QU’ON EN FINISSE AVEC LES ROM...!

dimanche 10 octobre 2010
 la rédaction de Montray Kreyol

« Voici le pays qui a inventé l'idée de progrès, qui a crié un jour à la face du monde : "le bonheur est une idée neuve", le pays qui le premier a dit à l'Homme : "tu as des droits imprescriptibles", le pays qui a passé avec la liberté du monde un pacte multiséculaire, le pays qui si souvent a été à l'avant-garde de la civilisation, (...), cette conviction que le destin l'avait créé pour accomplir de grandes choses et pour éclairer l'humanité ».

Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa (1)
Chef de l'État français

Congrès de l'UMP, 14 janvier 2007

Qu'est-ce qu'un Rom ? Puisqu'il faut que je me répète !

Le premier Congrès international des Rom (Londres, 1971) a revendiqué le droit légitime de ce peuple à être reconnu et officialisa la dénomination « Rom ».
Le terme de « Rom » est adopté par l'Union romani internationale (IRU) et est utilisé par les ethnologues.

Beaucoup de Rom se désignent par les noms rom (masculin), romni (féminin), roma (masculin pluriel), romnia (féminin pluriel) qui signifient « hommes et femmes mariés et parents faisant partie d'un groupe de voyageurs, Gitans ou Tsiganes », par opposition à gadjo (masculin), gadji (féminin) et gadjé (masculin pluriel), qui désignent tous les individus étrangers à la population rom. Les Gitans de la péninsule ibérique disent payo (masculin), paya (féminin), payos (masculin pluriel) à la place de gadjo, gadgi et gadjé, que les Gitans français désignent aussi avec les mots paysan et paysanne.

Des journalistes de The Economist ont obtenu une brochure au pavillon « rom » de la Biennale de Venise 2007 qui excluait de ce terme « les Sintis, les Romungrés, les Gitans, les Manouches, etc. ». Ces différents termes, lorsqu'ils sont entendus dans leur sens étroit de sous-groupes qui s'excluent les uns des autres, posent des problèmes non résolus par les ethnologues. Cette notion de rom au sens restreint est également celle utilisée par le site internet de Larousse.

Il existe d'autres termes pour désigner les Rom, selon les époques et les pays :

  • Romanichel, qui pourrait venir des racines sanskrites Romano Chavo. Si la racine Rom rappelle un référencement au personnage mythique Râma en tant que Dieu (Vishnu) incarné en Homme, la racine Chavo dériverait de la racine sanskrite sava signifiant « jeune homme » ou « fils »: Romano Chavo peut se traduire ainsi par « enfant de Râm » ou « Fils de Râm ».
  • Manouches, qui est proche de manushya, qui signifie homme, être humain en sanskrit et en hindi, et qui vient du romani mnouche signifiant aussi « homme ».

 

  • Égyptiens, terme d'origine médiévale ; dans le français du XVIIe siècle, ce terme rappelle une ancienne légende selon laquelle les Rom seraient venus d'Égypte (Aigyptos : Αιγύπτοs en grec). Par exemple, Esméralda, dans Notre-Dame de Paris, est surnommée « L'Égyptienne ».
  • Gitans, de l'espagnol gitano, qui lui-même est une déformation d’egyptiano, égyptien.
  • Tsiganes ou Tziganes est un terme qui apparaît dans la langue française au début du XIXe siècle, probablement par calque du mot russe tsigan', lequel provient, via l'ancien russe et le bulgare du mot grec byzantin Atsinganos, qui est la prononciation populaire de Athinganos : « qui ne touche pas » ou « qui ne veut pas être touché », littéralement les « intouchables ». Ce mot désigne une secte de manichéens venus des Lycaonie et Phrygie byzantines  : l'élite de l'Église manichéenne, en effet ne touchant en aucun cas de la viande, du sang, et du vin . Le terme de « Tsigane » est réapparu en France après la Seconde Guerre mondiale, car il était utilisé par les nazis. En décembre 2008 des associations se regroupent dans l'« l'Union française des associations tsiganes », ce qui permet au terme « tsigane » de conserver une légitimité sociologique et politique.

