LE PREMIER FAUX-PAS DE BARACK OBAMA

Jean-Laurent Alcide

vendredi 20 juin 2008
 Jean-Laurent Alcide

Chose qui lui avait valu une volée de bois vert dans la presse US et dans les milieux sionistes étasuniens. Certains se firent fort de rappeler que son père kenyan était musulman, que le deuxième prénom d’Obama était Hussein et que ce dernier, lorsqu’il vivait en Indonésie avec sa mère, avait suivi une partie de sa scolarité dans une madrasa (école coranique).

Or, quelle ne fut pas la surprise des observateurs d’entendre le même Obama, il y a quinze jours, déclarer devant l’APAIC, le plus puissant lobby sioniste étasunien :

« Jérusalem doit être la capitale une et indivisible d’Israël ! »

S’agit d’une forme d’inexpérience en matière de relations internationales, grief qu’ont souvent formulé à son encontre Hillary Clinton et John McCain ? En effet, comment Barack Obama peut-il ignorer que sur les 192 états que comptent l’ONU, un seul, oui, un seul, reconnaît Jérusalem comme la capitale de l’état d’Israël : il s’agit du Salvador, petite république d’Amérique centrale. Pour les 191 autres, du moins ceux qui ont des relations diplomatiques avec l’état hébreu, sa capitale est Tel-Aviv et rien que Tel-Aviv. Même les Etats-Unis, même l’Angleterre, même la France ou l’Allemagne refusent le fait accompli israélien sur la Ville sainte et ont installé leurs ambassades à Tel-Aviv ! Rappelons qu’Israël occupe Jérusalem depuis la défaite arabe de 1967 et que cette ville n’a jamais fait partie de l’état hébreu tel qu’il fut créé en 1948 par les Nations Unies.

Evidemment, cette nouvelle déclaration du candidat noir a provoqué un tollé à travers le monde et pas seulement chez les musulmans. Les chrétiens et le Vatican se sont élevés avec vigueur contre ses propos et Obama, trois jours plus tard, a été contraint de se rétracter (partiellement) d’une manière assez piteuse. Comment peut-il ignorer que Jérusalem est la Ville sainte des trois grandes religions monothéistes à savoir le judaïsme, le christianisme et l’islam, et non du seul premier ? Et donc qu’à ce titre, aucune de ces trois religions ne peut réclamer la propriété de cette ville pour elle toute seule. Comment Obama peut-il ignorer que Jérusalem-Est est peuplé majoritairement d’Arabes musulmans et chrétiens, en dépit de 20 années de colonisation massive de la part des Israéliens visant à renverser la balance démographique au profit des Juifs ? Comment peut-il ignorer que l’accord de Taba, réalisé sous le patronage des Etats-Unis et de Bill Clinton prévoit, dans le cadre de la création d’un état palestinien, que cette partie Est de la Ville sainte sera attribuée à celui-ci ?

Tant d’ignorance est difficile à croire chez un diplômé de Harvard. Faut-il donc voir cette déclaration d’Obama comme une concession, voire une capitulation, face au lobby sioniste américain, très puissant à New-York et dans certains états tels que la Floride ? Les Juifs ne sont que 3 millions aux Etats-Unis mais leur puissance économique, médiatique et culturelle est telle qu’il serait, en effet, suicidaire pour un candidat à l’élection présidentielle de les ignorer. Par comparaison, avec 17 millions de personnes, les Latinos, et 15 millions, les Noirs américains, disposent d’un pouvoir considérablement plus faible. S’il s’agit d’une capitulation en rase campagne, cela augure très mal de l’avenir au cas où le candidat noir serait élu à la Maison blanche. Ce serait aussi une sorte de reniement personnel puisqu’Obama s’est justement employé à ne pas se présenter comme le candidat des Noirs, puisqu’il s’est voulu libre de toute attache ethnique, puisqu’il promeut une ligne post-raciale, tout à fait sympathique par ailleurs.

Une autre déclaration de politique étrangère d’Obama a suscité aussi l’inquiétude : sa volonté d’empêcher l’Iran, y compris par la force, d’obtenir l’arme nucléaire. Comment les Etats-Unis, qui n’ont pas réussi à mater l’Irak, pays de 15 millions d’habitants dépourvu d’armes de destruction massive (contrairement aux démonstrations mensongères d’un certain Colin Powell), pourraient-ils venir à bout de l’Iran qui est deux fois plus peuplée, trois fois plus vaste et qui est à deux doigts de disposer de la bombe atomique, si elle n’en dispose pas déjà ? Obama va-t-il quitter l’Irak, comme il a promis à ses électeurs, pour se lancer dans une nouvelle aventure, cent fois plus risquée, en Iran ? Sa déclaration belliqueuse envers Téhéran a de quoi laisser perplexe. Sauf que là encore, Obama l’a justifiée en disant que les Etats-Unis devaient protéger Israël d’un pays qui menace régulièrement de le rayer de la carte.

Alors, Obama, ni candidat des Noirs, ni candidat des Blancs, mais candidat…du lobby sioniste ?

Inquiétant, très inquiétant, pour la paix mondiale…

Jean-Laurent Alcide


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