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LA MARTINIQUE DEBOUSSOLEE ENTRE BEKEISME ET NOIRISME

LA MARTINIQUE DEBOUSSOLEE ENTRE BEKEISME ET NOIRISME

   La première décennie de ce siècle nouveau se termine bien mal pour la Martinique.

   En effet, celle-ci se retrouve prise en étau entre deux factions antagonistes qui, quoique minoritaires, archi-minoritaires, s'affrontent sur la place publique à coups de communiqués, articles de presse, posts sur le Net, vidéos ou d'actions coup-de-poing, cela sans apporter la moindre perspective d'avenir à notre jeunesse déjà en proie au chômage, à la drogue ou à la violence, en dépit des efforts réels des politiciens de tous bords.

   Békéisme et Noirisme occupent le terrain et il est temps, grand temps, de les en déloger.

   Le Békéisme est l'idéologie des Martinikaners (appelés "Békés" en langue créole) qui, tout comme leurs cousins Afrikaners d'Afrique du Sud, mènent depuis des siècles une politique marquée par le racisme, l'apartheid et l'exploitation économique éhontée de la majorité de la population martiniquaise. Ces ultra-minoritaires (à peine 1% de la population), après s'être barricadés au quartier Didier à Fort-de-France, se sont réfugiés au quartier Cap Est, au François, et continuent à vivre tranquillement comme si le 22 mai 1848 n'avait jamais eu lieu. Leur mot d'ordre, non avoué bien évidemment, est exactement celui qu'affichait en couverture le journal de leur caste, "LA DEFENSE COLONIALE" à la fin du 19è siècle, publié à Saint-Pierre :

   "La Martinique nous appartient !"

   En effet, tant que les Nègres n'étaient pas des êtres humains mais des "biens meubles", taillables, corvéables et surtout vendables à merci, pendant la période de l'esclavage plantationnaire donc (1660-1848), la question de savoir à qui appartenait la Martinique ne se posait pas. Mais au lendemain matin de l'Abolition, subitement, les Békés se proclamèrent seuls "créoles" c'est-à-dire seuls légitimes propriétaires de la Martinique, les Nègres n'étant que des Africains qu'ils avaient fait venir juste pour couper la canne et qu'il fallait renvoyer sur leur continent d'origine. Il suffit de jeter un œil à la presse békée du 19è siècle : les Noirs y sont régulièrement dénommés "Africains", terme signifiant en réalité "Etrangers". Donc rapatriables à tout moment !

   Sauf que pendant 3 siècles, c'étaient les Nègres et eux seuls qui avaient arrosé de leur sang et de leur sueur la Martinique. C'étaient eux qui avaient bâti la richesse de l'île. C'étaient les Négresses qui avaient inventé la cuisine créole, les Nègres le conte créole, la chanson créole, la musique créole, la pharmacopée créole etc...Certes, les Békés y avaient contribué aussi mais de façon très marginale. DONC LES VRAIS MARTINIQUAIS, LES VRAIS CREOLES, ETAIENT EN REALITE LES...NEGRES. Et les vrais étrangers étaient ces Békés, ces Européens installés aux "Isles de l'Amérique" qui, dès que leur "Habitation" devenait florissante, s'empressaient de retourner vivre à...Paris. La cour de Louis XIV était remplie de ces "Amériquains", comme on disait à l'époque en France, qui étalaient leurs richesses obtenues grâce au sang et à la sueur des Nègres.  Il suffit de parcourir les quatre tomes des Mémoires d'un colon de Pierre DESSALES, republiés aux éditions DESORMEAUX, ouvrage du 19è siècle, pour se rendre compte qu'après 3 siècles de présence en Martinique, cette famille békée n'avait qu'un rêve et un seul : retourner vivre en France. Rêve qu'elle finira par réaliser ! Guy CABORT-MASSON aimait à qualifier cette attitude d'une formule sanglante :

   "Les Békés sont des Martiniquais déchus !"

   Mais pas si déchus que ça en fait, car en se rendant en France, le béké se rend compte qu'il n'est rien. Un simple Français parmi des millions d'autres alors qu'en Martinique, il est le roi. Du coup, il décide, après l'abolition, qu'il est le seul légitime propriétaire de l'île et que le Créole, c'est LUI ! Ce qui, comme on l'a montré plus haut, est une escroquerie : ce n'est pas une femme békée qui a inventé le "makadanm" ni l'"akra" ni le "ti-nen lanmori" mais la femme négresse. La cuisine créole, comme tout ce qui existe dans ce pays, est le fruit du travail des Nègres.