 

Bohémiens est utilisé à partir du XVe siècle siècle. Plusieurs auteurs rapprochent cette appellation des lettres de protection de Sigismond, empereur du Saint-Empire, roi de Hongrie et de Bohème dont se recommandent des groupes signalés à Deventer, Bruxelles, Châtillon-sur-Chalaronne et Mâcon autour des années 1420. C'est le terme le plus couramment employé en France du XVIe au XVIIIe siècle, et son usage décline au XIXe siècle lorsqu'apparaît le terme « tsigane » dans les milieux savants et à mesure que les pouvoirs publics qui ont officialisé le terme « nomade » en 1848 dans le contexte de la colonisation algérienne, l'appliquent aux familles mobiles en métropole. Le terme Boumians que l'on rencontre parfois, est une forme occitane de Bohémiens.

Voilà, un peu résumé, ce que représente la communauté des Rom, si diversifiée, si multiforme, si complexe aussi.

Les Gitans par Mano Solo.

 

Si l'on s'en tient seulement au XX ème siècle, car l'histoire des Rom est faite de migrations diverses, au cours des siècles antérieurs, voici quel fut leur sort au cours de ce siècle de progrès.

Au XXe siècle, les grandes vagues de migration cessèrent au moment de la Première Guerre mondiale.

C’est, paradoxalement, la première moitié du XXe siècle, époque de libéralisation dans toute l’Europe, qui fut la plus dure pour les « gens du voyage ». En France, une loi sur « l’exercice des professions ambulantes et la circulation des nomades » les oblige pour la première fois, en 1912, à se munir d’un « carnet anthropométrique d’identité » qui doit être tamponné à chaque déplacement. Marcel Waline dira en 1950 à propos de cette loi, en vigueur jusqu'en 1969, qu'elle constitue « un cas probablement unique dans le droit français (...) de législation appliquant à une certaine catégorie de gens, les nomades, un régime d'exception, rejetant cette catégorie hors du droit commun, et adoptant, pour opérer cette discrimination, un critère fondé sur un élément racial ». Ce contrôle administratif et de police existe toujours avec le Livret de circulation.

La répression du nomadisme se conjugue avec le succès des théories eugénistes sur la « protection de la race » dans les milieux scientifiques. La Suisse et la Suède -pour citer deux démocraties considérées comme exemplaires- mettent en place une législation qui vise à détruire la culture tzigane, avec l'assentiment ou l'approbation d'une majorité de la société. En Suisse, le département fédéral de justice et police planifie en 1930 l’enlèvement des enfants sur dix ans. La fondation Pro-Juventute a déjà mis en application en 1926 l'opération « Les Enfants de la Grand-Route ». Celle-ci enlève de force les enfants des Jenische (Tsiganes de Suisse) pour les placer et les rééduquer dans des familles d'accueil sédentaires, des orphelinats voire des asiles psychiatriques en tant que « dégénérés ». Le docteur Alfred Siegfried, directeur des Enfants de la Grand-Route considère en effet les Jenische comme génétiquement menteurs et voleurs. Non seulement les parents biologiques sont interdits de rencontrer leurs enfants (sous peine de prison) mais des stérilisations sont pratiquées sous prétexte « humanitaire » pour limiter leur reproduction. Cette opération ne prend fin en Suisse qu'en 1972. La Suède pratique une politique similaire jusqu'en 1975.

Le Porajmos :

En Allemagne, le Parti national-socialiste renforce, dès son arrivée au pouvoir, une législation déjà assez dure ; bien qu’Indo-européens, les Zigeuner ne sont pas considérés comme des Aryens mais, au contraire, comme un mélange de races inférieures ou, au mieux, comme des asociaux. Ils sont vite parqués dans des réserves (on envisage d’en classer une tribu comme échantillon, mais le projet est abandonné), puis envoyés en Pologne, et enfin internés dans des camps de concentration sur ordre d’Himmler, puis éliminés dans des camps d'extermination.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 50 000 et 80 000 Tsiganes d'Europe sont morts des suites des persécutions nazies[77]. Le terme tsigane le plus courant pour désigner ce génocide est Porrajmos, qui signifie littéralement « dévoration ». Les Tsiganes ont aussi participé à la résistance armée en France, en Yougoslavie, en Roumanie, en Pologne et en URSS.

D'autres massacres ont pris une forme particulièrement cruelle dans cette période de chaos : ainsi, en Roumanie, le régime d'Antonescu déporte plus de 5000 Rom vers l'Ukraine occupée par les Roumains (« Transnistrie ») : la plupart meurent de froid, de faim et de dysenterie. Quelques habitants courageux parviennent à protéger certains groupes. Le gouvernement roumain a officiellement reconnu ce génocide (en même temps que la Shoah) en 2005.

