Un livre sur la philospohie créole

DES CONCEPTS POUR PENSER CREOLE

de Aude-Emmanuelle Hoareau

samedi 30 octobre 2010

Nou lé kapab pansé par nou mèm !

Dans son édition du 29 septembre dernier, “Témoignages” a publié un communiqué du Cercle philosophique réunionnais (CPR) montrant notamment l’importance d’un événement culturel et éducatif survenu dans notre pays ces jours-ci. Il s’agit de la publication par une professeure de philosophie d’un livre intitulé : “Des concepts pour penser créole”. Une grande première à La Réunion !

Comme le dit l’association présidée par le sociologue réunionnais Laurent Médéa, « dans son ouvrage, cette docteure en philosophie souligne toutes les richesses de la langue créole réunionnaise et de notre culture ainsi que les avancées de notre identité culturelle ». Le communiqué du CPR ajoute : comme le note dans sa préface Jean-François Samlong, docteur ès lettres et sciences humaines, la démarche de cette philosophe contribue à « développer une culture du compromis, du paradoxe, de la tolérance pour que “larkansialité réunionnaise” jette sa lumière sur notre société, puis sur le monde ».

« Nier un peuple »

Interrogée par Rocaya sur son livre lundi dernier, Aude-Emmanuelle Hoareau a notamment expliqué qu’en y analysant 18 concepts “péi”, elle« montre qu’il y a une pensée créole réunionnaise très riche », qu’« il existe des concepts créoles depuis toujours » et qu’« il est important de valoriser l’identité réunionnaise exemplaire », parce que « le fonds intellectuel créole n’est pas seulement du folklore ». Elle a également déclaré en substance que « nos variétés linguistiques n’empêchent pas l’existence d’une unité conceptuelle réunionnaise » et qu’« il est très important d’enseigner le créole à l’école pour penser en créole, sans que l’on oppose notre langue maternelle au français et aux autres langues du monde ».

Faisant preuve d’une grande pertinence, Rocaya a fortement soutenu la démarche d’Aude-Emmanuelle Hoareau. Elle a encouragé les téléspectateurs de RFO à lire cet ouvrage, à en faire « un livre de chevet », et elle a déclaré : « Nier cette réalité culturelle réunionnaise c’est nier un peuple ».

Kisa i komann La Rénion ?

Comment, à partir de là, ne pas réfléchir à tous les effets quotidiens de ce “négationnisme” et de cette non-reconnaissance du peuple réunionnais évoqués par la responsable culturelle de RFO ? En effet, lorsque nous analysons et combattons les graves injustices qui frappent ce peuple, sommes-nous tous suffisamment conscients de la gravité de ces problèmes, de leurs conséquences mais aussi et surtout de leurs causes fondamentales ? À savoir : le fait que les Réunionnais ne sont pas des décideurs libres et responsables d’un modèle de développement durable de leur pays à mettre en œuvre. Kisa i komann La Rénion ?

Le pouvoir parisien, ses relais et ses collaborateurs dans l’île sont au service d’un système socio-économique non respectueux de l’intérêt commun des Réunionnais et notamment des plus pauvres. Ils privilégient les profits de la minorité nantie et sur-rémunérée, dans le cadre d’un partage inégal des richesses disponibles. Et pour appliquer ce système, ils bourrent aujourd’hui les crânes de la population, comme dans les années 50–70 ils bourraient les urnes. C’est le rôle de leurs médias : tromper, conditionner, formater, manipuler, divertir et diviser les Réunionnais.

Alon prépar nout zénèss prann son péi an min

Face à ce bourrage de crâne mené par la propagande néo-coloniale, il est important de valoriser les atouts des nouvelles générations qui prennent le relai des luttes de libération du pays. Des publications comme le livre d’Aude-Emmanuelle Hoareau, des événements comme la réussite du dernier Salon du Livre de Jeunesse de l’océan Indien au Port, la place des jeunes dans les mouvements sociaux contre la réforme des retraites, contre le racisme, pour le droit à la formation et à l’emploi : voilà des illustrations de ces atouts. On voit de mieux en mieux que nou lé kapab pansé par nou mèm !

Il est de plus en plus clair que la politique décidée et menée par les dominants et par les assimilés nous conduit à une impasse très dangereuse. C’est pourquoi la jeunesse réunionnaise doit se préparer à diriger elle-même son pays de façon libre, démocratique et solidaire, en partenariat avec l’État, l’Union européenne et les pays voisins. La classe politique, le système administratif et le monde médiatique doivent soutenir ce projet.

Comme dit le CPR dans son communiqué, on ne se battra jamais assez pour montrer « l’importance de penser et agir ensemble en Réunionnais pour le bien commun des Réunionnais ». Dans cet esprit, alon fé lo maximom pou prépar nout zénèss prann son péi an min.

PHOTO : Aude-Emmanuelle Hoareau, docteure en philosophie, auteure du livre “Des concepts pour penser créole”, : « Il est très important d’enseigner le créole à l’école pour penser en créole ».

Roger Orlu in Témoignages


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