Ce n’était pas assez qu’on nous abreuve à longueur de journée des salaires mirobolants des footballeurs, des petites phrases de tel entraîneur ou des analyses hautement philosophiques de tel journaliste sportif, voici que cette peste se met à empoisonner les rapports entre les peuples. Il y eut d’abord, l’affrontement lamentable des supporters de deux pays arabes frères, l’Egypte et l’Algérie, d’abord au Caire, puis la semaine suivante à Khartoum. Les scènes d’hystérie joyeuse chez les gagnants et d’hystérie nerveuse chez les perdants. Le déchaînement d’un nationalisme de bas étage qui ébranla jusqu’aux banlieues de France.
Football = opium du peuple.
L’Egypte est incapable de nourrir correctement ses 70 millions d’habitants malgré ses terres fertiles et son économie touristique florissante. Le pays est gangrené par le népotisme (le fils de Moubarak s’apprête à lui succéder !), le clientélisme, le clanisme, la corruption et l’incurie administrative. Alors, on donne du « pain et des jeux » au peuple aux abois, manière de le détourner des vrais problèmes. Les supporters égyptiens déchaînés caillassent le bus de l’équipe nationale algérienne sur la route de l’aéroport du Caire.
Quant à l’Algérie, malgré son pétrole et son gaz, ce n’est pas mieux : elle souffre à peu près des mêmes tares que l’Egypte. Alors, le gouvernement, toujours pour aveugler le peuple, va lui offrir 9.000 billets d’avion pour aller soutenir l’équipe nationale au Soudan situé à 4.000kms de là ! Cette somme énorme qui a été déboursée aurait pu servir à construire des logements décents en Kabylie, à améliorer les routes dans l’Oranie ou à construire des écoles dans le sud. De retour au pays, après « leur » victoire, les supporters algériens retourneront croupir, pour beaucoup d’entre eux, dans leurs « gourbis » !
Football : drogue des opprimés.
Puis, il y eut le match France-Irlande et tout le déluge de commentaires oiseux sur la main de Thierry Henry. Là encore, on fit de part et d’autre assaut de chauvinisme et on oublia les vrais problèmes qui sont, pour l’Irlande qu’elle a brutalement cessé d’être « le petit dragon celtique » que vantaient les journaux économiques pour s’enfoncer dans une terrible récession qui a plongé dans le chômage des dizaines de milliers de gens et pour la France, que pas un jour ne se passe sans qu’une usine ne ferme, que des pères et des mères de familles ne soient jetés à la rue.
Henry gagne en un seul match ce qu’un smicard gagne en 10 ans de labeur acharné. Voir donc des smicards s’enflammer pour des milliardaires en crampons a quelque chose d’à la fois pathétique et grotesque.
C’est, hélas, le règne du capitalisme triomphant…
la rédaction de Montray Kreyol
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