Montray Kréyol

LA PÊCHE ARTISANALE EN MARTINIQUE, AVENIR SOMBRE...

Par Léandre LITAMPHA

lundi 16 juin 2008 par la rédaction de Montray Kreyol

Une activité qui existe depuis l’époque des Amérindiens dans le pays.

La pêche était surtout côtière, directement à pied dans les mangroves et sur les pâturages entre la plage et le récif. Le pays était toujours en vue et les pêcheurs prenaient des repères sur les caps, des bâtiments importants et les montagnes pour ne pas s’égarer, parfois ils utilisaient les étoiles.

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Les Amérindiens construisaient et utilisaient le radeau en "bois canon" ou de tiges d’agave (lang bèf), le gommier pour aller pêcher où ils n’avaient plus pied, se déplacer d’un point à un autre du pays et naviguer entre les îles. Suite à l’arrivée des Européens, nous avons vu d’autres embarcations telles que la yole effilée et la yole à fond plat. La navigation se faisait à la rame et à voile jusque vers la fin des années 60.

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Nous connaissons la pêche à la seine ou au filet, à la nasse, au "tombé-lévé" et à la ligne. Il y a d’autres techniques pour le large.

Les embarcations de pêche on évolué quant aux dimensions et au matériau de fabrication, plus léger (du plastique à la place du bois), avec l’arrivée des moteurs hors-bord et les pêcheurs ont commencé à vraiment s’éloigner pour pratiquer la pêche "en dehors", vers Miquelon ou Sibérie et ailleurs. Depuis quelques temps, les embarcations sont devenues plus importantes et autrement équipées pour naviguer, rester et conserver les produits de la mer plus d’une semaine loin du pays, sur les côtes de l’Amérique du Sud, par exemple. Des ports dans diverses communes accueillent les pêcheurs et leurs marchandises. Les ventes se font directement sur place ou dans des installations spécialisées et bien équipées également, au marché au poisson et même au supermarché, par exemples.

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Les pêcheurs de la Martinique se sont toujours installés partout où les Caraïbes le faisaient dans des accès bien abrités, de façon à pouvoir facilement se rendre à la mer et à garder leur matériel de travail sans avoir à s’inquiéter des intempéries et autres risques. On les retrouve dans les bourgs et en dehors, pour citer des coins charmants dans le sud : Massy-Massy, Paquemar et Macabou réunis, Cap Ferré, Cap Macré, la Duprey, etc... Ils ont toujours eu leurs abris de fortune. Là aussi on se retrouvait ensemble et on s’amusait, mais tout était bien organisé et entretenu propre. Beaucoup de Martiniquais qui n’avaient pas de propriété ont habité, avec parfois leurs familles, sur le littoral et ils vivaient tranquillement.

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Quand j’avais autour de 10 ans, mon grand-père, Paul JEAN-GILLES (1876-1965), avait une yole "ALICE". Il se rendait deux ou trois fois par semaine à pied de chez lui du Robin au MARIN à Paquemar - VAUCLIN pour pratiquer sa petite pêche entre la Macabou et le récif. Son père et son grand-père ont occupé avant lui ce coin de Paquemar (voir photos) sans avoir à s’inquiéter d’être chassés. Il confectionnait ses nasses en bambou choisi, coupé et travaillé à la bonne lune, reliait les éléments avec la liane de « marot-noir » et transportait casier par casier sur sa tête munie d’une torche de feuille de bananier jusque sur la côte, avant de leur ajouter l’armature de ti-baune et du lest. Le canot était mu à la rame et lui à la pagaie pour l’orienter, du trou de Paquemar jusqu’au récif ; le retour se faisait à la voile. Il relevait ses nasses pour attraper quelques livres de poissons et je trouvais cela vraiment insuffisant pour autant de peine ; afin de compléter la prise on pêchait des langoustes, des lambis et des oursins... A un moment donné, il commença à parler de rôle qu’il fallait payer pour être en droit d’exercer l’activité. Il a pratiqué sa petite pêche jusqu’à l’âge de 83 ans. Les temps ont changer depuis. Les pêcheurs sont tiraillés à droite et à gauche et ils pratiquent une activité de survie.

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J’ai rencontré un pêcheur du Vauclin et un du Marin. Ils parlent à peu près d’une même voix.

Les pêcheurs, comme il y en avait autrefois en Martinique, vont disparaître.

Les ressources proches sont épuisées, certaines espèces sont menacées de disparition.

La profession est très menacée de partout, me disent-ils :

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- trop de lois européennes sur nous, charges trop lourdes pour des pêches médiocres ;
- trop de restrictions et d’interdictions dans certaines zones déguisées en réserves ;
- les outils et le matériel de pêche coûtent trop cher ;
- embaucher des matelots revient trop cher ;
- l’essence coûte trop cher, les embarcations en consomment beaucoup et il faut aller de plus en plus loin pour trouver le poisson ; puis vendre à prix forts.
- les aléas climatiques et autres de la nature, trop de perte et il faut tout le temps recommencer. Chaque année qui passe, ne nous encourage pas à espérer sur un avenir meilleur ;
- les entreprises de la grande pêche ont les moyens que nous n’avons pas et elles se tirent plus facilement d’affaire que nous ;
- les supermarchés nous font en plus de la concurrence, avec du poisson qui vient de loin et moins cher ;
- il n’y a pas de politique locale encourageante pour les petits pêcheurs.

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Nous les anciens, on le fait par routine et par distraction.

Pour survivre de la profession, il faut exercer en plus d’autres activités. Maintenant, des administrateurs -à moins de remplir des conditions légales- nous demandent –les enfants- de bouger de là, d’évacuer les lieux. Il y a des menaces de destruction du petit local en cas de résistance. Où iront alors les descendants de ces ancêtres qui ne sont plus ?

Q - Pourquoi ne passez-vous pas aux jeunes l’héritage ?

R - « On leur propose les outils et le matériel, ils n’ont pas le courage, la patience et la volonté des anciens. Les jeunes ne prennent pas toujours la relève. Ils refusent ce genre d’activité. C’est pour eux trop d’exigences, de charges et de responsabilités. Ils préfèrent des moyens faciles, fructueux et rapides de gagner de l’argent. Vous voyez ce matériel, il se dégrade et ce ne sera plus que souvenir, des épaves dans l’eau. »

C’est vrai, la pêche artisanale ici a un avenir plutôt sombre.

Léis

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Cliquez sur les photos pour agrandir.

Dans l’ordre :

- 1 - Embarcations de pêche à Duprey - MARIN
- 2 - Le COURAGEUX à Paquemar - VAUCLIN
- 3 - Bateau de pêche Paquemar - VAUCLIN
- 4 - Abris de pêcheurs - Duprey - MARIN
- 5 - Matériel pêche à Paquemar - VAUCLIN
- 6 - Case de pêcheur Paquemar - VAUCLIN
- 7 - De Duprey vers le sud
- 8 - De Duprey vers le bourg du MARIN
- 9 - Ils sont là depuis l’époque des Caraïbes
- 10 - Une vue de Paquemar - VAUCLIN
- 11 - Masure et Mne Carrière vus de Paquemar
- 12 - Cases de pêcheurs de Pauqemar après DEAN


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