait le préfet Dassonville n’était rien d’autre qu’une manœuvre lamentable qui aurait dû susciter l’indignation de l’intelligentsia martiniquaise. Mais il y a mieux dans l’indécence : suite à la création de l’ANC (Association Non au Chlordécone), présidée par Georges-Emmanuel Germany, et à l’annonce d’une manifestation de celle-ci, les services préfectoraux se sont empressés de monter de toutes pièces une association-bidon de revendeuses du marché des Floralies (à Fort-de-France), « Machann Foyal », pour la faire défiler dans les rues…deux jours avant la mobilisation de l’ANC. Une délégation de ces marchandes fut reçue en grande pompe par le préfet sous les flashes des photographes et des caméras de télévision. Une mise en scène soigneusement orchestrée qui n’honore pas la profession journalistique martiniquaise. Toujours est-il que le même Dassonville, deux jours plus tard, refusa de recevoir une délégation de l’ANC, les manifestants trouvant la rue conduisant à la préfecture bloquée par un barrage de policiers. Alors, Dassonville, un mal boug ?

Et nous ne parlons même pas de la continuation, sous son règne, de la destruction accélérée de nos terres agricoles, de la bétonisation et de la bitumisation de nos mornes, savanes et autres criques. Il est vrai qu’un promoteur immobilier français, installé en Martinique, M. Schapira, n’a pas craint de déclarer dernièrement au magazine « L’EXPRESS » que « La Martinique a vocation à devenir la maison de retraite de la France. » Déclaration scandaleuse qui n’a suscité aucune réaction de la part de nos décideurs ni de nos intellectuels donneurs de leçons et grands habitués des salons préfectoraux de la Route de Didier.

En fait, ceux qui considèrent que M. Dassonville s’est comporté comme un « mal boug » ne sont, eux, que des « pauv’ boug »…

Jean-Laurent Alcide


Commentaires  (fermé)

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lundi 30 juillet 2007 à 11h59,  algo

Nous Martiniquaises et Martiniquais,où que nous soyons devons entrer en RESISTANCE car cela ne peut plus durer.Certains vont s’agenouiller devant tel prefet soit disant parce qu’il est proche des Martiniquais,alors que ces memes personnes considereront comme envahisseurs leurs compatriotes residant en France (negropolitains qu’ils disent). Il est temps de se reveiller,et la jeunesse martiniquaise doit acquérir une conscience nationale afin d’agir au plus vite.Si cela ne se fait pas,ce sera dramatique...

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