LE COURAGE DE FRANCIS CAROLE

jeudi 7 juin 2007
 Jean-Laurent Alcide

De tous les candidats aux élections législatives qui se présentent en Martinique, Francis Carole, leader du PALIMA (Parti pour la Libération de la Martinique), par ailleurs conseiller général du canton le plus peuplé non seulement de Fort-de-France, mais aussi de toute la Martinique, est le seul à faire preuve de courage quant au principal problème qui affecte notre pays depuis une décennie : celui du génocide par substitution. Cette expression (créée rappelons-le par un certain…Aimé Césaire à la fin des années 70) est écrite noir sur blanc dans la profession de foi que les électeurs ont reçu des services préfectoraux, parmi celles des autres candidats. Elle figure même en priorité dans les préoccupations du candidat Carole !

On ne peut pas en dire autant du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) dont deux des candidats, Alfred Marie-Jeanne et Daniel-Marie-Sainte, interrogés sur ATV par Patrick Chesneaux sur la question de savoir s’il « existe un génocide par substitution en Martinique », ont carrément botté en touche. Ont fuit la question ! Quelle tactique ou stratégie (subtile ?) se cache derrière cette soudaine modération de ceux qui dirigent le Conseil Régional de la Martinique ? Craindraient-ils soudain d’être traités de racistes ? Veulent-ils se montrer des dirigeants « raisonnables » qui évitent de monter les « communautés » entre elles ? Il y a de quoi rester perplexe. D’autant que le MIM, réclamant comme les autres partis indépendantistes ainsi que la Gauche autonomiste, une consultation ou un référendum sur la question institutionnelle, il faudra bien qu’à un moment ou un autre, il prenne position sur la délicate question de la définition du corps électoral martiniquais. Est-ce que tous ces gens « mennen-vini » qui débarquent en grappe dans notre pays auront le droit de voter exactement comme Ti Sonson de Rivière-Pilote ou Man Amélie de Macouba ?

Car le vrai problème est là : allons-nous subir le même sort que la Kanaky (Nouvelle-Calédonie) où les Mélanésiens, suite aux accords de Matignon, ont été grugés, trompés, puisque l’Etat français y a activement encouragé l’installation de milliers d’Européens et de Polynésiens dans le but évident de mettre en minorité l’élément autochtone kanak. Désormais, quand on additionne les Caldoches (Békés calédoniens) + ces nouveaux installés, les Kanaks ne sont plus en mesure de décider de leur sort ni de celui de leur pays, eux qui vivent sur cette terre depuis des millénaires !!! En Martinique, si nous ne nous montrons pas « véyatif », si nous ne dénonçons pas DES A PRESENT le génocide par substitution comme le fait Francis Carole, nous risquons fort de tomber dans le même piège. Déjà aux dernières élections législatives, l’importance du « vote métro » a pu se faire sentir en Martinique en faveur de Bayrou et de Le Pen. Qu’en sera-t-il dans 10 ans ?

Mais Francis Carole va plus loin dans sa profession de foi : il est aussi le seul, avec Louis Boutrin, a poser la question de l’accession à la terre en Martinique. A dénoncer la spéculation foncière effrénée qui non seulement détruit de manière irréversible notre patrimoine foncier, mais, défiscalisation aidant, rend ces terres déclassées, et donc constructibles, hors de portée de la bourse du Martiniquais moyen. Aujourd’hui, à moins d’hériter d’un bout de terrain de ses parents, il est pratiquement impossible à un Martiniquais d’en acheter et d’y faire construire sa maison. Pire : dans les immeubles qui sont construits, la plupart des appartements sont déjà achetés sur photo par des gens vivant en Europe. Exclu de sa terre, privé d’exercer son droit au logement, barré au niveau de l’emploi (exemple : le tout nouveau supermarché Hayot de Génipa où 83% des cadres sont des Métros), nous n’avons plus qu’à envisager notre installation ailleurs, en France ou dans le vaste monde. Dans le « Tout-monde » comme disent sans rire certains intellos nègres achetés par le système, rejoignant ainsi le discours des hauts fonctionnaires français en poste en Martinique et des Békés selon lesquels l’avenir des jeunes Martiniquais est à Miami, à New-York, à Paris, à Londres ou en Australie, mais surtout pas…en Martinique. La Martinique, elle, doit être réservée, si l’on comprend bien, aux jeunes Békés et métros ainsi qu’à ceux de cette communauté récemment installée dans notre pays qui a littéralement colonisé Schoelcher avec la complicité de l’édilité en place.

Oui, la Martinique est en train de vivre un véritable génocide par substitution et il est heureux qu’au moins un candidat aux élections législatives, un sur une bonne trentaine, le dise haut et fort et surtout l’écrive noir sur blanc dans sa profession de foi.

Honneur et respect, monsieur Francis Carole !

Jean-Laurent Alcide


Commentaires  (fermé)

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lundi 30 juillet 2007 à 12h09,  algo

Depuis le milieu des années 80,il y a autant de retour au pays de la part des martiniquais que de depart vers l’hexagone.Il n’en demeure pas moins que le "genocide par substitution" demeure d’actualité.Un colloque intitulé "vivre et travailler au pays" a eu lieu.Il faut prendre le problème à bras le corps.Encourager les cadres,ingenieurs,medecins martiniquais residant hors de martinique,en europe nottament, a revenir au pays,cela serait un element de resistance.Déja,une grande reunion en fevrier dernier à paris sur le theme "retour des competences" s’est tenue.Cela est encourageant..

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