LE CRÉOLE À L’ÉCOLE : QU’EN PENSE LES RÉUNIONNAIS EUX-MÊMES ET NON LEURS PORTE-PAROLE ?

jeudi 5 novembre 2009
 la rédaction de Montray Kreyol

 

- Le créole est-il une langue ? L'opinion des Réunionnais est sans appel : trois Réunionnais sur quatre répondent OUI. 
-  Le bilinguisme français/créole est-il une richesse ou un handicap ? C'est une richesse pour 90% des personnes interrogées. 
-  Le créole à l'école : êtes vous pour ou contre ? Pour à 61%, contre à 38%, ne se prononcent pas, 1%.

Voilà quelques résultats de l'enquête IPSOS auprès d'un échantillon représentatif de la population réunionnaise. Cette enquête a été effectuée fin 2008 et début 2009 pour le compte de la Région Réunion avec la collaboration de Lofis la lang Kréol la Rénion.

L'évolution de l'opinion réunionnaise sur ce sujet, ô combien sensible, est favorable aux partisans du créole. En 2000, la même question donnait déjà une majorité relative aux personnes favorables au créole à l'école : 47% contre 43% pour les opposants, mais les indécis étaient relativement nombreux (10%). 
Aujourd'hui, le débat est donc tranché en faveur du créole à l'école. Il faut dire qu'en huit ans, le discours officiel de l'éducation nationale a changé. Le créole a acquis le statut d'une langue reconnue en tant que telle, même s'il est qualifié de langue régionale en regard du français, langue nationale. 


Un conseil académique pour la promotion et le développement de l'enseignement du créole à l'école a été mis en place en 2001 par le recteur GENESTE. Le CAPES créole a été ouvert en 2002 et à la rentrée scolaire de 2009, 21 enseignants certifiés de créole peuvent assurer un enseignement de la langue et de la culture réunionnaises en collège et lycée. Dans les écoles on est passé de 7 enseignants habilités à enseigner le créole en 2002 à 110 enseignants à la rentrée 2009. L'enseignement bilingue français/créole en maternelle est en expérimentation depuis 2008 et en 2009, 16 classes sont concernées par cette expérimentation. 
Le recteur FOURAR a pris position de manière claire lors d'un colloque tenu le 28 octobre en déclarant « ce n'est pas le créole qui est la cause de l'illettrisme » et en rappelant ce que le linguiste Daniel COSTES disait en 1995 « ce n'est pas le créole à l'école qui pose problème, mais bien sa non prise en compte dans les apprentissages ».

L'enquête d'IPSOS indique aussi que les Réunionnais favorables au créole à l'école sont plus nombreux parmi les jeunes générations : 71% des jeunes de 15 à 25 ans y sont favorables contre 49% pour les plus de 45 ans. Cette tendance vers la revendication d'une place plus importante du créole à l'école devrait ainsi s'accentuer dans les années à venir.

La sauvegarde de la langue, de la culture et de l'identité, une meilleure compréhension en classe, la liberté de s'exprimer et la fierté de parler créole sont les principales raisons avancées par les Réunionnais favorables au créole à l'école. 
Les arguments des opposants au créole sont bien connus : le créole ne s'apprend pas, il est inné, il doit être parlé à la maison seulement, il empêche le bon apprentissage du français, il n'est pas unifié (il existe des créoles différents).

Les professeurs devraient savoir parler le créole

L'enquête IPSOS apporte une information très surprenante qui doit interpeller la politique de recrutement des professeurs d'école. A la question « les enseignants devraient-ils comprendre le créole ? », pratiquement tous les interrogés répondent OUI (93%) et deux interrogés sur trois pensent que c'est même très important. Mieux encore, 76% des personnes interrogées considèrent que les enseignants devraient savoir parler le créole s'ils enseignent en maternelle. Alors à quand les tests de créole pour les enseignants qui pratiquent en maternelle, ou au moins, sont-ils convenablement formés à l'apprentissage du créole pour pouvoir communiquer avec les enfants créolophones qui leur sont confiés.