Les camps d'internement de « nomades » en France :

Durant la Première Guerre mondiale, tandis que les tsiganes alsaciens-lorrains de nationalité allemande sont internés en tant que civils ennemis, ceux de nationalité française qui circulent dans les zones de combat sont arrêtés sous divers motifs et internés au camp de Crest, de 1915 à 1919.

Lorsque se déclenche la Seconde Guerre mondiale, la France n'attend pas l'occupation allemande pour prendre des mesures privatives de liberté à l'encontre des « nomades ». Le 16 septembre 1939, le préfet d'Indre-et-Loire les déclare « indésirables » dans le département et ordonne à la gendarmerie qu'ils « soient refoulés de brigade en brigade dans un autre département ». Le 22 octobre 1939, le général Vary, commandant de la 9e Région militaire, ajoute une interdiction de séjour dans le Maine-et-Loire et une interdiction de circuler dans les deux départements précités ainsi que dans la Vienne, les Deux-Sèvres, la Haute-Vienne, la Charente, la Dordogne et la Corrèze, précisant quelques jours plus tard que la mesure s'applique également aux « forains ».

Un décret-loi du 6 avril 1940 prohibe la circulation des nomades sur l'ensemble du territoire métropolitain pour la durée de la guerre et impose l'assignation à résidence. Pour autant, les autorités se montrent réticentes à imposer l'internement à cause de la menace de reconstitution de bandes à l'intérieur des camps et pour ne pas imposer de charges trop lourdes à l'État. Ces réticentes sont toujours de mise sous le régime de Vichy : seuls deux camps, le camp de Lannemezan et le camp de Saliers sont consacrés exclusivement à l'internement de « nomades » en zone sud.

En zone nord les Allemands sont à l'origine de l'internement des nomades. Selon la thèse de l'historien Denis Peschanski publiée en 2002 et qui confirme son estimation de 1994, le nombre des Tsiganes internés une ou plusieurs fois entre 1940 et 1946 s'élève à 3000. D'autres chiffres ont été cités: Marie-Christine Hubert a cité en 1999 un minimum de 4657 en zone occupée et 1404 en zone libre, en précisant que 90% sont de nationalité française, et que 30 à 40% sont des enfants. Ce chiffre de 6000 a été repris en 2010, par le secrétaire d'État aux anciens combattants Hubert Falco.
L'ordonnance du Militärbefehlshaber in Frankreich du 4 octobre 1940 exige que « les Tsiganes se trouvant en zone occupée doivent être transférés dans des camps d’internement, surveillés par des policiers français ». Les autorités françaises y répondent dans un premier temps en créant de petits camps plus ou moins organisés ou improvisés où les « nomades » sont soumis à un régime d'assignation à résidence assez dans l'esprit de la circulaire du 26 avril 1940 aux préfets : autorisation de quitter le camp le jour pour trouver des moyens de subsistance, à condition de regagner le camp le soir, à l'instar du camp de la rue Le Guen de Kérangal à Rennes. Le régime se durcit progressivement. Il n'y a pas de barbelés ni de mirador au camp établi jusqu'en décembre 1940 par le département des Deux-Sèvres dans les ruines du château de Châtillon à Boussais, ce qui n'est plus le cas au camp de Poitiers où les « nomades » de Boussais sont ensuite transférés.

Le règlement du camp de Coudrecieux rédigé en août 1941 précise qu'aucune permission n'est accordée aux internés, tout en permettant des sorties encadrées par les gendarmes. Dans son étude sur Arc-et-Senans, Alain Gagnieux distingue la période « camp de rassemblement » de septembre 1941 à mai 1942 et la période « camp d'internement » de mai 1942 à septembre 1943 lorsque les autorisations de sortie furent exclues.

Les conditions de vie au camp de Moisdon-la-Rivière sont décrites le 8 décembre 1941 par l'assistante sociale principale : à l'exception de quelques familles, « toutes les autres sont parquées comme des bêtes dans deux grands baraquements de bois repoussants de saleté où jamais ne pénètrent ni le soleil ni l'air ». En mai 1942, les instituteurs du camp de Mulsanne obtiennent du directeur d'une scierie voisine « l'autorisation de collecter les écorces et brindilles qui couvrent les sapinières (...) [qui] seraient collectées par les enfants au cours de promenades surveillées et destinées à la cuisson du lait des bébés du camp, aucun moyen de chauffage n'ayant été prévu jusqu'à présent ».

