LA GUYANE NE PARVIENT PAS A FAIRE FACE AU VIRUS DU SIDA

Par Paul Benkimoum

dimanche 23 mars 2008
 la rédaction de Montray Kreyol

Dans un rapport intitulé "L’épidémie d’infection à VIH en Guyane : un problème politique" et rendu public lundi 17 mars, le Conseil national du sida (CNS) estime que le département est en "situation d’épidémie généralisée : plus de 1 % des femmes enceintes sont infectées par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine), situation similaire à celle de certains pays d’Afrique". La Guyane connaît le taux de prévalence le plus élevé de France. En 2006, le taux par million d’habitants de découverte de l’infection à VIH y était de 308 contre 150 en Ile-de-France.

Après ceux de 1996 et de 2003, c’est le troisième rapport que le CNS consacre à la lutte contre l’épidémie d’infection à VIH en Guyane. Celui de 2003 s’alarmait d’une "épidémie active et incontrôlée face à laquelle aucune réponse structurée et adaptée n’était apportée". Dans son nouveau rapport, le CNS considère la situation "inacceptable du point de vue des objectifs de santé tant nationaux qu’internationaux de la France". Pour lui, "la stigmatisation et la discrimination dont font toujours l’objet les personnes vivant avec le VIH constituent des barrières au dépistage, à la prévention et à la prise en charge". Le CNS rappelle que la région Caraïbe est "la seconde région au monde la plus touchée après l’Afrique par l’épidémie d’infection à VIH". La Guyane y constitue "un relatif îlot de richesse au milieu de pays pauvres ou frontaliers de zones pauvres de pays émergents". De ce fait, elle "connaît un profil épidémique conforme à la situation régionale, amplifié par l’importance des migrations économiques vers le département, qui concernent par définition des populations précaires, originaires de pays à forte prévalence".

La Guyane possède une population "hétérogène", "vivant dans des zones bien identifiées du département", indique le rapport. Cela "contribue au fractionnement de l’espace public et politique" et participe à des "pesanteurs", dont le Conseil national du sida juge qu’elles "ne doivent pas pour autant justifier la retenue des responsables locaux et nationaux dans les stratégies et moyens déployés contre l’épidémie".

Découverte trop tardive de l’infection par le virus du sida, sous-encadrement médical, démographie médicale vieillissante, précarité des conditions de vie de beaucoup des personnes en charge sont quelques-uns des facteurs qui affaiblissent la lutte contre l’épidémie. Auxquels s’ajoute "la politique de lutte contre les migrations illégales (qui) ne favorise pas un accès aisé aux soins et façonne trop souvent l’approche de l’épidémie au détriment des considérations de santé publique", selon le CNS.

Celui-ci invite à oeuvrer selon trois axes : développer "une action politique résolue à la hauteur des enjeux", mettre en place "un pilotage concerté de la lutte contre l’épidémie" et "améliorer la réponse en santé publique". Pour le CNS, "le ministre chargé de l’outre-mer doit, avec le ministre chargé de la santé, porter ces changements à l’heure où une nouvelle loi de programme pour l’outre-mer est en préparation".

Paul Benkimoun

Source Le Monde

Article paru dans l’édition du 18.03.08.


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