   Evidemment, tous les Békés ne sont pas des Martinikaners. Il y en a qui sont intelligents et qui comprennent que leur comportement est suicidaire à long terme. Ceux-là s'emploient alors à faire ami-ami avec les Nègres : ils plantent le "Courbaril de la Réconciliation", ils créent l'Association "TOUS CREOLES" (tiens donc, on pensait les avoir entendu, au lendemain de l'Abolition, proclamer qu'ils étaient les seuls Créoles !), ils financent des expos de peinture, des yoles, des livres (comme les discours politiques de...oui, Aimé CESAIRE). Sauf qu'ils cherchent la "Réconciliation" sans la "Vérité" et que ce tour de passe-passe ne peut pas marcher. Ils veulent imiter ce qui s'est passé dans l'Afrique du Sud de Nelson MANDELA ? Fort bien ! Mais alors qu'ils imitent sans chercher à tricher. Que la "Vérité" soit établie avant tout début de commencement de "Réconciliation" !

   Le Békéisme est une idéologie sans issue et surtout sans avenir. Elle ne cherche qu'à maintenir une économie de comptoir, qui, certes, remplit les poches de la caste, mais qui est mortifère pour la Martinique. Nous ne pouvons donc que nous opposer de la plus farouche des manières au békéisme...

   L'autre groupe antagoniste, également minoritaire, celui des noiristes fait un tapage sans précédent depuis quelque temps, usant et abusant du Net, surfant sur la saine  et juste colère des Martiniquais, sur le désarroi de notre jeunesse, sur l'indifférence ou la tolérance à leur endroit de la majorité de la population que leurs actions coup-de-poing font sourire. En effet, quand les noiristes bloquent le samedi le supermarché d'un békéiste, le lendemain matin, il y a foule au même supermarché et ce dernier rattrape son chiffre d'affaires perdu la veille !

    Leur autre cheval de bataille est de qualifier la créolisation de domestication et de rejeter violemment la langue et la culture créoles. Etant trop minoritaires pour organiser des conférences pouvant attirer un large public, ils ont pris l'habitude de squatter celle des autres et d'y venir foutre le bordel (il n'y a pas d'autre mot !) comme on en a eu le triste exemple lors du cycle de conférences autour de la culture créole organisé tout au long de ce mois d'octobre par la municipalité de Schoelcher sous la houlette de José ALPHA. Et quand on demande à ces noiristes "OK ! On se débarrasse de la langue et de la culture créoles. Aucun souci ! Mais on les remplace par QUOI ?". Aucun peuple au monde, en effet, ne peut vivre sans une langue et une cultures propres. Va-t-on, chers (ères) noiristes remplacer le créole par le wolof ou le swahili ? Va-t-on abandonner la cuisine créole pour la cuisine sénégalaise ou congolaise ? Va-t-on s'habiller désormais en boubou ? Incapables de répondre à cela parce qu'eux-mêmes savent très bien que c'est impossible, ils rétorquent par une loufoquerie : "On la remplacera par la culture humaine".

   Ouais...

   Le poète national québécois Gaston MIRON, grand indépendantiste devant l'Eternel, avait une belle réponse à cette ineptie : "J'ai cherché partout à travers le monde l'Homme avec un grand "H", l'Homme universel. Dans les toilettes des cafés de Paris, sous les tables des restaurants de Rome, dans les parcs publics de New-York, mais hélas, je n'y ai rencontré que des Français, des Italiens et des Américains." Il n'y aurait donc que dans la minuscule Martinique, invisible sur un mappemonde, qu'on inventerait "la culture humaine" ? N'importe quoi !

   Le Noirisme est une impasse. Il n'apporte strictement rien à la résolution des problèmes martiniquais et ses gesticulations médiatiques n'ont aucunement le pouvoir de nous conduire sur le seul chemin qui le pourrait : celui de l'accession à la souveraineté nationale. Notre origine est en Afrique, mais notre adresse est en Martinique. Sur le continent américain.

   Et nulle part ailleurs !...

Commentaires

tengukarasu | 30/10/2019 - 20:12 :
Article intéressant mais aurait été plus informative si le ton polémique avait été moins présente. Man rété estébékwé !

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