Les déportations :

Il n'y aura que peu de déportations vers l'Allemagne. Il s'agit d'une part, de 66 hommes adultes en provenance du camp de Poitiers qui quittent le camp de Compiègne le 23 janvier 1943 pour être déportés à Oranienburg-Sachsenhausen et d'un second groupe de 25 hommes adultes du camp de Poitiers déportés au cours de la même année vers Buchenwald. Emmanuel Filhol cite le cas d'un déporté de Sachsenhausen qui rentre de déportation en août 1945 et se voit à nouveau assigné à résidence sous le coup du décret du 6 avril 1940 que les gendarmes continuent d'appliquer jusqu'à juin 1946. En 1995, le quotidien Centre-Presse publie le récit d'un survivant de Buchenwald qui témoigne du « froid et de la faim, des coups, du travail harassant dans les galeries souterraines » qui causèrent la mort de son père et 9 membres de sa famille.

D'autre part, il s'agit de personnes du Nord-Pas-de-Calais rattaché par l'occupant à la Belgique qui furent arrêtées fin 1943 à la suite de l'ordre d'Himmler d'arrêter tous les Tsiganes de Belgique et du Nord-Pas-de-Calais, puis internées au camp de Malines et qui sont déportées vers Auschwitz le 15 janvier 1944. Seules 12 personnes belges ou françaises ont survécu sur les 351 convoyées de Malines à Auschwitz. Parmi les 351 personnes, au moins 145 étaient françaises, au moins 121 étaient belges, et 107 étaient des enfants de moins de 16 ans.

Il existe également quelques cas connus, non exhaustifs, de gitans français déportés en tant que résistants.

La fin des camps :

Les derniers internés au camp de Jargeau ne le quitteront qu’en décembre 1945, alors que les déportés survivants sont rentrés d’Allemagne depuis le printemps. Le dernier camp à fermer est le camp des Alliers à Angoulême, qui fonctionne jusqu'au 1er juin 1946. À la sortie, les familles libérées ne retrouvent pas les roulottes et chevaux qu'elles possédaient et ne reçoivent aucune aide ou indemnisation. Certaines se réfugient dans la grotte des Eaux-Claires à Ma Campagne.

Toutefois, un petit nombre de personnes ont obtenu le statut d'« interné politique » longtemps après la guerre.

L'après-guerre :

Le génocide a violemment marqué les consciences et, s’il faut attendre 1969 pour qu’une loi plus libérale remplace en France la loi de 1912, cela se fait sans opposition, ceux qui sont peu favorables aux Tsiganes craignant d'être assimilés aux promoteurs du racisme sous l'occupation allemande.

Le « Comité international tsigane » créé en 1967, réunit à Londres en 1971 le premier « Congrès mondial tsigane », durant lequel des délégués de 14 pays décident de recommander l'utilisation du terme « Rom ». Le Congrès mondial rom réuni à Genève en 1978 crée l'Union romani internationale qui a un statut consultatif à l'ONU.

Les dernières décennies sont marquées par une conversion massive de la communauté au protestantisme évangélique. En France, 100 000 adultes au moins rejoignent l'association cultuelle Vie et Lumière fondée en 1953 et membre de la Fédération protestante de France.

Mémoire :

En 1985, une stèle est érigée au camp d'Internement de la Route de Limoges à Poitiers, qui mentionne la présence des Tsiganes dans ce camp, avec des Juifs et des résistants.

En 1988, une modeste stèle commémorative est érigée sur le site d'internement de Montreuil-Bellay. Les vestiges de ce camp font l'objet d'une inscription aux Monuments historiques le 8 juillet 2010.

Des stèles furent également érigées au Camp de Jargeau en 1991, à Laval (mémoire des camps de Grez-en-Bouère et Montsûrs) en 1993, à Arc-et-Senans en 1999, au camp de Linas-Montlhéry en 2004, à Angoulême (camp des Alliers), Lannemezan et Arles (camp de Saliers) en 2006, à Avrillé-les-Ponceaux (camp de La Morellerie) et Barenton en 2008.

Le film Liberté de Tony Gatlif, qui a pour thème les politiques anti-tsiganes en France sous le régime de Vichy, paraît en 2010.

