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Violences xénophobes : au moins dix morts en Afrique du Sud, tensions avec le Nigeria

Violences xénophobes : au moins dix morts en Afrique du Sud, tensions avec le Nigeria

Au moins dix personnes, dont un ressortissant étranger, ont été tuées dans les violences xénophobes cette semaine en Afrique du Sud, a annoncé jeudi 5 septembre le président sud-africain Cyril Ramaphosa, au moment où s’apaisent les tensions avec le Nigeria, qui s’est engagé à coopérer avec Pretoria.

Signe de la gravité de la situation, Cyril Ramaphosa a pris la parole jeudi soir dans une intervention radiotélévisée à la nation. « Nous savons qu’au moins dix personnes ont été tuées dans ces violences, une d’entre elles est étrangère », a-t-il déclaré, sans préciser la nationalité. Ce sont les pires émeutes xénophobes en Afrique du Sud depuis 2008 quand 62 personnes avaient été tuées dans des circonstances similaires.

L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, attire des millions d’immigrés africains à la recherche d’une vie meilleure. Mais le pays se débat avec un fort taux de chômage (29 %) et d’énormes disparités sociales et économiques, qui alimentent régulièrement un sentiment xénophobe dans la nation « arc-en-ciel » rêvée par l’ancien président Nelson Mandela.

Ces violences ont éclaté dimanche soir à Johannesburg, la principale ville sud-africaine, avant de s’étendre à la capitale Pretoria. Des dizaines de magasins, appartenant principalement à des étrangers, ont été pillés, et des camions brûlés dans la province du KwaZulu-Natal (est).

« Il ne peut pas y avoir d’excuse pour la xénophobie. Il n’y a aucune justification pour les pillages et les destructions », a-t-il réagi, alors que plus de 400 personnes ont été arrêtées. La nationalité des victimes n’a pas encore été communiquée. La situation continuait à se normaliser jeudi, après une nuit de mercredi à jeudi relativement calme.

Le Nigeria s’engage à coopérer

Sur le front diplomatique, l’heure était également à l’apaisement. Le Nigeria, théâtre de violences contre les intérêts sud-africains, en représailles aux attaques xénophobes, a annoncé sa volonté de trouver une solution, après des jours de tensions entre les deux grandes puissances économiques du continent.

« Le Nigeria ne cherche pas à exacerber les tensions, a assuré jeudi un conseiller de la présidence nigériane. Nous allons travailler, entre frères, avec l’Afrique du Sud, pour trouver des solutions à leurs problèmes, qui sont devenus aussi les nôtres. » Des déclarations qui contrastent avec la veille, quand Abuja avait décidé de boycotter le Forum économique mondial Afrique, qui se tient cette semaine au Cap, la capitale parlementaire sud-africaine. Jeudi matin, Pretoria avait annoncé la fermeture « temporaire » de ses missions diplomatiques au Nigeria, à la suite de « menaces ».

Une manifestation jeudi devant l’ambassade sud-africaine à Abuja n’a toutefois réuni qu’une vingtaine de personnes, laissant penser que le mouvement anti-sud-africain au Nigeria est en train de s’essouffler. Mercredi, Abuja avait décidé de boycotter le Forum économique mondial Afrique, qui se tient cette semaine au Cap, la capitale parlementaire sud-africaine.

Match annulé

Sur le reste du continent, la colère contre les intérêts sud-africains continuait à s’exprimer jeudi. En République démocratique du Congo (RDC), le consulat d’Afrique du Sud et un magasin d’une enseigne sud-africaine ont été attaqués à Lubumbashi (sud-est), la deuxième ville du pays. De son côté, l’équipe malgache de football a annoncé l’annulation du match amical prévu samedi en Afrique du Sud, compte tenu des inquiétudes sur « la sécurité de la délégation de Madagascar ».

En Afrique du Sud, la police a encore renforcé ses effectifs pour tenter de mettre un terme définitif aux violences. « Le seul endroit où un groupe nous donne beaucoup de soucis est Katlehong », un township à une trentaine de kilomètres de Johannesburg, a déclaré le responsable de la région, David Makhura. La police y a dispersé jeudi, à coups de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes, des manifestants armés de pierres.

« Fake news »

Plusieurs pays et personnalités africains ont fait part de leur inquiétude, appelant aussi à l’apaisement. « Les incidents en cours en Afrique du Sud nous interpellent tous, a réagi le président sénégalais, Macky Sall. Pour l’unité du continent et par respect à la sagesse africaine, j’invite à l’apaisement entre pays et peuples africains. »

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a appelé à rejeter « la haine et toute forme d’attaque violente sur nos frères africains », car « il ne peut y avoir de prospérité partagée et durable sans paix ». Les autorités sud-africaines ont par ailleurs dénoncé, jeudi, les nombreuses « fake news » qui circulent dans le pays et sur le continent et « alimentent beaucoup de panique ».

L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, est le théâtre régulier de violences xénophobes, nourries par le fort taux de chômage (29 %) et la pauvreté. En 2015, sept personnes avaient été tuées au cours de pillages visant des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg et à Durban. En 2008, des émeutes xénophobes avaient fait 62 morts dans le pays.

Post-scriptum: 
Une manifestation contre la xénophobie devant l’ambassade sud-africaine à Abuja, au Nigéria, le 5 septembre. KOLA SULAIMON / AFP

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