IPSOS a interrogé les parents d'élèves sur l'usage du créole dans les classes à l'école primaire. D'abord, une majorité de parents (51%) disent qu'à leur connaissance, le maître de leur enfant ne s'est pas servi du créole dans son enseignement, un tiers des parents disent que si, et 16% ne savent pas. A la question suivante « l'usage du créole a-t-il aidé ou freiné l'enfant », deux parents sur trois estiment que cela a aidé leur enfant, 17% seulement sont d'un avis contraire et 18% ne se prononcent pas. Les professeurs des écoles qui n'utilisent pas le créole pour aider leurs élèves dans leurs apprentissages auraient donc tout faux ! Bien sûr, ces professeurs auront beau jeu de dire que les parents ne sont pas aptes à juger de ce qui est bon pour leurs enfants. C'est à voir !

L'avenir est au créole, en créole

Comment les parents jugent-ils le parler créole de leurs enfants ? 80% des parents estiment que leurs enfants parlent assez bien le créole. Cela confirme, s'il en était besoin que nous sommes bien sur une île créolophone. Et qui veut le rester puisqu'à la question d'après « jugez-vous important que vos enfants puissent bien parler créole plus tard ? », 76% des parents répondent OUI et cela parce qu'ils considèrent que cet héritage culturel et identitaire soit transmis aux générations futures. Parmi les langues les plus utiles pour les enfants, pour leur vie future, les parents estiment que le créole réunionnais est utile pour 85% d'entre eux, après le français (99%) et l'anglais (95%).

La place du créole à l'avenir est donc revendiqué par une large majorité des Réunionnais. Pour autant, on ne juge pas que les jeunes réunionnais connaissent suffisamment la culture réunionnaise (76% des personnes interrogées le pensent). La langue fait-elle partie de la culture ? OUI pour 96%. Les parents sont favorables à des cours de culture réunionnaise en maternelle (56%) et sont prêts à les inscrire dans ces cours (57%). Ils sont aussi favorables à des cours de culture réunionnaise en élémentaire (83%) et sont prêts à les y inscrire (84%). Même chose pour le collège (90% pour) et le lycée (88% pour).

Le décalage entre les attentes de la société et les politiques

L'enquête IPSOS fait ressortir les attentes de la population en matière de prise en compte de la langue créole et de la culture réunionnaise dans l'enseignement. Trois Réunionnais sur quatre (75%) pensent que le Conseil régional et le Conseil général devraient soutenir et encourager le créole. Cette attente n'est pas comblée puisque 38% d'entre eux pensent que la Région soutient et encourage le créole (38%), 30% pensent que la Région ne prend pas position et même 16% des Réunionnais considèrent que la Région freine et ralentit. Les chiffres sont équivalents en ce qui concerne le Conseil général.

Les Réunionnais demandent à leurs élus de soutenir et encourager le créole (73%). Ils pensent que les responsables politiques réunionnais ne sont pas à la hauteur de leur demande : 28% des personnes considèrent que les politiques soutiennent et encouragent le créole, 38% qu'ils ne prennent pas position (c'est un sujet qui fâche) et 19% qu'ils freinent et ralentissent. 
Les Réunionnais attendent également que l'Etat/la Préfecture soutienne le créole (67% à le demander), mais que l'Etat ne prend pas position (39% des avis), freine et ralentit (34%). Seuls 15% des personnes interrogées jugent le rôle positif de l'Etat en la matière.

Pour finir l'entretien, l'enquêteur d'IPSOS a reposé la question du début, « êtes-vous pour ou contre le créole à l'école ? » : 
- POUR : 71% (61% au début de l'entretien) ; 
- CONTRE : 29% (38% au début de l'entretien).

Conclusions d'IPSOS :  Les pistes prioritaires qui permettront de mieux atteindre les objectifs énoncés par la Région, à savoir : dans le cadre d'un projet de véritable bilinguisme, soutenir l'enseignement de la langue créole dans les établissements scolaires sont de mieux faire connaître l'existence des classes bilingues et promouvoir l'usage du créole pour faire acquérir le français par les enfants, d'une part, de promouvoir les cours optionnels de culture et d'histoire réunionnaises.


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Danik  I   Zandwonis
Directeur de www.caribcreole.com
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