Situation des Rom en Europe depuis 1990 :

Beaucoup de Rom continuent à vivre selon leur mode de vie nomade, en voyageant en roulottes ou en caravanes, mais souvent en Europe orientale, ils vivent en communautés marginales au taux de chômage élevé. Quelquefois ils ont prospéré, par exemple chez les Căldăraşi (Caldéraches) de Roumanie, qui travaillent traditionnellement le cuivre.

Le niveau d'intégration des Rom dans la société est variable, et certainement plus important que les statistiques ne peuvent l'exprimer, les statistiques roumaines ne reconnaissent qu'un demi-million de Rom, alors qu'eux-mêmes estiment leur nombre entre 0,5 et 2,5 millions.

Dans certains pays comme la Slovaquie ou la Roumanie, où il est possible de constituer des partis ethniques, les Rom ont constitué des partis et ont au Parlement des représentants en tant que tels (ce qui ne les empêche nullement d'être présents sur d'autres listes). Toutefois leur entrée en politique n'est pas sans risques. Dans ces deux pays, les partis conservateurs (ex-communistes) cherchant à retarder l'intégration en Union européenne, leur ont distribué dans les anciens kolkhozes des terres qui étaient revendiquées par leurs anciens propriétaires, les agriculteurs locaux spoliés par la collectivisation. Les partis rénovateurs pro-européens, favorables à la restitution, soutenaient ces agriculteurs contre les Rom, ce qui a conduit à des désordres civils dans quelques villages. Suite à ces manipulations, la plupart des leaders politiques Rom se sont détachés des conservateurs (communistes) et rapprochés des rénovateurs (libéraux). Ainsi, en juin 2004, Lívia Járóka devint le premier membre rom hongrois du parlement européen (elle avait été précédée d'un seul auparavant : Juan de Dios Ramirez-Heredia, d'Espagne). Depuis lors, deux autres Rom y ont été élus, l'un sur la liste ADLE : Mme Viktória Mohácsi (Hongrie), l'autre sur celle du parti roumain libéral.

Sept États de l'ancien bloc communiste ont lancé l'initiative Décennie de l'intégration des Rom en 2005, pour améliorer les conditions socio-économiques et le statut de la minorité rom. En septembre 2008, les deux députées au Parlement européen d’origine rom, MMme Lívia Járóka et Viktória Mohácsi, ont réussi à faire voter cette initiative au niveau de toute l'Union européenne.

Voilà, un peu longuement, un siècle d'histoire joyeuse des Rom, aux appellations multiples, un siècle de mépris, d'humiliation, de honte et d'indignité. S'agit-il d'êtres humains finalement ces Rom ? Probablement pas ! Des sous-hommes, des parias, des pestiférés, des chiens galeux, des chiens errants, plus justement.

Qu'en est-il aujourd'hui en Europe ?

Italie, Royaume Uni, Roumanie et Bulgarie

En mai 2008, en Italie, près de Naples, des camps Rom ont été brûlés.

Au Royaume-Uni, les travellers (voyageurs, en référence à la fois aux Irish Travellers et aux Rom) sont devenus en 2005 un enjeu électoral, quand le chef du Parti conservateur promit de réviser l'Acte des droits de l'Homme de 1998. Cette loi, qui englobe la Convention européenne sur les droits de l'Homme dans la législation du Royaume-Uni, est considérée par beaucoup comme permettant de garantir le droit rétrospectif de planification. Les pressions importantes de la population avaient conduit les travellers à acheter des terres, et à s'établir en contournant ainsi les restrictions de planification imposées sur les autres membres locaux de la communauté.

En Roumanie et Bulgarie dans les années 1990-2000, la terre arable a souvent été un enjeu dans ces conflits, dont les Rom furent les « pions ». Lorsque les paysans ont réclamé la restitution de leurs terres aux ex-communistes (anciens directeurs de kolkhozes), ces derniers ont placé des ouvriers agricoles, souvent Rom, sur ces terres, pour ne pas les rendre (la loi protégeant les cultivateurs occupant le terroir, contre les revendications de propriétaires antérieurs). Ils ont même offert à ces Rom de quoi construire des maisons (selon la loi de l'époque, une construction rendait la parcelle définitivement incessible). Exaspérés, les paysans ont, ici ou là, expulsé les Rom manu militari et brûlé leurs maisons. Avec l'entrée de ces pays dans l'Union européenne, un système de compensation pourrait mettre fin à ces conflits.

Inutile de faire le tour de l'Europe …

Et la France (2007-2010 )

L'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne, le 1er janvier 2007, a facilité la circulation des Rom roumains, ceux-ci n'ayant plus besoin de visa pour entrer en France. Les éloignements de Rom sont passés de 2 000 en 2003 à environ 8 000 en 2008.

Cependant, jusqu'en 2014, les ressortissants de la Bulgarie et de la Roumanie ne sont pas totalement bénéficiaires du principe de libre circulation européen et ont besoin d'un titre de séjour et d'une autorisation de travail. De plus, la directive communautaire de 2004 sur la libre circulation des ressortissants de l'UE n'a pas été totalement transposée en droit français, notamment ses dispositions relatives aux garanties accordées aux personnes expulsées.
Depuis 2007, le nombre de reconduites a la frontière de Rom roumains en France se situe entre 8 000 et 9 000 par an, représentant environ 30 % des objectifs chiffrés de reconduite à la frontière. Ces retours volontaires sont assortis de primes de 300 € par adulte et 100 € par enfant et de la prise en charge du billet d'avion.

8 030 Roumains et Bulgares en situation irrégulière ont été reconduits par la France dans leur pays d'origine entre le 1er janvier et le 25 août 2010. Selon le ministre Éric Besson, 1291 l'ont été de manière contrainte, et 6739 de manière volontaire, au moyen de 27 vols « spécialement affrétés ».

Fin juillet 2010, le président Nicolas Sarkozy décide, à la suite de deux faits divers impliquant des membres français de la communauté des gens du voyage, de l'organisation de retours massifs de Rom en Roumanie, déclenchant une vaste polémique.

Une circulaire du ministère de l'Intérieur diffusée le 5 août 2010 demande aux préfets de faire évacuer « 300 campements ou implantations illicites d'ici trois mois, en priorité ceux des Rom », et d'engager une « démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Rom ». D'après certains experts, cette circulaire pourrait contrevenir aux principes de non-discrimination, de libre circulation des personnes et de leur droit de séjour garantis par les traités européens et détaillés par la directive de 2004 (38/2004). Elle serait possiblement contraire à la Convention européenne des droits de l'homme qui interdit les discriminations fondées sur la nationalité, la race ou l'appartenance ethnique.

Le 22 août 2010, le Pape Benoît XVI exhorte les pèlerins à savoir « accueillir les légitimes diversités humaines », ce qui a été interprété par certaines personnes comme une critique de l'action menée par les autorités françaises contre les Rom. Le 27 août 2010, le Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CERD) de l'ONU demande à la France de « garantir l'accès des Rom à l'éducation, à la santé, au logement et autres infrastructures temporaires dans le respect du principe d'égalité » et se demande pourquoi elle n'a « toujours pas mis à la disposition des gens du voyage le nombre nécessaire d'aires d'accueil conformément à la loi du 5 juillet 2000 dite loi Besson ». Le coût annuel de la reconduite des Rom pour le budget de la France est estimé entre 200 et 250 millions d'euros (selon les chiffres du Sénat français).

Le 9 septembre 2010, le Parlement européen adopte une résolution dans laquelle il presse la France de « suspendre sur le champ » les expulsions de Rom. Le texte, déposé par les groupes S&D, ALDE, Verts/ALE et GUE/NGL, demande à la France et aux autres États membres de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Rom ». Les députés prétendent également que le relevé des empreintes digitales des Rom expulsés est illégal et contraire à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Le 14 septembre 2010, Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, fait part de son « intention de lancer deux procédures d'infraction contre la politique de la France à l'égard des Rom ». Viviane Reding,  est une femme politique luxembourgeoise. Elle est membre de la Commission européenne depuis 1999, aujourd'hui chargée de la Justice. Viviane Reding a donné, le même jour, un entretien à la RTBF, la radio-télévision francophone. Elle a prononcé la phrase suivante : « nous avons de sinistre mémoire les déportations pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors recommencer cela, ce serait la fin de l’Europe. Je dis non et en tant que gardienne des traités, je m’y oppose ! ». Si tous les leaders de la Commission européenne ou chefs d'État se sont désolidarisés de ces propos quelque peu exagérés, il n'en demeure pas moins, que la France a dû essuyer, une salve de critiques au plus haut niveau européen, plus ou moins fermes, plus ou moins feutrées dans l'indifférence honteuse et  indigne du chef de l'État français quand ce ne fut pas de l'irritation voire du mépris pour ses homologues ou pour les instances européennes.

Dans la moiteur de cette fin du mois de juillet 2010, période souvent indolente, insouciante, Nicolas Sarkozy, décide donc, avec la complicité de ses deux rottweilers Brice Hortefeux et Éric Besson, de lancer une offensive contre la communauté la plus précaire, la plus vulnérable de notre pays. Il s'agit de détruire les campements « des gens du voyage » et d'expulser manu militari la population Rom vers ses supposées terres d'origine la Roumanie et la Bulgarie. Élégant ! Les arguments sont si pitoyables que je ne les citerai pas. Nicolas Sarkozy, dont on sait le dédain de l'argent, a poussé l'abjection à stigmatiser ceux qui roulent dans des voitures de luxe et dorment dans des caravanes de valeur. Quel est l'objectif  ? L'expression a été lâchée : « fabriquer de bons Français ». Avec un corollaire non-dit : « virer les mauvais Français ». Cela laisse sans voix ! Quand on connait l'histoire de France, invasions, annexions, dépeçage, rapiéçage, quand on sait le cosmopolitisme qui a créé la Nation française, on a déjà des doutes sur l'uniformité ethnique des Français. Mais qu'est- ce qu'un « bon Français » ? Je ne veux même pas chercher à répondre à cette question, tant elle est stupide, incongrue, tant elle dissimule des critères spécieux qui émaneraient d'un État fasciste et qui seraient donc imposés par quelque mythomane hargneux. Une telle intention, une telle volonté dénotent de la part de ceux qui la professent, une prétention, une vanité, une suffisance sans borne, simplement et proprement abjecte ! La France, mon pays, est en train de devenir un pays honteux, aux yeux du monde entier, et cette honte, je suis contraint de la porter en moi.

Le titre de ce texte est : « Qu'on en finisse avec les Rom ... ! » Oui, il faut bien commencer par quelque chose. On verra ensuite par quoi continuer. J'ai quelques solutions plus radicales qu'une reconduite aux frontières surtout lorsqu'on sait que quelques semaines plus tard, ils seront à nouveau sur les routes et de retour en France. J'ai cependant quelques scrupules à les proposer car on pourrait me reprocher un certain mauvais goût. Mais enfin, il doit bien rester quelques stocks de Zyklon B, insecticide qui a fait ses preuves …! Bon, passons.

J'ai connu des Rom, dans un cadre associatif très lié au MRAP. J'ai été chargé de leur apprendre quelques mots de français, ignorant tout de leur langue, donc sans grand résultat. Mais d'autres ne ménageaient pas leur peine pour leur trouver logement, nourriture, vêtements, travail sans parler des infinies démarches auprès de la Préfecture pour que leur soit accordé un droit d'asile. Les familles Rom sont assez complexes et fermées, obéissent à leurs propres lois. Leur mode de vie peuvent nous échapper. Comme leurs mœurs sont parfois sujettes à caution. Il n'est pas rare qu'un oncle, voire un père engrosse sa nièce ou sa fille de 13 ans. Et leur intégration est très difficile, aléatoire, peut-être impossible.

Pourtant ce sont des êtres humains. Si, si, j'en atteste ! Ceux que j'ai connus étaient lointains, perdus, certes, mais dignes.

Si certains ont de petits métiers dans la récupération, il m'a semblé que leur véritable profession soit la mendicité. Malgré tous les efforts pour leur épargner la rue, pour envoyer les enfants à l'école, etc, on  retrouvait femmes et enfants, assis sur un trottoir, par tous les temps, tendant la main des heures durant. Et pourquoi pas ? Mendiants ! Alors pour conclure, je vous donne à lire ce poème de Victor Hugo et à méditer le dernier vers.

 

Le mendiant

 

Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.
Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant
Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas
De la montée, et rêve, attendant, solitaire,
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.
je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre ,
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu.
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,
Étalé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations.

(recueil : les contemplations)

NDLR (1):
Nicolas Sarkozy est de père hongrois. Littéralement, le nom hongrois de son père, né le 5 mai 1928 à Budapest, issu par son père d'une famille de la petite noblesse hongroise anoblie le 10 septembre 1628 par l'empereur Ferdinand II de Habsbourg, était donc nagybócsai Sárközy Pál Istvan Ernő. En effet, son ancêtre, un paysan qui s'est battu contre les Turcs, n'a pas réellement reçu de titre de noblesse, mais le droit de faire précéder son nom de celui de son village d'origine ainsi que d'utiliser des armoiries. Après diverses pérégrinations à travers l'Europe, à partir de 1944, Pál Sárközy, dont le niveau de vie était bien plus modeste qu'il ne l'a indiqué, rencontre un recruteur de la Légion étrangère à Baden-Baden. Il s'engage pour cinq ans et fait ses classes en Algérie à Sidi-Bel-Abbès. Il est cependant déclaré inapte au départ pour l'Indochine, puis démobilisé à Marseille en 1948. Il francise alors son nom en Pal Sarközy de Nagy-Bocsa.

Sa mère Andrée Mallah, née à Paris (9e) le 12 octobre 1925, est la fille de Bénédict Mallah, né Aaron « Beniko » Mallah (Salonique, 1890) et de Adèle Bouvier. Le père de Aaron est joaillier, son oncle Moshé est rabbin et édite le journal grec El Avenir, enfin, deux de ses cousins sont sénateurs (Asher, qui contribue, en 1912, à établir l’Université du Technion à Haïfa en Israël, et Peppo, premier représentant diplomatique d’Israël en Grèce. La famille Mallah est issue de Juifs séfarades chassés d'Espagne puis installés à Salonique à partir du XVIIe siècle par l'Empire Ottoman.

Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, dit Nicolas Sarkozy est né le 28 janvier 1955. Élève du lycée Chaptal (8e arrondissement), qu'il quitte pour redoubler sa sixième au Cours Saint-Louis de Monceau situé rue de Monceau à Paris, Nicolas Sarkozy obtient un baccalauréat B en 1973. Étudiant à l'université Paris X Nanterre, il y obtient une maîtrise de droit privé en 1978. En 1980, grâce aux études faites à l'université, il décroche aussi un certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA) avec la note de 10/20, ainsi qu'un DEA en sciences politiques obtenu, grâce à un mémoire sur le référendum du 27 avril 1969, lors de la deuxième session. En septembre 1979, il entre à l'Institut d'études politiques de Paris section Pol.Eco.Soc. dont, en 1981, il ne ressort pas diplômé. Selon Catherine Nay, cet échec serait dû à une note éliminatoire en anglais. Il effectue son service militaire en 1978, à la Base aérienne 117 Paris (quartier Balard), dans le 15e arrondissement de Paris, où il appartient au Groupe rapide d'intervention chargé du nettoyage.

Avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy nous entrons, à nouveau, résolument dans le siècle de Péricles ou celui des Lumières. Il en est le précurseur incontestable voire le flamboyant symbole!

 

Photo du logo : français, assurément « bons », qui livrent, à travers le monde, l'image d'une France fraternelle, terre d'accueil, terre d'asile, terre de Liberté ...


Commentaires  (fermé)

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mercredi 20 octobre 2010 à 01h26,  seb

Voilà, et j’en aurai fini avec les Roms de mon côté : les Roms roumains sont reconduits avec 300€ +100/enft d’indemnité. Ils reviennent. Sans commentaire.

Les Roumains, qui les haïssent, s’en lavent les mains et n’aident pas les instances européennes.

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mercredi 20 octobre 2010 à 01h07,  seb

Donc, pour résumer clairement : c’est une coquille vide, des faits choisis et emboités les uns derrière les autres sans aucun sens, si ce n’est celui de la doctrine toute indiquée : expulsion = rafle.

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mercredi 20 octobre 2010 à 00h52,  seb

Donc, pour reprendre un peu l’idée de superman, qu’est-ce qu’on apprend, ou est le savoir ?
A part hitler-pétain-fascisme-racisme-shoah ?

Allez voir ici pour une info saine :
http://www.egaliteetreconciliation....

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mardi 19 octobre 2010 à 23h48,  seb

Ah d’accord là c’est beaucoup plus clair...

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lundi 11 octobre 2010 à 23h35,  MARIE-JEANNESELINOULE

Je vous remercie pour ce cours d’histoire sur les ROM qui nous apprend beaucoup sur les turpitudes de certains hommes !!!.

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lundi 11 octobre 2010 à 07h16,  thierry caille

Mon but n’était pas de fournir la pointe de l’actualité. Je ne suis pas journaliste mais simplement humain et lucide. Reportez vous à la presse pour cela.

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lundi 11 octobre 2010 à 01h45,  seb

Tant de science et on en sait pas plus sur l’actualité. L’allégorie de la caverne je suppose.

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